Publié le 16 mars 2011

ÉNERGIE

Alors que la catastrophe menace au Japon, le nucléaire divise l'Union

Alors que le Japon est sous le coup de la menace nucléaire depuis les terribles tremblements de terre et tsunami du 11 mars, le débat sur l'énergie atomique enflamme l'Union Européenne. Au-delà de la solidarité et de l'urgence de l'aide en effet, la question de la sûreté et de l'avenir des 143 réacteurs européens mérite d'être posée dans une Union particulièrement divisée sur le sujet.

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© International Nuclear Safety Center / flickr

Alors que l'énergie nucléaire séduisait de plus en plus de pays, à travers le monde et en Europe - selon la World Nuclear association plus de 450 nouveaux réacteurs devraient être construits d'ici à 2030 dans le monde- la catastrophe japonaise vient de rebattre les cartes. Très vite après les premières informations sur les dégâts causés par le tsunami dans la centrale de Fukushima, le débat sur la sécurité et l'avenir du nucléaire s'est installé dans de nombreux Etats membres de l'Union Européenne, très divisée sur la question entre l'Autriche, qui a demandé à l'Union de faire des tests de sûreté et la France, très dépendante de l'atome...

Mardi 15 mars, après avoir réuni en urgence les 27 autorités nationales de sécurité nucléaires et les opérateurs du secteur, Günther Oettinger Commissaire européen à l'Energie, qui n'a pas hésité à qualifier la situation japonaise d' « Apocalypse », a ainsi proposé aux 27 de lancer dans chaque pays concerné des tests de sûreté sur les centrales nucléaires et dont les résultats seront connus en fin d'année. Insuffisants selon les députés européens EELV, qui souhaitent aller beaucoup plus loin avec « l'arrêt immédiat des réacteurs nucléaires les plus dangereux et l'engagement tout aussi rapide d'un processus coordonné et progressif de sortie du nucléaire. En France, le gouvernement doit immédiatement stopper la centrale de Fessenheim, particulièrement risquée, et suspendre la construction de l'EPR de Flamanville. Il doit s'engager sur une sortie progressive du nucléaire, à commencer par l'arrêt des centrales les plus anciennes ou en zones sismique ou inondable ». Une demande qui a peu de chance d'aboutir car Si François Fillon a expliqué à l'Assemblée nationale que toutes les leçons devraient être tirées du cas japonais, qu'elle contrôlera toutes les mesures de sécurité de ses centrales et qu'aucune question sur le nucléaire ne serait éludé, l'abandon de l'atome n'est pas à l'ordre du jour.

Une attitude qui prévaut dans la plupart des pays européens qui, s'ils montrent une vive préoccupation pour la situation japonaise, ne souhaitent pas remettre en question leur propre programme et insistent sur le faible risque sismique en Europe. En Grande Bretagne, le deuxième pays nucléaire après la France avec ces 19 réacteurs (la France en compte 58), le gouvernement a lancé un programme de renouvellement des centrales il y a maintenant deux ans et pour l'instant rien ne devrait empêcher la nouvelle génération d'entrer en fonction en 2018. En Italie, qui avait abandonné le nucléaire en 1987 après l'accident de Tchernobyl, le pays est en proie à un vif débat depuis l'accident de Fukushima. Cela pèsera-t-il dans la relance du nucléaire prévue pour cette année après un référendum ? La ministre de l'environnement a en tous cas réaffirmé sa volonté d'entrer dans le système nucléaire européen...

Marche arrière

De l'autre côté, d'autres pays n'hésitent pas à faire le retour en arrière fortement demandé par les écologistes. C'est notamment le cas de l'Allemagne, il est vrai beaucoup moins engagée que la France en la matière. Il y a un an, la chancelière allemande surprenait en prenant à rebours son opinion publique pour annoncer la prolongation de ses centrales. Hier, elle a fait volte face en décidant un moratoire de trois mois sur cet accord et en annonçant que les 7 centrales entrées en service avant 1980 seront fermées, peut-être définitivement, et que l'ensemble des réacteurs des 17 centrales en services subiraient des contrôles avant le 15 juin. Dans un pays qui s'est toujours prononcé contre le nucléaire, ce sont 60 000 personnes qui sont descendues dans la rue le 12 mars...En Espagne, l'accident japonais devrait sans doute aussi conforter le chef du gouvernement, José Louis Zapatero d'honorer sa promesse faite en 2008 de sortir du nucléaire, qui produit actuellement 26% de l'électricité espagnole. Quant à la Belgique, censée sortir du nucléaire en 2025 mais dont 60% de l'électricité est encore produite par l'atome, la ministre de l'Intérieur a affirmé qu'il faudrait réévaluer la sécurité de ses centrales tout en restant flou sur leur avenir, qui pourrait être prolongé dans le cas d'une menace sur la sécurité d'approvisionnement du pays.

Hors de l'UE, la Suisse a également décidé de geler les constructions de nouvelles centrales. Tandis qu'en Russie, le Premier ministre a demandé une étude d'évaluation des risques des dix centrales opérationnelles dans le pays, dont 4 sont situées sur des zones sismiques. Aucune autre construction n'est envisagée dans le pays a affirmé Vladimir Poutine.

Béatrice Héraud
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