Publié le 07 septembre 2018

ÉNERGIE

[Décryptage] La feuille de route de François de Rugy ne devrait pas être centrée sur le nucléaire… mais sur le climat

Nommé au ministère de la transition écologique et solidaire, François de Rugy a trouvé plusieurs dossiers sur son bureau : glyphosate, biodiversité, charbon… Mais beaucoup l’attendent surtout sur la réduction de la part du nucléaire. Une pression qui risque d’altérer son action qui devrait pourtant n’avoir qu’un objectif : limiter au maximum le réchauffement climatique.

François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire et la secrétaire d'État Brune Poirson.
@ministère

Depuis que François de Rugy a été nommé au ministère de la Transition énergétique et solidaire, de nombreux acteurs politiques et de la société civile lui mettent la pression pour qu’il soit à la hauteur de sa tâche. Pour beaucoup, son action se mesurera presque uniquement à l’aune de sa capacité à fermer des réacteurs nucléaires en France.

L’ancien Président de l’Assemblée nationale leur a déjà répondu en assurant que les choix en matière de nucléaire se feront à l’occasion de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), dont la feuille de route sera publiée fin octobre. Dans le même temps, le Premier ministre Édouard Philippe à l’occasion d’un séminaire gouvernemental a assuré que l’abaissement de la part du nucléaire de 75 à 50 % de nucléaire dans le mix électrique se fera "l'horizon 2035". Une échéance trop lointaine pour les ONG opposées à l’atome.

Moins bien que Hulot

Nicolas Hulot "voulait obtenir la fermeture d'un peu plus d'un réacteur par an, soit 16 réacteurs entre 2022 et 2035. Et évidemment ne pas lancer la construction de nouveaux EPR", souligne Pascal Canfin, directeur général du WWF, un temps cité pour succéder au ministre démissionnaire. "Je ne peux pas imaginer que François de Rugy soit en dessous de cette position", prévient-il.

"Objectivement, aujourd'hui on a peu d'espoir parce que ce n'est pas un homme qui va changer les choses, quelle que soit l'identité de la personne", juge auprès de l'AFP Yannick Rousselet, de l'ONG Greenpeace. "Ou bien on a la volonté politique de changer de trajectoire (sur le nucléaire) ou on ne l'a pas. Aujourd'hui on n'a vu aucun signe politique que le gouvernement veut changer de trajectoire".

Émission en hausse

La question du nucléaire est, certes, très importante. Depuis l’accident de Fukushima de 2011, l’acceptation publique de cette énergie est en recul. Et les anomalies sur des générateurs de vapeurs constatées en 2016 et 2017 montre combien ce secteur est sensible. Mais surtout, la loi de transition énergétique, votée en 2015, a fixé un objectif d’abaissement de la part de l’atome. Cet objectif doit être respecté.

Pourtant, ce sujet ne devrait pas être en haut de la liste des priorités du ministre d’État. Après un été 2018 où se sont côtoyés canicules étouffantes, recul des pôles, atteintes graves à la biodiversité, toute l’énergie de ce ministère doit être consacrée au climat. Or, si la France est loin d’être le plus mauvais élève de la planète, elle même a vu ses émissions repartir à la hausse en 2017. Le pays a émis 3,2 % de CO2 en plus en 2017.

À l’heure du bilan

À l’échelle européenne, les émissions ont progressé de 1,8 % et au niveau mondial, elles grimpent toujours en raison du recours au charbon qui compte pour plus d’un quart de l’énergie primaire de la planète. Il n’est pas trop fort de dire que ces nouvelles sont absolument catastrophiques.

Jeudi 6 septembre, le Président Emmanuel Macron a souligné que sa "priorité, c'est de réduire les émissions de CO2". "Quand je regarde la liste des sources d'énergie, en particulier d'électricité, le nucléaire n'est pas la pire des choses", a-t-il estimé.

D’aucuns taxent le résident de l’Élysée de défendre EDF et les intérêts de l’industrie électronucléaire, le troisième secteur industriel en France. Mais il n’a pas tort. Dans un an, deux ans ou trois ans, quand François de Rugy quittera l’Hôtel de Roquelaure, on fera son bilan. S’il a obtenu la fermeture de quelques réacteurs nucléaires à un horizon de temps raisonnables mais que les émissions de CO2 n’ont pas baissé, ce sera un échec.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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