Publié le 07 septembre 2010

ÉNERGIE

Allemagne : la durée de vie des centrales nucléaires prolongée jusqu'à 14 ans

Les centrales nucléaires allemandes verront leur durée de vie rallongée de huit à 14 ans par rapport à l'échéance initiale de 2022. L'accord entre les partenaires de la coalition conservatrice-libérale (CDU-FDP) de la chancelière Angela Merkel met fin au consensus actuel sur la sortie du nucléaire.

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La durée de vie des centrales nucléaires allemandes sera prolongée en fonction de leurs âges. Les sept centrales opérationnelles avant 1980 pourront fournir de l'énergie pendant encore huit ans, les 10 autres pendant 14 ans, l'Allemagne comptant en tout 17 centrales nucléaires. Si l'accord trouvé par l'actuelle coalition gouvernementale met fin à des mois de conflits politiques, il porte un coup fatal au consensus nucléaire adopté en 2000 par le gouvernement précédent (réunissant sociaux-démocrates et écologistes), qui prévoyait une sortie progressive du nucléaire d'ici 2022.
Présenté néanmoins comme un « compromis », l'accord prévoit également que les quatre groupes énergétiques Eon, RWE, EnBW et Vattenfall exploitant les centrales s'acquittent dès 2011 d'une contribution financière au profit du secteur des énergies durables. Selon le Ministre de l'environnement Norbert Röttgen, dont l'administration est également responsable de la question atomique, les opérateurs des centrales devront verser neuf euros par Megawatt/heure d'électricité d'origine atomique, soit une contribution qui devrait rapporter 3 milliards d'euros par an aux énergies renouvelables. Cette contribution s'ajoute à une taxe sur l'énergie nucléaire qui devrait rapporter 2,3 milliards d'euros par an - mais dont l'existence sera toutefois limitée à six années.

Vives réactions

Dans un pays où 56% de l'opinion publique allemande se prononce clairement pour la sortie progressive du nucléaire d'ici 2022, l'accord est hautement controversé et les réactions sont vives. D'autant que le gouvernement a signalé que le projet gouvernemental sera rédigé de manière à ne pas devoir passer par le Bundesrat, la deuxième chambre du parlement qui réunit les Länder. Depuis quelques mois en effet, la coalition gouvernementale n'y dispose plus de la majorité... « Le projet gouvernemental menace de démolir le secteur des énergies renouvelables et de voir le politique devenir un simple lobby de l'industrie atomique », dénonce Sigmar Gabriel, chef de l'opposition social-démocrate et ancien Ministre de l'environnement. « La majorité des citoyens ne veulent pas voir la chancellerie devenir une succursale du lobby nucléaire ». Faisant front commun, l'opposition parlementaire réitère devant les quelques 2000 personnes venues manifester devant la chancellerie son intention de porter plainte auprès de la cour constitutionnelle, pour contester la constitutionnalité du projet gouvernemental.
L'accord intervient après des mois d'intenses confrontations entre partisans et opposants à l'énergie nucléaire, divisant jusqu'à la propre coalition gouvernementale. Loin d'apporter un consensus scientifique dans ce débat houleux, les études et rapports d'experts commandés par le gouvernement se sont succédés dans la controverse. La presse allemande a ainsi dévoilé le soutien financier du secteur énergétique à un centre de recherche, chargé par le gouvernement de rédiger un rapport sur l'impact de l'énergie atomique dans le marché de l'énergie allemand...

Enjeux financiers

L'acidité du débat sur le nucléaire outre-Rhin s'explique par l'ampleur des enjeux financiers en question : pour l'industrie des énergies renouvelables, la position du gouvernement menace la forte dynamique de ce nouveau secteur industriel. « Si les centrales devaient fonctionner plus longtemps que prévu, alors nombre d'investissements ne seront plus rentables », dénonce Dietmar Schütz, président de la Fédération de l'industrie des énergies renouvelables. Le marché de l'énergie étant entièrement privatisé en Allemagne, de plus en plus de villes et agglomérations choisissent d'investir dans une alimentation énergétique locale basée sur les seules énergies renouvelables. D'après les derniers chiffres publiés par le Ministère de l'environnement, les investissements dans les nouvelles énergies se sont montés à 20,4 milliards d'euros en 2009, contre 15,2 milliards en 2008. Elles ont par ailleurs contribués à créer une valeur ajoutée de 37,5 milliards d'euros, soit une hausse de 7 milliards par rapport à l'année précédente.

Mais c'est pour les groupes énergétiques que les intérêts apparaissent particulièrement vitaux. Selon l'hebdomadaire « Der Spiegel », chaque centrale opérationnelle en Allemagne génère en moyenne un millions d'euros de bénéfices par jour. Aussi, rallonger la durée d'exploitation des centrales nucléaires de huit à 14 ans au-delà de 2022 signifie assurer aux quatre oligopoles énergétiques du marché allemand leurs principales sources de bénéfices jusqu'en 2040.
Le projet gouvernemental doit servir de base à la feuille de route énergétique pour le pays, laquelle doit être présentée officiellement à Berlin le 28 septembre. L'opposition politique et les ONGs appellent, elles, à une gigantesque manifestation le 18 septembre.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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