Publié le 29 octobre 2020

ÉCONOMIE

Covid-19 : Avec le reconfinement, le spectre de la faillite plane sur les entreprises

L'annonce du reconfinement s'est abattue comme un coup de massue sur les entreprises. Plusieurs secteurs dont le tourisme, l'habillement ou l'hôtellerie-restauration, déjà à genoux, pourraient s'effondrer avec ce deuxième tour de vis. Le patron du Medef craint une explosion des faillites alors que les petits commerçants, eux, se sentent délaissés. 

Reconfinement faillite entreprise Istock
Avec ce deuxième round, le MEDEF estime que le PIB va perdre entre 50 et 75 milliards d’euros en novembre. "
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Le reconfinement, scénario cauchemar, était la voie la plus redoutée par les entreprises. Toute la semaine, le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux est monté au créneau, annonçant un "écroulement total de l’économie". Avec ce deuxième round, il estime que le PIB va perdre entre 50 et 75 milliards d’euros en novembre. "Quel que soit le niveau des aides gouvernementales, il y aura beaucoup de faillites et notamment parmi les 33 000 entreprises du secteur du commerce qui font l’essentiel de leur activité entre le 1er novembre et le 15 décembre", a-t-il prévenu.

Habillement et restauration déjà très affaiblis

Plusieurs secteurs, déjà mis à genoux par le premier confinement, pourraient en effet s’effondrer avec ce deuxième tour de vis. Du côté de l’habillement, c’était déjà l’hécatombe. Alors que Camaïeu, la Halle, André et un Jour Ailleurs ont été placés en redressement judiciaire, Célio, en procédure de sauvegarde, a annoncé la fermeture d’une centaine de magasins et la suppression de 383 postes. L’enseigne américaine Gap, plombée par la pandémie, envisage de se retirer du sol européen. Pour le tourisme, qui reprenait lentement des couleurs grâce aux vacances de la Toussaint, le choc est dur à encaisser. "Pour les secteurs qui sont déjà fragilisés, comme la culture, le tourisme, là ça risque d’être un coup fatal", prévient dans Capital l’économiste chez Euler Hermes, Selin Ozyurt. 

Même angoisse du côté du secteur de la restauration, hôtellerie qui va devoir fermer le rideau après une période de couvre feu. Leurs fournisseurs sont inquiets. "Certains de nos membres sont déjà très affaiblis par la première vague avec une perte de 50% de leur chiffre d'affaires", souligne le président de la FEEF, Dominique Amirault. "La grande distribution nous a prêté main forte mais il est important qu'elle continue de jouer le jeu au moment où les consommateurs veulent du local. Nous sommes aussi les garants de l'emploi local et de la souveraineté alimentaire, il va falloir en tenir compte dans les aides", préciset-il. 

Un sentiment d'injustice pour les commerçants

Chez les PME et commerçants, c’est le sentiment d’injustice qui prime. Le reconfinement est "difficilement compréhensible" sachant qu’aucun chiffre ne vient prouver que de fortes contaminations ont eu lieu dans les commerces où "les gestes barrières sont très respectés", estime la Confédération des petites et moyennes entreprises. Une situation qui "risque notamment de se traduire par un transfert de clientèle du petit commerce vers la grande distribution et le commerce en ligne", craignent la CPME et les petits commerçants. 

D’autant que la période de ce reconfinement tombe au plus mal. Beaucoup de commerçants avaient refait leur stock pour gérer les fêtes de fin d’année. Ces dernières représentent jusqu’à 40 à 60 % du chiffre d’affaires quand le premier confinement se déroulait dans une période "commercialement calme". Et les mesures de gestion de la pandémie s’ajoutent à deux années difficiles, marquées par les manifestations sociales (grèves et gilets jaunes) ainsi qu’un contexte sécuritaire qui ont fait fuir les clients des centres-villes.

C’est clairement un "coup dur", assure Lionel Saugues, vice-président de la Confédération des commerçants de France et de la fédération française des associations de commerçants. "Si ce deuxième confinement est mal géré il pourrait être fatal à des nombreux commerçants qui vont se heurter à un mur de dettes", craint-il. D’où la demande des commerçants et PME de bénéficier d'aides plus importantes, notamment sur les loyers ou la prise en charge des pertes d’exploitation. Mais l'Etat seul ne suffira pas. Ils en appellent également aux élus locaux pour baisser les taxes foncières et autres droits de terrasse. Car "c’est aussi le visage de nos centres-villes et bourgs qui risque d’être durablement bouleversé", prévient Lionel Saugues. 

Marina Fabre @fabre_marina  et Béatrice Héraud @beatriceheraud


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