Publié le 26 janvier 2018

ÉNERGIE

[Décryptage] Orano, le nouvel Areva, propose un business nucléaire plus durable… mais jusqu’à quand ?

Devenu trop lourd à porter, Areva lâche son patronyme pour se renommer Orano. Resserrée sur ses activités dans le cycle de l'uranium (mine, enrichissement et retraitement), cette nouvelle entreprise semble bénéficier d’un modèle économique encourageant à moyen terme. Mais à long terme, l’avenir du nucléaire est incertain dans le monde. C’est pourquoi l’entreprise mise déjà sur le démantèlement.

Orano, l'ancien Areva, est désormais rencentré sur l'extraction d'uranium et son enrichissement.
Orano

C’est la fin d’un épuisant marathon pour les salariés Areva. La société, fondée en 2001, est passée du statut de champion international de l’atome à une entreprise au bord du gouffre suite aux pires vicissitudes imaginables. Pêle-mêle, on peut citer le rachat hors de prix d’Uramin, les espionnages internes entre les dirigeants, le désaveu par le gouvernement de la fondatrice Anne Lauvergeon, la catastrophe de Fukushima, les monstrueux retards de l’EPR finlandais, les malfaçons de l’usine du Creusot…

Il en aura coûté 6 000 départs de salariés et 5 milliards d’euros à l’État pour sauver ce qu’il restait de ce fleuron français. Aujourd’hui, Areva est séparé en trois entités. D’un côté Orano, une entreprise spécialisée dans l’extraction de l’uranium, son enrichissement et son retraitement. De l’autre, Framatome, l’ancien nom de la branche Areva NP, en charge de la construction et de la maintenance des réacteurs nucléaires. Cette entité est désormais filiale d’EDF.

Reste Areva SA, une société de défaisance, qui porte en particulier le poids de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande. Un chantier qui affiche 9 ans de retard, un triplement de son coût initial et pour lequel Areva a passé plus de 5 milliards d’euros de provisions. Quant à l’aventure tentée dans les énergies renouvelables sur la volonté des derniers gouvernements, elle a été abandonnée et cédée aux industriels Gamesa et Siemens.

Une activité récurrente

Si la dette d’Areva est loin d’être soldée, Orano peut se réjouir de se reconstruire d’ores et déjà sur un bilan positif. Elle affiche un carnet de commandes de plus de 30 milliards d’euros, ce qui représente plus de huit ans de chiffre d’affaires. Et cette activité est extrêmement redondante pour l’entreprise qui fournit en combustible l’immense majorité des 400 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde (dont 58 en France).

Reste à savoir si cette activité peut réellement croître, ce qui est loin d’être sûr. Fin 2017, 53 réacteurs étaient en construction, contre presque 70 trois ans plus tôt. Signe que les nouveaux pays désireux de lancer ou relancer leur filière électronucléaire (Inde, Japon, Afrique du Sud, Arabie Saoudite…) tardent à prendre des décisions. La raison est attribuable à des énergies fossiles bon marché et à des renouvelables de plus en compétitives.

La moitié de ces nouvelles constructions est portée par la Chine. Et le directeur général d’Orano, Philippe Knoche, ne s’y trompe pas. Il vise à ce que son entreprise réalise 30 % de son chiffre d’affaires en Asie d’ici 2020 contre 20 % aujourd’hui. Même si l’entreprise y parvient, il faudra aussi compter sur le cours des prix de l’uranium qui ont perdu 50 % de leur valeur en quatre ans et bien plus depuis l’accident de Fukushima. Et une remontée des cours n’est pas prévue, signe encore de l’atonie du secteur.

L’atout du démantèlement

Face à ces incertitudes, Orano peut se rattacher à un fait tangible, celle du besoin de compétences en matière de démantèlement nucléaire. D’ici 20 à 30 ans, selon la durée de vie accordée au parc nucléaire actuel, il y aura plus de 150 réacteurs à déconstruire sur la planète. Or Orano se place en expert du sujet. Areva a passé des années à se faire la main sur le démantèlement de ses propres installations, sur celles du CEA et sur certains réacteurs d’EDF d’anciennes générations. L’entreprise est en particulier experte de la prise en charge des parties les plus radioactives des réacteurs.

Pour renforcer cette position, Orano annonce que sa politique d’embauches va s’axer sur la branche Services de l’entreprise. En 2020, la direction vise qu’un salarié sur deux travaille pour les services qui, outre le démantèlement, comprennent la logistique ou encore la médecine nucléaire. Aujourd’hui Orano compte 16 000 salariés.

Enfin pour la petite histoire, Anne Lauvergeon avait choisi le nom Areva en s’inspirant d’une abbaye cistercienne espagnole, Arevalo. Le nom Orano est dérivé du nom latin du Dieu Uranus qui a donné son nom l’Uranium. Si le Dieu chrétien n’a pas pu protéger la première entreprise, peut-être que le Dieu romain y parviendra avec la seconde.

Ludovic Dupin@LudovicDupin


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