Publié le 24 juillet 2014

ÉNERGIE

Allemagne : privées de leur rente nucléaire, des communes cherchent à rebondir

Effet Fukushima, le gouvernement allemand décide en mars 2011 de débrancher le nucléaire d’ici à 2022. C'est la panique dans les communes hébergeant des centrales atomiques. Mises au pied du mur, elles n’ont d’autre choix que de s’adapter et de trouver des ressources pour regagner leur "qualité de vie d’avant". Un défi que la municipalité de Biblis a choisi de relever. Reportage.

biblis01
Biblis
© www.luftfahrtfotografie.de

Biblis. Un nom, deux syllabes connues de toute l’Allemagne. La commune de près de 9000 habitants, coincée entre Francfort, Mannheim et Heidelberg, abrite la plus vieille centrale du pays. Depuis sa construction, au début des années 70, Biblis a été le théâtre de très nombreuses protestations et manifestations. Des affrontements ont même eu lieu entre militants antinucléaires d’un côté, forces de l’ordre et salariés de la centrale de l’autre.

Ces salariés défendaient le principal pourvoyeur d’emplois dans une région dépourvue d’autres structures industrielles et agricoles d’importance.

 

Un démantèlement vécu dans la douleur

 

La sortie du nucléaire du pays change radicalement la donne. Fini la manne financière de RWE, l’opérateur de la centrale. Fini les fêtes populaires et les évènements sportifs sponsorisés. Le démantèlement de la centrale est vécu douloureusement à Biblis: lorsque l’on interroge les habitants, le "c’était mieux avant " revient comme une litanie. C’est ce qu’affirment en chœur la boulangère, le retraité, l’ouvrier travaillant dans la voirie.


"Bien sûr qu’ils regrettent leur centrale !", s’exclame Angela, coiffeuse dans un village voisin de Biblis. "Nous, nous devons constamment faire attention aux dépenses publiques. Mais pas à Biblis ! La commune pouvait tout se permettre. Quand nous étions obligés de gratter les fonds de tiroir pour financer une crèche, Biblis pouvait sans problème en financer une. Pareil pour les installations sportives ou les évènements culturels."

 

Refonte, réorganisation, spécialisation

 


Felix Kusicka, le maire de Biblis, reçoit dans son bureau. La mairie, fidèle représentante de l’architecture des années 80, a connu des jours meilleurs. "Il nous faut pratiquement recommencer à zéro, explique-t-il avant de poser un mince dossier sur la table. Et c’est ce que nous prévoyons de faire." 
 
Au programme, notamment, l’embellissement du centre-ville, la réorganisation des structures administratives, la mise en réseau des petites et moyennes entreprises (PME) de la région afin d’en faire un pôle spécialisé dans l’énergie, l’implantation du commerce de détail, etc. "Oui, notre plan -fixé pour les 10 à 15 ans à venir- est ambitieux. Mais c’est la seule option que nous avons pour que Biblis continue à vivre", poursuit le maire, qui tient à souligner que les habitants de la ville ont été invités à participer à l’élaboration du programme.


Son objectif ? Créer une nouvelle industrie, en l’occurrence celle des services liés à l’énergie. "Les énergéticiens changent de stratégie sans changer d’activité industrielle, nous faisons la même chose", précise Felix Kusicka.
 
A terme, il s’agit d’attirer une nouvelle génération d’habitants. Le maire de Biblis la décrit comme très bien formée, issue des universités spécialisées des trois principales métropoles de la région, avec de jeunes enfants et que l’inflation du prix de l’immobilier dans les grandes villes fait fuir. Ingénieur de formation, le maire est lui-même issu de l’université technique de Darmstadt, très réputée en Allemagne.
 

 

Quid du financement ?

 

Sans donner de chiffres précis, le maire ne cache pas pour autant que les recettes fiscales de la ville de Biblis sont en chute libre. Aussi se tourne-t-il vers le Land de Hesse et l’Union européenne via le fonds européen de développement régional pour financer cet ambitieux programme. Felix Kusicka se dit "prudemment optimiste" sur l’aboutissement de sa demande de subvention.  
 
Biblis n’est pas la seule commune en Allemagne à devoir faire face aux sérieuses difficultés financières qu’engendre le démantèlement du parc nucléaire allemand. "Nous avons fait appel à un cabinet de consultation qui conduit des programmes similaires dans la Ruhr. Car les villes de cette région sont confrontées aux mêmes problèmes que nous."  


Après avoir été le symbole de la domination du nucléaire, Biblis se donne les moyens de devenir un exemple de la reconversion volontaire. 

Claire Stam, envoyée spéciale à Biblis
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energie nucléaire

L’énergie nucléaire fait l’objet de nouveaux débats. Quelle place lui donner dans une perspective de transition énergétique ? A quel coût et avec quels moyens assurer les conditions de sûreté nécessaire? Comment prévenir les risques qui y sont associés ? Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima ont–ils changé la donne ?

La France lance une grande offensive nucléaire, soucieuse de son avenir énergétique

Tandis que le Haut-Commissaire François Bayrou presse la France de préserver son nucléaire, Emmanuel Macron écrit à la Commission européenne pour intégrer l’atome dans les plans de neutralité carbone de l’Union. Sans une telle prise en compte, la France peinera à financer de nouveaux réacteurs...

Logo EDF nucleaire AlainJocard AFP

L’ASN prête à autoriser la prolongation de la vie des réacteurs nucléaires à 50 ans mais sous conditions

Ça y est ! EDF a l’autorisation théorique de prolonger la durée de vie de ses plus anciens réacteurs nucléaire de 40 à 50 ans. Reste que les visites décennales de chaque réacteur seront soumises à des conditions spécifiques en matière de sécurité des réacteurs, des résistances aux agressions...

Visite Creusot nucleaire Framatome Emmanuel macron LaurentCipriani Pool AFP

Pour Emmanuel Macron, l’avenir de l’atome en France passe par le nucléaire militaire

Emmanuel Macron voulait apporter des gages de pérennité et des perspectives à la filière nucléaire, à l’occasion d’une visite dans une usine emblématique de cette industrie mardi 8 décembre. S’il ne s’est pas engagé sur la construction de nouveaux réacteurs ou la prolongation du parc existant, il a...

Piscine de refroidissement la hague CA

Déchets nucléaires : en Europe, 60 000 tonnes de combustibles usés hautement radioactifs attendent un stockage définitif

Le premier réacteur nucléaire a été mis en service en 1954. Pourtant, près de 70 ans plus tard, aucune solution de stockage définitif n'a encore été mise en place pour accueillir les déchets les plus radioactifs. Ceux-ci représentent plus de 60 000 tonnes rien qu'en Europe, dont un quart se trouve...