Publié le 25 février 2021

ÉNERGIE

L’ASN prête à autoriser la prolongation de la vie des réacteurs nucléaires à 50 ans mais sous conditions

Ça y est ! EDF a l’autorisation théorique de prolonger la durée de vie de ses plus anciens réacteurs nucléaire de 40 à 50 ans. Reste que les visites décennales de chaque réacteur seront soumises à des conditions spécifiques en matière de sécurité des réacteurs, des résistances aux agressions externes et de renforcement des piscines de combustibles usagés. Ces travaux s’intègrent dans le programme d’EDF de Grand Carénage d’EDF de 50 milliards d’euros.

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EDF a officiellement l'autorisation de prolonger ses plus anciens réacteurs.
@AlainJocard/AFP

Cela fait des années qu’EDF attendait une telle décision. L’autorité de sûreté nucléaire se dit prête à autoriser la prolongation des 30 tranches de 900 MW au-delà de 40 ans. Dans les faits, la loi ne prévoit pas de limite d’âge pour ces installations, mais certains équipements atteignent une durée de vie significative et ne peuvent pas être remplacés. Par ailleurs, ces centrales conçues et construites dans les années 80 ne sont plus en phase avec toutes les doctrines de sûreté en cours.

EDF a déjà commencé de lourds travaux de modernisation, en particulier depuis l’accident de Fukushima au Japon de mars 2011. Et l’électricien a remis à l’ASN une stratégie générale pour passer la barre des 40 ans. L’ASN a validé ses procédures mais a toutefois fixé des conditions strictes qui devront s’appliquer individuellement pour chaque réacteur.

Trois grands critères à respecter

"L'ASN considère que l'ensemble des dispositions prévues par EDF et celles qu'elle prescrit ouvrent la perspective d'une poursuite de fonctionnement de ces réacteurs pour les dix ans qui suivent leur quatrième réexamen périodique", indique-t-elle. L’Autorité prescrit toutefois prescrire "la réalisation des améliorations majeures de la sûreté prévues par EDF, ainsi que des dispositions supplémentaires qu'elle considère comme nécessaires".

"Un premier objectif est de réduire les conséquences des accidents et notamment des accidents graves, avec une fusion du cœur du réacteur", a expliqué à l'AFP Julien Collet, directeur général adjoint de l'ASN. Des améliorations sont notamment prévues pour que la radioactivité reste confinée à l'intérieur de l'enceinte en cas d'accident. Une mesure qui s’inspire des réacteurs de dernière génération, type EPR en construction à Flamanville équipé d’un immense cendrier sous la cuve pour recueillir et refroidir un cœur fondu, un corium, en cas d’accident.

"Le deuxième grand volet porte sur le renforcement (face) aux agressions qui peuvent survenir sur ces installations", a-t-il poursuivi. Sont visées les agressions externes (séisme, inondation, chaleur extrême...) et internes (incendie...). Enfin, un dernier volet porte sur "le renforcement au niveau de la piscine d'entreposage des combustibles usés", a indiqué Julien Collet. C’est en ce lieu que les combustibles usés sont mis à refroidir pendant plusieurs années avant d’être retraités et mis en stockage.

50 milliards de travaux

Pour suivre ce chantier, l'ASN demande ainsi à EDF de faire un point public chaque année. "EDF réalisera chaque année un bilan de l'avancement des travaux et des capacités de réaliser avec ses partenaires industriels le programme", a confirmé une porte-parole du producteur d'électricité. "Les engagements pris par EDF permettront de porter la sûreté des réacteurs actuellement en exploitation à un niveau proche de celui des réacteurs de troisième génération de type EPR", a-t-elle souligné. Ce chantier, dit Grand carénage, va durer des années et est estimé à environ 50 milliards d’euros par EDF entre 2014 et 2025.

Cette décision de l’ASN et sa bonne réception par EDF est cependant complètement indépendante de la décision du gouvernement d’engager la fermeture de 12 réacteurs nucléaires en France. Ceci inclut les deux tranches de la centrale de Fessenheim, officiellement stoppée le 30 juin 2020. L’objectif est d’abaisser la part de l’atome dans le mix électrique français de 75 à 50 % à l’horizon 2035.

Ludovic Dupin avec AFP


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