Publié le 09 décembre 2017

ÉNERGIE

Nuage radioactif au-dessus de la France : La Russie nie toute responsabilité

Fin septembre et début octobre, des concentrations anormales de particules radioactives, du ruthénium-106, ont été mesurées dans l’atmosphère européenne. Les autorités françaises ont émis l’hypothèse d’une origine russe, en particulier la zone du complexe nucléaire de Maïak. La Russie, également touchée par la pollution, nie toute responsabilité. Selon la commission d’enquête de Moscou, l’origine serait située en Roumanie et pourrait être liée à la rentrée atmosphérique accidentelle d’un satellite. 

Un nuage radioactif a survolé l'Europe fin octobre et début novembre. Un accident en Russie pourrait en être à l'origine.
DR

Le complexe nucléaire russe Maïak (site de retraitement de combustible nucléaire, ndlr) n'est pas à l'origine de la pollution radioactive détectée fin septembre en Europe, a annoncé vendredi le président de la commission scientifique russe chargée de l'enquête sur le nuage radioactif qui a traversé l’Europe dont la France entre fin septembre et début octobre.

"Notre conclusion est que le complexe Maïak ne peut pas être à l'origine de la pollution radioactive au ruthénium-106", a déclaré au cours d'une conférence de presse Vladimir Boltounov, le directeur de la commission spéciale créée par le conglomérat nucléaire russe Rosatom.

"Les résultats des analyses individuelles sur le personnel de Maïak n'ont montré aucun changement dans l'organisme (...) Du 1er août au 30 novembre, il n'y a pas eu d'accident ni de problèmes dans le fonctionnement des installations et du processus technologique. Le rejet de matières radioactives dans l'atmosphère n'a pas dépassé la norme", a-t-il ajouté. Vladimir Boltounov n'a en revanche pas prononcé d'hypothèse sur la source de la pollution au ruthénium-106.

L’IRSN désigne la Russie

Le 20 novembre, l'agence russe de météorologie Rosguidromet avait annoncé qu'une concentration "extrêmement élevée" de ruthénium-106 (Ru-106), produit de fission issu de l'industrie nucléaire, avait été détectée fin septembre dans le sud de l'Oural, notamment près du complexe de Maïak.

Quelques jours auparavant, l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) présentait une analyse qui situait pourtant l’origine de cette pollution dans la zone. "À partir des conditions météorologiques fournies par Météo France et des résultats de mesure disponibles dans les pays européens, l’IRSN a réalisé des simulations", explique l’institut. "La zone de rejet la plus plausible se situe entre la Volga et l’Oural sans qu’il ne soit possible, avec les données disponibles, de préciser la localisation exacte du point de rejet".

La Russie pointe son doigt vers la Roumanie

Dans un communiqué, la commission scientifique russe affirme que des taux de ruthénium "largement supérieurs à tout ce qui a été détecté en Russie" ont été enregistrés en Roumanie. "La commission est préoccupée par le manque d'information sur les causes possibles de cette concentration anormalement haute de Ru-106 en Roumanie", précise le communiqué.

Le vice-président de l'Institut pour le développement sûr de l'industrie nucléaire de l'Académie russe des sciences, Rafael Aroutiounian, a indiqué vendredi, cité par l'agence de presse TASS, qu'était envisagée "l'hypothèse de la chute dans l'atmosphère d'un satellite scientifique".

Ce ne serait pas du "jamais-vu". Dans une étude de 2015, l’IRSN indiquait que les accidents de satellites alimenté à l’uranium ou au plutonium étaient une source de contamination en France (quoique loin derrière l’accident de Tchernobyl de 1986 et les essais nucléaires des années 60). Par exemple, en 1964, un satellite américain s’est enflammé au-dessus de l’océan Indien libérant dans l’atmosphère deux fois plus de plutonium 238 que l’ensemble des essais nucléaires aériens. Des traces de cet accident sont encore mesurables. Autre cas en 1978 et 1983 : deux satellites russes Cosmos ont explosé contenant d’importantes quantités d’uranium.

Vendredi 8 décembre, l'ONG de défense de l'environnement Greenpeace a publié une pétition demandant la création d'une commission "indépendante" et dénonçant les conclusions de la commission scientifique de Rosatom, qui "ne ressemble pas à une étude visant à trouver les sources de l'émission" selon Rachid Alipov, le chef du programme nucléaire de Greenpeace Russie.

Ludovic Dupin avec AFP


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