Publié le 22 mai 2017

ÉNERGIE

La Suisse ne construira plus de réacteurs nucléaires

Lors d’un référendum sur la loi Énergie le 21 mai 2017, les Suisses ont acté qu’il n’y aura plus de nouvelles constructions nucléaires dans le pays. En revanche, les cinq réacteurs en service pourront continuer de fonctionner tant que leur sûreté sera garantie. Par ailleurs, le texte adopté prévoit un soutien massif aux renouvelables et une baisse de la consommation d'énergie.

Nucleaire suisse beznau
La centrale nucléaire de Beznau a été mise en service en 1969.
DR

Depuis 2011 et l’accident nucléaire de Fukushima au Japon, la Suisse avait du mal à se décider sur l'avenir de son parc nucléaire. Le référendum du dimanche 21 mai a fini par trancher la question. 58,2 % des Suisses se sont exprimés en faveur de la nouvelle loi fédérale sur l’énergie. Elle prévoit la fermeture progressive des réacteurs nucléaires, la montée en puissance des énergies renouvelables et la réduction de la consommation énergétique. Le parti vert parle d’une révolution qui fait "entrer la Suisse dans le 21e siècle". Le parti conservateur UDC craint une hausse de la facture énergétique des ménages.

Le virage énergétique voulu par Berne est en réalité tout en douceur. La priorité est d’abord la diminution de la consommation d’électricité. Un sujet important alors que le pays importe la majorité de ses électrons et toute son énergie fossile. La loi prévoit d’abaisser la consommation d’électricité de 16 % en 2020 par rapport à 2000 et de 43 % en 2035. Il s’agit également de promouvoir des bâtiments et des modes de transports moins énergivores et moins polluants.

 

Financer les renouvelables

 

La seconde partie du programme vise à modifier le mix électrique du pays. Celui-ci compte aujourd’hui 60 % d’hydroélectricité, 33,5 % de nucléaire, 4% de thermique (gaz et charbon) et 2,5 % d’énergies vertes (éolien, photovoltaïque, biomasse). D’une part, le texte approuvé par les Suisses va permettre le déploiement d'un programme de financement supplémentaire annuel de 480 millions de francs (440 millions d’euros) en faveur des énergies renouvelables.

D’autre part, le pays ne construira plus de nouveaux réacteurs nucléaires. La Suisse compte aujourd’hui cinq tranches : deux à Beznau (parmi les plus vielles au monde), une à Mühleberg, une à Gösgen et une autre à Leibstadt. La loi indique que ces tranches, mises en service entre 1969 et 1984, pourront continuer à fonctionner tant que leur sûreté sera garantie. Fin 2016, la population avait rejeté une votation qui proposait une mise à l’arrêt de ces outils de production après 45 années. Aujourd'hui, une durée de vie de 60 ans est évoquée dans le pays.

 

Troisième pays en Europe à abandonner le nucléaire

 

Depuis la catastrophe au Japon, la Suisse est le troisième pays en Europe à se placer sur une trajectoire de sortie du nucléaire... Même s’il faudra encore quelques décennies avant d'assister à la fission du dernier atome helvète. L’Allemagne a déjà mis à l’arrêt la moitié de son parc et fermera l’ensemble de ses réacteurs en 2022. L’Italie qui avait arrêté son programme nucléaire après l'accident de Tchernobyl en 1986 était en train de relancer des projets en 2011. Tous ont été abandonnés.

La France, qui a le mix énergétique le plus nucléarisé au monde, a, de son côté, décidé de réduire la part de l'atome. Selon la loi de transition énergétique, cette énergie doit passer de 75 à 50 % de la production en 2025. Le nouveau Président de la République, Emmanuel Macron, a assuré qu’il respectera cet engagement. Paris n’a pas mis fin à ses projets pour autant puisqu’un nouveau réacteur, l’EPR de Flamanville (Manche), doit démarrer fin 2018.

Ludovic Dupin, @ludovicdupin


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Centrale nucleaire urcisxtrime

Pour l’Agence internationale de l’énergie, le déclin du nucléaire est un obstacle à la lutte contre le changement climatique

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a plaidé mardi 28 mai pour des mesures de soutien à l'énergie nucléaire, s'inquiétant des conséquences de son déclin sur les émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui l’atome compte pour 10 % du mix électrique planétaire, mais sa part est en recul.

Centrale nucleaire Three mile island Etats unis Dobresum

La centrale nucléaire de Three Mile Island, où a eu lieu le troisième plus grave accident nucléaire, va fermer

40 ans après le plus grave accident nucléaire des États-Unis, le réacteur restant de la centrale de Three Mile Island va définitivement fermer ses portes en septembre prochain. Les élus locaux ne sont pas parvenus à sauver cette installation en perte, malgré son impact sur l’emploi et les émissions...

Emmanuel Macron et Jean Bernard Levy EDF Nucleaire GuillaumeSouvant AFP

Nucléaire : le PDG d’EDF assure qu’EDF restera un groupe "intégré", malgré la réorganisation demandée par le gouvernement

EDF restera un "groupe intégré" même s'il se réorganise à l'avenir pour assurer sa capacité d'investissement, a assuré jeudi 2 mai son PDG Jean-Bernard Lévy, qui doit présenter des propositions au gouvernement à la fin de l'année.

Centrale nucleaire urcisxtrime

[Édito vidéo] 50 % de nucléaire, une marche trop haute pour la France ?

Pas plus de 50 % de nucléaire en France. Tel est l’objectif de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Si en 2035, ce taux semble accessible, à plus long terme, ce seuil sera difficile à maintenir sans décider de nouvelles constructions dès 2021. Reste à savoir si Emmanuel Macron prendra cette...