Publié le 01 décembre 2017

ÉNERGIE

Intrusion de Greenpeace : EDF refuse d'utiliser la force pour protéger sa réputation

Selon Greenpeace, la sécurité des centrales nucléaires face aux agressions extérieures n’est pas assurée. Les intrusions répétées des militants antinucléaires le prouvent. Selon EDF, la réponse apportée à ces coups d’éclat est volontairement mesurée car la nature pacifiste des intrus est toujours précocement identifiée par les 760 gendarmes en charge de la sécurité des 19 centrales du territoire.

En octobre 2017, Greenpeace avait tiré un feu d'artifice sur le site de la centrale de Cattenom.
Greenpeace

Depuis une dizaine d’années, c’est devenu une habitude. Des militants de Greenpeace pénètrent sur l’une des 19 centrales nucléaires de France pour dénoncer la place du nucléaire, la vétusté d’un réacteur, la lenteur du gouvernement à tenir ses promesses sur le rééquilibrage du mix… Cette capacité des militants de l’ONG environnementale à pénétrer sur ces sites sensibles interroge sur la sécurité nucléaire en France, c’est-à-dire la protection des installations face aux agressions extérieures.

Mardi 28 novembre, 22 militants de Greenpeace se sont, une nouvelle fois,  introduits sur le site de la centrale de Cruas-Meysse (Ardèche), à peine un mois et demi après avoir fait de même sur la centrale de Cattenom (Moselle). Comme à chaque fois, EDF et l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) ont assuré que les installations n’avaient pas été mises en danger et que le périmètre nucléaire n’avait pas été franchi. De son côté, l’organisation antinucléaire assure qu’il n’a fallu que dix minutes aux militants pour pénétrer sur la zone.

Militants contre GIGN

Dans ce contexte, qui doit croire le citoyen ? Début octobre, Greenpeace a transmis aux autorités un rapport sur la sécurité nucléaire, dont une grande partie a été conservée secret du grand public tant les conclusions sont alarmantes selon l’ONG. Les installations nucléaires, et en particulier les piscines de combustibles usées, ont été conçues à une époque où les menaces extérieures, à commencer par le terrorisme, n’étaient pas de même nature qu’aujourd’hui, juge – à juste titre – Greenpeace.

EDF répond pour sa part que les militants sont à chaque fois précocement identifiés grâce à la vidéosurveillance, aux systèmes d’alarme et à la formation des personnels. Il s’agit de 760 membres du "peloton spécialisé de protection de la gendarmerie" (PSPG) directement formés par le GIGN (groupe d'intervention de la gendarmerie nationale). De plus, lors de leurs opérations d’intrusion, les militants de Greenpeace vont toujours à la rencontre des hommes et femmes du PSPG pour les alerter de leurs intentions pacifistes.

L’électricien assure que cette identification rapide de la nature des intrus explique la durée des opérations d’interpellation. Les forces de gendarmerie optent pour des interventions en douceur afin d’éviter tout accident, qui serait préjudiciable pour l’image d’EDF. Une précaution d’autant plus nécessaire que les militants montent régulièrement sur les toits ou se suspendent dans le vide. Un directeur de site remarque que les ONG ne tentent pas les mêmes opérations sur des centrales aux États-Unis ou en Russie où la réaction des services de défense serait beaucoup plus létale.

Des sanctions peu dissuasives

L’ancien PDG d’EDF, Henri Proglio (2009-2014) avait quand même essayé de montrer les muscles. En 2011, après de nombreuses intrusions, il assurait : "Nous allons renforcer les mesures de sécurité (…) Des plans sont déjà prévus qui rendront encore beaucoup plus difficiles et vraisemblablement un peu plus douloureuses les agressions concernées". Mais il n’a pas eu l’oreille du gouvernement de l’époque.

Les parlementaires ont toutefois essayé d’apporter leur aide à EDF en 2015 en votant une proposition de loi UMP soutenue par la majorité socialiste. Ce texte renforçait les sanctions en cas d’intrusion sur un site nucléaire. Une loi "anti-Greenpeace" selon les députés EELV d’alors. Les militants sont désormais menacés de 1 à 3 ans de prison et de 15 000 à 45 000 euros d’amende. En cas de dégradation, la peine peut atteindre 7 ans de prison et 100 000 euros d’amende. Une menace qui ne dissuade pas l’ONG.

Pour EDF, il est difficile de prouver que, face à une vraie menace terroriste, la réaction des forces de sécurité serait différente car "parler de sécurité, c’est déjà une faille de sécurité", explique un responsable chez EDF. Pour l’heure, l’électricien se contente de porter plainte tout en condamnant "avec vigueur des actions violentes d'un mouvement multipliant les illégalités". Et il ne faut pas s’attendre à avoir plus de transparence sur le sujet à l’avenir. La sécurité n’est pas entre les mains de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), mais dans celle du Haut fonctionnaire de défense et de sécurité (HFDS) rattaché au ministère de la Transition écologique et solidaire.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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