Publié le 17 avril 2019

ÉNERGIE

Nucléaire : que faire des matières et déchets radioactifs ?

Enfouissement, entreposage en piscine ou à sec...Un débat public sur la gestion des matières et déchets radioactifs, commence ce mercredi 17 avril pour six mois. Au-delà des controverses techniques, il ambitionne de poser les bases d’un débat sur un choix de société : quel héritage voulons-nous laisser aux générations futures ?

Dechets nucleaire iStock Jumbo2010
Un débat public de six mois va se dérouler concernant la gestion des matières et déchets radioactifs
@Jumbo2010

C’est un débat public hautement sensible qui s’ouvre ce 17 avril pour six mois. Jusqu’au 25 septembre, les citoyens sont invités à se prononcer sur la gestion des matières et déchets radioactifs. Un sujet complexe, symbole du clivage entre pro et antinucléaire. Et qui est particulièrement important dans un pays qui possède le deuxième parc de réacteurs au monde, avec 58 réacteurs en activité.

Ne pas se limiter aux questions techniques

Dans ce contexte, l’ambition du débat est de ne pas se limiter aux questions techniques. "Nous voulons donner une dimension plus complète du sujet, voir derrière ce que ça signifie pour la société", explique à l'AFP Isabelle Harel-Dutirou, présidente de la commission qui l'organise. "L'un des sujets profonds de ce débat est la question d'éthique, de transmission, la question de la gestion des déchets sur du très long terme", souligne-t-elle. Les déchets de haute activité et ceux de moyenne activité à vie longue peuvent en effet s’avérer radioactifs jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'années.

Aujourd’hui, il n'existe pas de centre de stockage des matières les plus dangereuses. Les combustibles usés sont entreposés à l’usine de la Hague mais de manière non définitive. Certains sont en attente de retraitement. Pour les déchets les plus dangereux, une loi de 2006 a fait le choix d'un stockage géologique profond ayant donné naissance au projet d'enfouissement Cigéo, à Bure (Meuse). Mais celui-ci reste très controversé.

Le stockage profond, toujours controversé

Certains espèrent que le débat puisse remettre en cause le choix de l'enfouissement profond. Mais le dossier du ministère de la Transition écologique et de l'Autorité de sûreté nucléaire - maîtres d'ouvrage du 5e Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) qui en découlera - parle pourtant de sa "mise en oeuvre", dans le respect du principe de réversibilité.

"Nous sommes contre l'enfouissement parce qu'on n'est pas convaincu sur la géologie, sur la façon d'exploiter, et surtout sur la réversibilité" promise jusque vers 2150, commente Yannick Rousselet, de Greenpeace. L'ONG, qui contrairement à l’association Sortir du nucléaire a fait le choix de participer au débat, prône un entreposage à sec juste sous la surface en attendant des avancées de la science vers une meilleure solution. "L'argument qui dit ‘la science nous sauvera dans 20 ans’, je voudrais bien y croire, mais ça ne nous semble pas responsable de ne rien faire. Cigéo, c'est fondamentalement un choix éthique : considérer qu'on ne doit pas laisser aux générations futures le fait de se préoccuper des déchets d'aujourd'hui", répond Soraya Thabet, directrice sûreté à l'Andra qui gère ce projet.

La question des combustibles usées toujours en débat

Le Plan 2019-2021 se penchera également sur la question des combustibles usés entreposés dans les piscines de refroidissement des centrales et à La Hague. Greenpeace les considère comme déchets, alors qu'ils sont classés comme matières susceptibles d'être réutilisées, la France ayant fait le choix du retraitement. "Vouloir imposer que ces matières soient des déchets, c'est tout simplement créer une incitation à ce qu'on ne développe pas la 4e génération" de réacteurs (utilisant des combustibles MOX), répond Sylvain Granger, responsable de la gestion des déchets chez EDF. Une technologie qui n’est pas au stade du développement à ce jour. Autre controverse concernant ces matières : l'entreposage sous eau. Choisi par EDF et Orano (ex-Areva), cette technique est dénoncée par Greenpeace qui juge les piscines "vulnérables" aux attaques extérieures.

Pour éclairer le débat auxquels les citoyens pourront participer, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) doit rendre dans quelques semaines deux expertises : l’une sur les capacités d'entreposage alors que La Hague risque d'arriver à saturation d'ici 2030, l'autre sur un état des lieux des recherches et solutions en matière d'entreposage et de stockage. En juillet, un rapport de la Cour des comptes est également attendu, cette fois sur le financement du cycle du combustible.

La rédaction avec AFP


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