Publié le 12 juillet 2010

ÉNERGIE

2050 : le monde selon l'AIE

Le 8 juillet dernier, l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) présentait son troisième rapport « Energy Technology Perspectives » (ETP), sur les scénarios et stratégies à mettre en œuvre en matière de technologies de l'énergie. Sans surprise, l'agence préconise le déploiement d'un mix énergétique basé essentiellement sur la capture et le stockage du carbone (CSC), les énergies renouvelables et le nucléaire. Et propose des scénarios spécifiques à quatre régions clé : les États-Unis, la région Europe de l'OCDE, la Chine et l'Inde.

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C'est un constat amer que dresse l'AIE. « Ce qui ressort d'ETP 2010 corrobore les conclusions des éditions antérieures et rappelle que, depuis la première édition parue en 2006, le monde continue de se diriger dans la mauvaise direction, à un rythme accéléré. » L'objectif préconisé par le GIEC - réduire de moitié les émissions mondiales de CO2 d'ici à 2050 - semble, de fait, de plus en plus difficile à atteindre. À moins de déployer un mix énergétique salvateur, à grande échelle et dans un laps de temps restreint. L'AIE en a donc dessiné les grandes lignes en élaborant le scénario BlueMap, basé sur une série d'orientations stratégiques, auxquelles les décideurs mondiaux sont invités à adhérer. En particulier, l'agence recommande le recours à la technologie CSC, qui permettrait de « capter » 9,4 Gt de CO2 d'ici à 2050, et contribuerait ainsi à 19% des efforts de réduction. Mais qui suppose aussi l'implantation d'une centaine de sites à grande échelle avant 2020, alors même que cinq seulement sont aujourd'hui opérationnels. Quant à la rentabilité de la technologie CSC, elle reste étroitement liée à la valeur de la tonne carbone, dont l'évolution présente de nombreuses incertitudes.


Dans ce scénario de l'AIE, en 2050, les énergies renouvelables représentent par ailleurs 48% de la production d'électricité, le nucléaire 24% et les centrales équipées de CSC, 17%. La consommation d'énergie primaire a augmenté de 32% par rapport à 2007, mais les émissions de CO2 des bâtiments sont réduites de deux tiers et 80% des véhicules légers achetés sont hybrides ou électriques. "Last but not least", la demande de combustibles fossiles a baissé de 4%, celle de charbon a chuté de 36%, les biocarburant pèsent 20% de la demande énergétique et les énergies renouvelables comptent pour près de 40% de l'approvisionnement global. En somme, une économie « bas-carbone » a émergé en moins de 40 ans.


Les différences régionales intégrées dans le scénario BlueMap

Mais pour parvenir à opérer cette transition expresse, chacun doit aligner ses cartes maîtresses sur la table. Pour la première fois, l'AIE propose donc un focus sur quatre régions déterminantes dans l'avènement de cette économie verte mondiale tant attendue : les États-Unis, la Chine, l'Europe de l'OCDE et l'Inde. Toujours selon le scénario BlueMap, les États-Unis doivent ainsi réduire leurs émissions de 81%, l'Europe de l'OCDE de 74%, la Chine de 30%, tandis que celles de l'Inde devraient croître de 10%.


Pour les pays européens de l'OCDE, la décarbonisation du secteur de l'électricité devrait être quasiment achevée en 2050. Plus de la moitié de l'électricité sera alors produite à partir d'énergies renouvelables, en cohérence avec les objectifs que s'est fixé l'Union. Une perspective à mettre en regard avec elle du Conseil Européen et de Greenpeace qui affirment dans une étude publiée ce-même jour que « 92% de l'énergie utilisée par l'Union Européenne, et 97% de l'électricité, pourraient provenir de sources renouvelables ». D'après l'AIE, les principales mesures à prendre dans le secteur industriel sont l'amélioration de l'efficacité énergétique et le recours au CSC. Dans le secteur des transports, les experts de l'AIE prévoient une augmentation des biocarburants - bien que la question de leur compétitivité avec l'agroalimentaire ne soit toujours pas résolue en Europe -, mais aussi une augmentation des véhicules électriques, l'adoption progressive du gaz naturel, puis l'usage de biogaz naturel et de synthèse.


Aux États-Unis, la substitution inter-énergétique devrait jouer un rôle crucial dans la réduction des émissions. La majeure partie du parc électrique existant sera remplacée d'ici à 2050, devant offrir une place de choix à l'éolien, au solaire, à la biomasse et au nucléaire. L'agence préconise également une réduction de moitié de la consommation des nouveaux modèles de voitures d'ici à 2030, l'utilisation d'appareils ménagers à meilleurs rendements, et l'amélioration des performance de la climatisation dans les bâtiments.

En toute logique, l'AIE insiste sur la nécessité pour la Chine d'investir dans la technologie CSC, vu sa forte dépendance au charbon. Le secteur des transports se développant de façon exponentielle, l'agence recommande également la construction de nouvelles infrastructures et l'adoption de nouvelle technologies, en particulier l'électrification des moyens de transports.

Enfin, le grand défi indien sera de réussir un développement économique rapide n'entraînant qu'une faible hausse des émissions. Transports, bâtiment, consommation des ménages, industries : la forte demande énergétique pour répondre aux futurs besoins indiens offre une belle perspective pour « construire un système électrique à faible demande en carbone. » Un chantier qui pourrait coûter plus de 4,5 milliards de dollars supplémentaires entre 2010 et 2050- par rapport au scénario de référence dans lequel aucune stratégie bas-carbone n'est mise en place-, mais qui permettrait aux Indiens d'économiser 8 milliards de dollars en carburants fossiles. Un rapport coûts-bénéfices profitable, que l'AIE promet à tous ceux qui suivront le scénario BlueMap.

Anne Farthouat
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