Publié le 02 mai 2019

ÉNERGIE

Nucléaire : le PDG d’EDF assure qu’EDF restera un groupe "intégré", malgré la réorganisation demandée par le gouvernement

EDF restera un "groupe intégré" même s'il se réorganise à l'avenir pour assurer sa capacité d'investissement, a assuré jeudi 2 mai son PDG Jean-Bernard Lévy, qui doit présenter des propositions au gouvernement à la fin de l'année.

Emmanuel Macron et Jean Bernard Levy EDF Nucleaire GuillaumeSouvant AFP
Jean-Bernard Lévy (à gauche), PDG d'EDF, en discussion avec Emmanuel Macron (à droite), alors ministre de l'Économie, en 2016.
@GuillaumeSouvant-AFP

"Nous allons rester une entreprise intégrée", "avec son pacte social", a assuré Jean-Bernard Lévy, le PDG de l’électricien national devant la commission des Affaires économiques du Sénat. Il rappelle en ce sens les déclarations du président de la République. Il était auditionné dans le cadre de la décision du gouvernement de lui faire réaliser un second mandat de quatre ans à la tête d’EDF.

"Nous avons à regarder si une nouvelle organisation des actifs permettrait à EDF de mieux jouer son rôle d'investisseur (...) pour la transition énergétique et pour le pouvoir d'achat des ménages et des entreprises", a dit le PDG d'EDF devant. L'Etat, actionnaire à près de 84 % d'EDF, a demandé l'an dernier à la direction de l'entreprise de proposer une éventuelle réorganisation. Celle-ci pourrait se composer d’une maison mère publique, conservant le nucléaire, et une ou des filiales éventuellement cotées en Bourse.

Ce projet de réorganisation, baptisé "Hercule", a soulevé l'inquiétude de syndicats et de certains élus, qui s'inquiètent d'un potentiel démantèlement de l'entreprise. "Notre souci, c'est que nous avons une dette d'ores et déjà importante, alors que nous avons devant nous aujourd'hui et demain un niveau d'investissements qui n'est pas compatible avec notre niveau de dette", a expliqué Jean-Bernard Lévy devant les sénateurs.

Deux bilans pour EDF

La dette d'EDF atteint 33 milliards d'euros, au moment où le groupe doit aussi massivement investir, notamment pour prolonger la vie de son parc nucléaire. Ce programme est chiffré à 51 milliards d’euros sur la période 2015-2025. "Il s'agit de voir si peut-être, avec par exemple deux bilans, nous pourrions augmenter nos capacités d'endettement et donc d'investissement", indique le PDG d’EDF. "Si nous organisons différemment nos actifs et nos passifs, peut-être arriverons-nous à démontrer que nous pouvons mieux déployer nos investissements au bénéfice de la collectivité", a-t-il ajouté.

Il a aussi une nouvelle fois exprimé son opposition à l'Arenh (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique), un dispositif qui oblige EDF à revendre à ses concurrents jusqu'à 100 térawattheures (TWh) de son électricité nucléaire produite en France, à un prix fixé actuellement à 42 euros le mégawattheure. Une éventuelle réorganisation "ne peut se faire que dans une régulation meilleure", plaide-t-il. "Ce transfert automatique de notre production vers nos concurrents évidemment nous empêche de bénéficier du produit de notre travail".

Dans une tribune de l’expert en énergie Jacques Percebois, professeur à l’université de Montpellier, une scission d’EDF serait l’occasion de "sanctuariser la production nucléaire dans une société en totalité contrôlée par l'État, dont le prix de vente serait régulé par les pouvoirs publics". Il précise cependant que certains y voient " un risque de sortie progressive du nucléaire", là où d’autres envisagent "un risque de privatisation croissante des activités non nucléaires".

Ludovic Dupin avec AFP


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