Publié le 15 mai 2022

ÉCONOMIE

Procès de l'humanité : Peut-on rendre au vivant ce qu'on lui a pris ?

Un drôle de tribunal s'est tenu mercredi 11 mai. Celui des générations futures, victimes d'un monde actuel qui détruit peu à peu le vivant. "Peut-on rendre au vivant ce qu'on lui a pris ?" est la question débattue. Le groupe LVMH et le magazine Usbek et Rica, créateur de ce concept qui donne la voix à celles et ceux qui ne sont pas encore nés, ont invité à la barre plusieurs spécialistes pour répondre à cette interrogation cruciale, nous invitant ainsi à repenser notre rapport à la nature. 

Tribunal generations futures
Le 11 mai s'est tenu le Tribunal des générations futures au musée d'histoire naturelle à Paris.
Fanny Breuneval

En cette printanière soirée du mercredi 11 mai, une foule à l’allure sophistiquée se presse dans les gradins de bois du muséum d’histoire naturelle. Le groupe de luxe LVMH, qui possède Louis Vuitton, Moët-Hennessy… organise avec le magazine Ubek&Rica un drôle de tribunal, celui des générations futures. Ces générations qui ne peuvent pas se défendre aujourd’hui. La question débattue n'est pas des moindres : "Peut-on rendre au vivant ce qu’on lui a pris ?" 

En toile de fond, c’est tout notre modèle économique qui est remis en cause. Le groupe LVMH a placé deux de ses salariés sur huit jurés qui vont écouter attentivement les témoignages avancés à la barre. "Jurez-vous de parler dans l’intérêt des générations futures ?", questionne la présidente. "Oui, Je le jure !", clame Marine Calmet, juriste en droit de l’environnement et des peuples autochtones et présidente de l’association Wild Legal, la première témoin à s’avancer.

"Pourquoi la nature mérite-t-elle d’être défendue ?", questionne le procureur. "C’est son droit", affirme celle pour qui "le pillage doit cesser", appelant à s’inspirer de "la sagesse" et du "bon sens millénaire" des peuples autochtones qui "sont 6% des êtres humains et vivent sur une surface de 20% de la planète abritant 80% de la biodiversité".

"Faire reculer le jour du dépassement"

Pour Pierre Cannet, directeur du plaidoyer de WWF France, il faut "faire reculer le jour du dépassement". Ce jour, que la France a déjà atteint le 5 mai en 2022 et arrive chaque année plus tôt, représente la limite de la nature à régénérer ce que nous avons consommé. Il plaide pour un programme politique qui pourrait le faire reculer de 25 jours. "C’est donc possible !" s’exclame l’avocat. "Objection !" répond le procureur.

"C’est insurmontable pour ceux qui ont refusé de croire en l’avenir !" plaide Hélène Valade, la directrice Développement Environnement de LVMH. L’entreprise peut "prendre moins, donner plus", être "régénératrice". Elle peut aussi influencer les consommateurs, "changer les codes de ce qui est beau" pour favoriser "des produits qui durent".

Une alternative à la décroissance partagée par la dernière témoin, Laura Magro, directrice du CEEBIOS, centre de recherche européen spécialisé sur le biomimétisme. Elle met toutefois en garde contre les effets rebonds, c’est-à-dire le risque de perdre les avantages de la durabilité à cause d’une hausse de la consommation.

Sanctuariser la nature

"Vous êtes aveuglés par l’espoir ! Les générations futures doivent bien se marrer… alors que leurs terres sont desséchées." attaque le procureur concluant que "nous ne pourrons jamais rembourser notre dette". Il dévoile sa pièce à conviction : un chercheur en neurosciences affirme que l’homme, se comportant comme un psychopathe, doit être séparé de la nature, sa victime. Une seule solution, selon le magistrat d’un jour : sanctuariser la nature pour la sauver.

"Ne soyez pas cyniques !". Au "simplisme" de cette solution, l’avocat rétorque que les humains peuvent réparer leurs erreurs, donnant des exemples d’initiatives écologiques : la confection de plastiques biodégradables à partir d’huile de charbon, l’accord sur l’eau comme un bien inappropriable au Chili, la reconnaissance des homards comme des êtres sensibles au Royaume-Uni…

C’est l’heure des délibérations. Le jury est divisé avec quatre "oui" et quatre "non". Chez les partisans du non, le constat est sans appel. "Ce qui a été détruit ne se répare pas", invoque l’un. "Il faut y arriver !" entend-on du côté du "oui". C’est le public, composé au trois-quarts par des salariés de LVMH, qui vient départager les résultats en votant par QR Code à 55% "oui, nous pouvons rendre à la nature ce qu’on lui a pris". Le tribunal a parlé, l’optimisme a pris le dessus. Maintenant, pour les générations futures, il n'y a plus qu'à le faire. 

Fanny Breuneval


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