Publié le 31 mars 2011

ÉNERGIE

L'ASN pointe les défaillances dans la maintenance des centrales

L'ASN présentait mercredi 30 mars à l'Assemblée nationale son rapport sur l'état de la sûreté nucléaire en France et l'avenir de la filière. Si l'année 2010 est globalement satisfaisante, son président André-Claude Lacoste a souligné plusieurs failles et estime que la France doit tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima.

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Menaces sur la pêche

L'association Robin des bois souligne que la menace est de contaminer au-delà des normes admissibles les crustacés, les mollusques, les algues et les poissons. C'est un drame supplémentaire pour les japonais. De même que les courants atmosphériques ne connaissent pas de frontières et se moquent des limites administratives, les courants marins vont transporter les polluants radioactifs dans les mers hauturières ou d'autres eaux côtières exploitées par les flottes de pêche de la Russie, de Taiwan, de la Corée du Sud et de la Chine. L'événement va avoir des conséquences sur l'économie mondiale des pêches. Par précaution, les navires de pêche industrielle vont se redéployer dans le Pacifique Est, le Pacifique Sud, l'Océan Indien et l'Atlantique dont les ressources halieutiques sont déjà surexploitées.

C'est dans un contexte exceptionnellement grave que l'ASN présentait la 4ème édition de son bilan annuel de la sûreté nucléaire en France. Ce rapport s'inscrit dans les enseignements de la catastrophe de Fukushima pour la situation française, qui rappelons-le, constitue la deuxième puissance nucléaire mondiale après les Etats-Unis. A ce titre, l'ASN a une lourde responsabilité qui consiste à contrôler non seulement la sécurité des installations industrielles, leur démantèlement ainsi que le traitement des déchets radioactifs, mais également le secteur de l'imagerie médicale (radiothérapies, scanners), dont le bilan s'avère « très préoccupant ». L'ASN a en effet constaté une augmentation importante des doses reçues (200 000 patients sont concernés chaque année, ainsi que 180 000 personnes travaillant dans le secteur médical). Les doses de rayonnements ionisants ont augmenté de 50% entre 2002 et 2007, indique le rapport de l'ASN, atteignant dans certains cas des doses de 20 mSv (soit la dose admise pour un employé du nucléaire par année).

Incidents dus à des failles dans la maintenance

Concernant le secteur industriel, le bilan 2010 de l'ASN apparaît comme « assez satisfaisant » selon le rapport. Plus de 1000 incidents ont toutefois été recensés l'année dernière, pour la majeure partie sans importance. Seuls trois incidents de niveau 2 (sur une échelle allant jusqu'à 7, niveau de Tchernobyl) ont été recensés, mettant en cause des défaillances qui peuvent s'apparenter à une contamination importante ou à une surexposition d'un employé. En 2009, deux incidents avaient également atteint le niveau 2.
Le bilan des 491 inspections dans les centrales nucléaires fait état d'une situation hétérogène mais l'ASN constate de manière régulière des failles dans les opérations de maintenance des centrales. Bugey, Penly, Civaux et Tricastin obtiennent un bilan satisfaisant, mais Saint-Alban, Nogent-sur-seine et Chinon sont épinglés pour leur manque de rigueur d'exploitation entraînant un nombre conséquent d'incidents, tandis que Chooz doit améliorer ses opérations de protection de l'environnement.

"Mesures correctives délicates"

L'ASN reproche également à EDF de ne pas avoir anticipé certaines opérations de maintenance, qui l'ont conduit à des « opérations de maintenance correctives délicates et de grande ampleur notamment sur les générateurs de vapeur afin d'en assurer la sûreté ». Le réacteur numéro 3 de la centrale du Bugey (Ain) a, par exemple, été mis à l'arrêt pour une période exceptionnellement longue de 20 mois à cause du remplacement tardif des générateurs de vapeur, souligne le rapport.
Enfin, « l'exploitant doit s'assurer à l'avenir de disposer des moyens humains et matériels suffisants et de mieux contrôler ses sous-traitants ». Cette question a fait réagir la sénatrice (Verts) Marie-Christine Blandin, qui demande que les employés des sous-traitants soient désormais « internalisés ». Ils sont en effet 30 000 en France à être employés par des prestataires qui assurent 80 % des activités de maintenance des centrales, contre 50% au début des années 90. Et ces employés extérieurs supportent plus de 80% de la dose collective annuelle d'irradiation reçue dans le parc nucléaire français. Pour la sénatrice, leur expérience en matière de sûreté n'est pas assez exploitée, or, a-t-elle ajouté « les salariés-nettoyeurs auraient beaucoup à dire » sur le sujet.

Manque d'informations sur la crise japonaise

Interrogé sur la situation au Japon, le président de l'ASN admet que les informations restent « parcellaires » et « incomplètes ». « Non pas que le gouvernement ne veuille pas communiquer, mais tout simplement parce que, suite au séisme, beaucoup de matériel a disparu ». De plus, « nos interlocuteurs sont constamment en alerte pour préserver la sécurité, et la communication n'est pas leur principale préoccupation... », rappelle André-Claude Lacoste. Une certitude apparaît néanmoins aujourd'hui : la situation reste extrêmement grave pour 3 réacteurs et 3 piscines, le refroidissement n'étant pas assuré par les moyens dont disposent les japonais. Les employés se succèdent toutes les 20 minutes, « ce qui ne laisse peu de temps pour agir véritablement, souligne le président de l'ASN. Le refroidissement peut durer des mois, et la contamination des décennies. Non seulement le site est perdu, mais la zone de 20 km autour de la centrale aussi. Les habitants ont fui à 30 km, mais là encore ils sont obligés de partir car ils ne sont pas ravitaillés, personne ne veut prendre le risque d'y aller.» Interrogé sur les conditions de travail des ouvriers dans la centrale, André -Claude Lacoste estime qu'elles sont «extrêmes» mais pourtant « conformes aux réglementations internationales ». La dose maximale qui peut être absorbée par an pour les employés des centrales est de 20 millisieverts, 100 en cas de situation grave et peut monter à 250 pour sauver des vies. Si une telle catastrophe se produisait en France, « nous demanderions aux ouvriers de travailler dans des conditions analogues » a-t-il indiqué avant d'ajouter que « personne ne peut garantir qu'il n'y aura jamais d'accident nucléaire en France ».

Pour l'heure, l'ASN a été missionnée par le gouvernement pour réaliser l'audit des centrales françaises et les stress tests conformément à la décision européenne. Seront évalués les risques sismiques, les risques d'inondations, la perte d'alimentation électrique, la perte de source de refroidissement et le cumul de ces aléas.
Un problème n'est toutefois pas résolu : le manque de moyens pour cet exercice, qui s'ajoute aux contrôles habituels. « Il va falloir augmenter nos moyens pour éviter de baisser la garde sur nos contrôles habituels. On ne peut pas faire appel aux compétences étrangères, mobilisées sur leur propre terrain. Peut-on rappeler des retraités? Nous en sommes au tout début de la réflexion », a reconnu le président dans une interview au Monde publiée le 30 mars.

Véronique Smée
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