Publié le 23 février 2007

ÉNERGIE

Sûreté nucléaire : un rapport alarmant de Greenpeace

Greenpeace publie une étude de John Large, expert britannique sur les questions de sécurité nucléaire, qui a évalué les risques du nouveau réacteur prévu pour 2012 à Flamanville (Normandie). L'ONG s'appuie sur ses conclusions alarmantes pour interpeller les candidats à l'élection présidentielle. Ségolène Royal s'est déclarée favorable à un moratoire sur le futur réacteur EPR.

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" L'EPR sera le réacteur nucléaire plus dangereux au monde ". Telle est la conclusion du rapport commandé par Greenpeace à John Large, ingénieur britannique spécialisé dans la sûreté nucléaire et chargé de recherche pour l' autorité de l'énergie atomique du Royaume-Uni. " EDF a affirmé dans ses publications que le modèle EPR était parfaitement sûr et que son fonctionnement, même affecté par un accident très grave ou une attaque terroriste, n'entraînerait pas de graves conséquences pour les communautés locales, la France et l'Europe. Mon étude apporte un démenti à ces affirmations, " explique John Large. L'EPR étant le plus puissant des réacteurs au monde (1600 MW), il concentrera plus de radioactivité que ces prédécesseurs. L'utilisation prévue d'un combustible spécifique à base de plutonium (le MOX), au lieu du combustible classique à base d'uranium, renforcera la radioactivité et la toxicité des rejets éventuels, indique l'étude. Le rapport met en doute le rapport préliminaire de sûreté réalisé par EDF , car, selon John Large, il est impossible dans l'analyse d'inclure toutes les défaillances possibles.
" Généralement, les défaillances et incidents entraînant de graves dommages et qui sont considérés comme très rares, sont évalués comme irréalistes dans la pratique et donc non pris en compte dans la conception du réacteur. Erreurs humaines, agressions externes accidentelles (catastrophe naturelle, incendie...), voire actes de malveillances ou de terrorisme ne sont pas pris en compte ", affirme-t-il.
EDF considère de son côté que " les situations qui pourraient conduire à des rejets importants de radioactivité sont pratiquement éliminées ", dans la mesure où les problèmes techniques éventuels -fuites, pannes d'électricité, erreur de pilotage, inondation, incendie - sont traités en amont. Le groupe explique qu'il s'est doté d'objectifs de sûreté " ambitieux ". " Le réacteur est équipé de quatre systèmes de sauvegarde parallèles et séparés dans des locaux distincts, afin de garantir en toute circonstance la sûreté de la conduite des installations. Une coque béton est construite sur les parties les plus sensibles de l'installation pour les protéger des éventuelles agressions externes. Un récupérateur de combustible fondu permet de limiter les conséquences d'un éventuel accident grave ", indique le groupe.

Ségolène Royal pour un "moratoire"

Frédéric Marillier, chargé de campagne nucléaire à Greenpeace France, voit au contraire dans ce projet " un aveuglement qui a pour conséquence de négliger les risques nucléaires et de sous-évaluer les conséquences dramatiques d'un éventuel accident. Cela ne permet pas d'établir des scénarios d'intervention d'urgence adaptés ". L'ONG affirme que les plans de secours, appelés plans particuliers d'intervention (PPI) ne concernent que les zones des 10km autour des centrales nucléaires. " Au-delà rien n'est vraiment prévu pour gérer les conséquences d'une faille du
réacteur
", souligne Greenpeace.
En cas d'accident grave de l'EPR, le rapport conclut à des conséquences dramatiques : 320 personnes mourraient dans les tous premiers jours, et près de 2000 personnes tomberaient malades. 30 000 personnes développeraient un cancer mortel et plus de 9 500 personnes développeraient un cancer de la thyroïde dont environ 1000 seraient mortels. " Jusqu'à 3 millions personnes seraient évacuées sur une zone de plus de 36 000 km2, soit une zone plus grande que la Haute et Basse-Normandie réunies.1 million de personnes devraient se confiner chez eux ; enfin, il faudrait organiser dans un temps record la distribution de pastille d'iode à 13 000 personnes".
Pour Greenpeace, " il n'est pas trop tard pour éviter un tel scénario. L'EPR n'est pas encore commencé, et son décret d'autorisation n'a toujours pas été signé ". L'ONG, qui a appelé les candidats à l'élection présidentielle à s'engager à renoncer au projet, se félicité d'ores et déjà de la réaction de Ségolène Royal, qui s'est déclarée favorable le 21 février à un moratoire sur l'utilité énergétique et les enjeux environnementaux de l'EPR. Une mesure qui ne figurait pas jusqu'ici dans son " pacte présidentiel ". Excepté les partis écologistes, aucun des principaux candidats n'a aujourd'hui remis en question le projet EPR.

Véronique Smée
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