Publié le 14 février 2013

ÉNERGIE

Bâtiment : penser énergie positive

La Réglementation thermique 2012 (RT 2012) s'applique à l'ensemble des constructions neuves depuis le 1er janvier 2013. Mais d'ores et déjà, le secteur du bâtiment se projette vers l'étape suivante : la création d'un label « bâtiment à énergie positive » qui préfigurera ce que sera la norme en 2020.

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Immeuble "Woopa" (Vaux-en-Velin)

Même sans label, le bâtiment à énergie positive (Bepos) est déjà une réalité. Selon l'Ademe, 180 bâtiments peuvent être qualifiés de Bepos en France. Cela signifie prosaïquement qu'ils consomment peu d'énergie et compensent en totalité cette faible consommation par une production d'énergie d'origine renouvelable. Une cartographie de ces réalisations a été mise en ligne par l'Agence de maîtrise de l'énergie et devrait s'enrichir au fil du temps. On y trouve les descriptions de bâtiments tertiaires, de maisons individuelles et quelques logements collectifs qui donnent ainsi une idée de l'état de l'art.
Ces écoles, habitations, bureaux, logements sociaux sont le témoignage de la dynamique positive du secteur de la construction. Le bâtiment représente 43 % de notre consommation d'énergie et l'objectif, rappelé par le Plan Bâtiment Grenelle, est de réduire d'un tiers cette consommation et diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020. La mise en œuvre d'une RT 2020, en préparation au sein du Plan Bâtiment Grenelle, fera du Bepos la norme de construction. Aujourd'hui un bâtiment neuf n'a pas à compenser sa consommation qui toutefois ne doit pas dépasser les 50 kWh/m2/an, ce qui correspond au seuil des Bâtiments Basse Consommation (BBC) fixé par la RT 2012.

Eviter l'inéquité

Mais les critères précis d'un label Bepos pour les constructions neuves font encore l'objet de débats et demanderons des arbitrages.« L'objectif premier d'un Bepos est d'être très performant sur le plan énergétique », explique Daniela Sanna, du service bâtiment de l'Ademe. Autrement dit, il ne devra pas consommer plus de 40kWh/m2/an, soit 20 % de moins que la norme actuelle. Ce seuil des 40 kWh/m2 est dores et déjà exigé par les label Effinergie + (promu par l'association éponyme) et THPE (Très haute performance énergétique) établi par les pouvoirs publics.
Sur le plan de la production d'énergie renouvelable, le problème qui se pose est celui de l'équité face au label qui « ne peut maintenir des situations discriminantes », explique Yann Dervyn, directeur de l'association Effinergie. Or, la situation géographique et le type d'habitat sont source d'inégalité. Un immeuble d'habitat collectif dispose ainsi d'une surface de toiture plus limitée qu'une maison individuelle, rapportée au nombre de personnes logées. Son potentiel de production d'énergie via des panneaux solaires (principal mode de production utilisé dans l'habitat) est donc moindre qu'une maison individuelle. Si cette maison se trouve dans le Sud de la France, elle sera encore plus favorisée que l'immeuble situé dans le Nord de la France. L'idée de l'association Effinergie pour son label Bepos est « d'accepter un écart en calculant le différentiel entre énergie entrante et énergie renouvelable sortante en fonction de la situation, explique Yann Dervyn, la maison individuelle devra produire plus que l'immeuble. »

Mesurer toutes les consommations

Une seconde question épineuse se pose : quelles sont les consommations d'énergie à intégrer dans le calcul du différentiel entre consommation et production ? Aujourd'hui, seules les consommations liées à l'infrastructure sont prises en compte : l'éclairage, le chauffage/refroidissement, les ascenseurs... Tout ce qui relève des consommations dites mobilières (bureautique, électroménager...) ne l'est pas. L'Ademe travaille sur la définition des méthodes de calcul de ces usages mobiliers afin de les intégrer à la consommation. Mais c'est l'obstacle réglementaire qui sera le plus difficile à lever. Jusqu'à maintenant, les labels de performance énergétique sont attribués, au moment de la livraison du bâtiment, sur la base des consommations théoriques. D'où l'exclusion des consommations des équipements mobiliers qui sont ajoutés après livraison... Des postes pourtant importants, qui impliquent directement le comportement responsable de l'usager du bâtiment.
Ce sera donc au Plan Bâtiment Grenelle et notamment le groupe Réglementation Bâtiment Responsable (RBR 2020) de proposer des solutions. La création d'un label Bepos « exploitation » est évoquée et aurait le mérite d'intégrer l'ensemble des usages, ainsi que les pratiques des usagers en matière d'économie d'énergie. Mais cela ne pourrait se faire que dans un second temps, après avoir trouvé un consensus sur les usages à mesurer.
Et lorsque ces aspects seront réglés, deux autres questions auront à trouver des réponses. D'une part, à l'ère des écoquartiers dont la production d'énergie peut être mutualisée (réseaux de chaleur biomasse, ferme solaire...), le modèle du bâtiment qui produit sa propre énergie est-il le seul à devoir être valorisé par un label Bepos ? D'autre part, la comptabilisation de l'énergie grise devra, à terme, faire partie des critères d'un Bepos. Cette énergie grise qui désigne le CO2 émis lors de la construction du bâtiment pourrait disposer d'outils d'évaluation fiables et reconnus d'ici la fin 2013.
Une première version du label Bepos pourrait apparaître à l'horizon de la fin 2013. Mais il s'agira d'une première mouture qui aura besoin de grandir pour atteindre toutes ses cibles.

Philippe Chibani-Jacquot
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