Publié le 16 mars 2018

ÉNERGIE

[Décryptage] Pour Nicolas Hulot, sortir du nucléaire nécessite de scinder EDF

À partir du 19 mars, démarre le débat public sur l’énergie en France. À coup sûr, les discussions sur le nucléaire vont éclipser les autres énergies. Depuis quelques jours, le ministre Nicolas Hulot s’affirme dans une position de plus en plus anti-nucléaire, à l’encontre de Matignon ou de l’Élysée. Il juge que la sortie du nucléaire passe par une scission d’EDF. Mais l’efficacité de ce modèle reste à prouver. L’Allemagne, qui a fait ce choix pour E.on et RWE, fait désormais machine arrière.

Nicolas Hulot s'affiche en anti-nucléaire dans un gouvernement plutôt favorable à l'atome.
@FrançoisMori/AFP

Il y a une idée qui traîne dans la tête du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. Celle de séparer EDF en deux. D’un côté, les énergies renouvelables et, de l’autre le nucléaire (et ce qu’il reste des énergies fossiles). Il en parlait encore tout début mars dans une interview au Figaro, à la veille de l’ouverture du débat public sur l’énergie en France, qui se tiendra à partir du lundi 19 mars. Même s’il assure ne pas vouloir "brutaliser" l’électricien historique, il explique que la scission est "un questionnement légitime que l'entreprise doit avoir, pour prendre acte de sa diversification". Il ajoute même que cela "va dans le sens de l’histoire".

Sollicité par Novethic, EDF ne commente pas cette hypothèse. Sur BFM TV, à l’occasion des résultats annuels en février, le PDG Jean-Bernard Lévy assure toutefois que si l’État lui demande, "EDF étudiera très sincèrement les différentes options et participera à l’étude de différents scénarios que le gouvernement souhaiterait mener. Mais aujourd’hui nous n’avons pas été sollicité".

Emmanuel Macron contre un démantèlement

Si Nicolas Hulot répète à l’envie que le nucléaire n’est pas une énergie d’avenir, l’Élysée et le ministère de l’Économie ne sont pas alignés sur cette vision. Fin novembre, Reuters assurait qu’une telle réflexion était en cours au gouvernement, mais Bercy l’avait démenti immédiatement.

Emmanuel Macron a toutefois déjà évoqué ce scénario. En 2016, dans une réponse à l’Assemblée nationale, alors qu’il était ministre de l’Économie, il affirmait que "le statut d’objet coté du nucléaire français n’était pas satisfaisant". Il ajoutait alors qu’une solution serait de "rompre le lien entre les activités dans le domaine du nucléaire en France et le reste du groupe". Une possibilité qu’il écarte toutefois assez vite, ajoutant que cela reviendrait à un démantèlement du premier électricien mondial.

Un proche de Bercy, tenant des énergies renouvelables et opposé au nucléaire, doute de la mise en place d’une scission : "Séparer le nucléaire du reste d’EDF aurait du sens si on voulait dévaloriser les actifs liés à l’atome… C’est sûrement ce que veut faire Hulot, mais ce n’est pas du tout le projet de Macron", explique-t-il.

Nicolas Goldberg, analyste énergie chez Colombus Consulting, constate que la question a peu de sens car "la France n’a pas décidé ce qu’elle veut faire de son nucléaire. Elle n’a pas décidé si c’est une énergie d’avenir ou pas". Si c’est une énergie d’avenir, il faudra que le/les nouveau(x) réacteurs nucléaires construit(s) en France soit sur un marché régulé avec une forme de tarif de rachat garanti (comme pour les renouvelables), "auquel cas cela n’aurait aucun sens de séparer le nucléaire des autres énergies", explique l’expert.

Retour d’expérience allemand

La banque UBS avait fait un exercice en novembre 2017 en imaginant cette scission du géant français. Dans leur fiction, on trouvait d’un côté le réseau, les services clients et les renouvelables et, de l’autre, les actifs nucléaires et thermiques, ainsi que les activités britanniques et italiennes. Selon les investisseurs, cela permettrait de simplifier la vie d’EDF qui n’aurait plus à arbitrer entre des investissements entre l’atome et les nouvelles énergies.

Nos voisins allemands ont tenté l’expérience de démanteler leurs deux grands groupes énergétiques : E.on et RWE. Les deux entreprises ont été scindées entre nucléaire/fossiles et renouvelables. Les deux directions ont décidé de faire machine arrière. Pragmatiques, les Allemands se sont rendus compte que la séparation entre anciennes et nouvelles énergies était contre-productif. En effet, les entreprises nouvelles étaient trop petites sur le marché européen et finissaient par se concurrencer entre elles.

Aussi, à travers une opération d’échange d’actifs de près de 20 milliards d’euros, tous les outils de productions d’électricité vont partir chez RWE, tandis que toutes les infrastructures de transports et distribution seront entre les mains de E.on. En France, la production et la distribution restent dans les mains d’EDF qui détient 50 % de RTE (Réseau de transport électrique) et 100 % d’Enedis (distributeur).

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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