Publié le 12 novembre 2008

ÉNERGIE

La transparence du nucléaire à nouveau à l'ordre du jour

Suite aux accidents nucléaires de l'été 2008, le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire vient de remettre au gouvernement un rapport sur les eaux souterraines à proximité des sites nucléaires : une série de recommandations loin de satisfaire le Réseau Sortir du Nucléaire.

118574_GF.jpg

L'état des lieux des nappes phréatiques potentiellement polluées par des effluents radioactifs est terminé : le Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) a remis son rapport au ministre Jean-Louis Borloo, le 7 novembre 2008. Conclusion : « l'état radioécologique des nappes phréatiques, sous et autour des sites nucléaires, ne pose globalement pas de problème significatif de nature environnementale ou sanitaire. » Mandatée par le ministère de l'écologie en juillet 2008, cette étude fait suite aux accidents nucléaires de cet été, notamment celui de l'usine Socatri, à Tricastin. Autorités locales, population et ONG avaient alors enclenché une vive polémique sur la question de la transparence des informations sur le nucléaire (voir article lié). Tous réclamaient une étude globale des eaux souterraines situées à proximité d'un site, voire de l'ensemble des nappes phréatiques françaises.
Voici donc chose faite, avec ce rapport qui contient par ailleurs 18 recommandations pour « améliorer l'information, la transparence et la concertation avec les parties prenantes. » Après avoir constaté qu'il « existe aujourd'hui des fondements législatifs solides » pour assurer information transparence et concertation, le HCTISN souligne tout de même la difficulté « pour le public d'appréhender la situation radioécologique des sites nucléaires et des anciens entreposages de déchets. » Car si l'information existe, effectivement, elle est « cependant éparse, disparate, compartimentée, et dans un certain nombre de cas, difficile d'accès. » Parmi ces recommandations, le comité propose donc la création d'un site Internet pour faciliter cet accès aux données, de renforcer le rôle des commissions d'information locales, ou encore « de développer une capacité d'expertise diversifiée et indépendante des experts intervenant habituellement dans l'industrie nucléaire. » Par ailleurs, le HCTISN s'engage à effectuer un point régulier sur la mise en œuvre de ses recommandations. Dès la remise du rapport, l'Autorité de Sureté nucléaire a pour sa part fait savoir qu'elle contribuera à cette mise en œuvre.

Le réseau Sortir du Nucléaire dénonce « un rapport lénifiant »

Pour l'ONG anti-nucléaire, le rapport « semble avoir pour but de masquer les aspects essentiels du débat sur la dangerosité nucléaire. » Elle juge notamment ridicule de demander à l'Etat de développer une capacité d'expertise indépendante, craignant qu'une telle démarche ne soit qu'un écran de fumée. Contestant tant les recommandations que la légitimité même du HCTISN, les militants reviennent également sur la notion de transparence, chère au ministère de l'environnement, rappelant qu'un nucléaire dit « transparent » n'en reste pas moins potentiellement dangereux.

Anne Farthouat
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Les ONG portent plainte contre Areva et l'Autorité de sureté nucléaire

Deux plaintes viennent de tomber coup sur coup sur la société Areva. L'une émane du Réseau Sortir du Nucléaire, l'autre, de Greenpeace. Les deux organisations anti-nucléaire entendent bien profiter de l'engouement médiatique suscité par la fuite d'uranium de Tricastin, pour faire avancer...

Nucléaire : la bataille de la transparence sur les «incidents»

Deux incidents nucléaires en dix jours, du jamais vu ? Pas vraiment : des « anomalies de type 1 », l'Autorité de sureté nucléaire (ASN) en recense près d'une centaine par an. Alors pourquoi tant de bruit ? Ou plutôt, pourquoi un tel silence jusqu'ici ? Ces deux incidents ont à nouveau...

Sûreté nucléaire : un rapport alarmant de Greenpeace

Greenpeace publie une étude de John Large, expert britannique sur les questions de sécurité nucléaire, qui a évalué les risques du nouveau réacteur prévu pour 2012 à Flamanville (Normandie). L'ONG s'appuie sur ses conclusions alarmantes pour interpeller les candidats à l'élection...

Vers une coalition anti-nucléaire européenne ?

La lutte anti-nucléaire européenne s'organise. Après une période d'accalmie dans les années 90, due au recul relatif du nucléaire, les militants se mobilisent à l'occasion de la présidence française de l'UE et de l'Union méditérranénne. Objectif : sensibiliser les populations des pays en...

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

Akademic lemonosov 2 rosatom

La Russie lance sa première centrale nucléaire flottante pour exploiter le pétrole de l’Arctique

La volonté de nombreux pays, dont la Russie, de profiter de la fonte des glaces du Grand Nord pour exploiter les gigantesques réserves pétrolières qui s’y trouvent n’est pas une surprise. Mais l’utilisation de centrales nucléaires pour alimenter des sites industriels isolés est une autre paire de...

[Science] Le nuage radioactif qui a survolé la France en 2017 venait bien de Russie

Fin septembre 2017, un nuage radioactif a survolé une large partie de l’Europe. Les autorités nucléaires françaises ont alors soupçonné un accident dans un centre de traitement de déchets en Russie, ce que Moscou a démenti. Deux ans plus tard, une étude internationale confirme l’implication du...

EPR de Flamanville 2019 EDF

Nucléaire : la mise en service de l'EPR de Flamanville encore retardée d'au moins trois ans

La mise en service de l'EPR de Flamanville (Manche) sera encore retardée d'au moins trois ans à la suite des problèmes de soudures, a admis vendredi 26 juillet EDF, qui prendra plusieurs mois pour préciser le nouveau calendrier et les coûts du chantier. Si cette nouvelle était attendue, ce nouveau...

[Décryptage] Pourquoi la chute du réacteur nucléaire EPR ne devrait réjouir personne

Le nouveau retard de l’EPR, qui ne devra pas démarrer avant 2022 au mieux, est un terrible coup de boutoir pour EDF et pour tout le programme de nouveau nucléaire en France. Mais c’est aussi une très mauvaise nouvelle pour la politique climatique française. Car sans la puissance de l’EPR et alors...