Publié le 18 mars 2021

ÉCONOMIE

Réchauffement climatique : la sécheresse à Taiwan menace l’industrie des puces électroniques

C'est un nouveau symbole de l'impact du réchauffement climatique sur l'économie mondiale. À Taïwan, la sécheresse met à mal les industriels qui approvisionnent le monde entier en puces électroniques, au point de provoquer une pénurie. Ces matériels, présents dans les automobiles, les téléphones, les ordinateurs demandent en effet d'énorme quantité d'eau. Après le vortex polaire qui a mis à mal le système électrique au Texas, c'est un nouvel exemple des conséquences du dérèglement planétaire.

Usine de semi conducteur de Taiwan SMC Taiwan Semiconductor Manufacturing Co Ltd
Taiwan Semiconductor Manufacturing est le plus important fournisseur de puces électroniques de la planète.
Taiwan Semiconductor Manufacturing Co., Ltd

C’est une année historique pour Taïwan. L’île subit sa pire sécheresse depuis 56 ans. Les précipitations ont chuté de 20 à 60 % selon les endroits, en raison de l’absence de typhon en 2020. Cela fait déjà une dizaine d’années que cet État, situé au sud-est de la Chine, connaît une baisse significative de ces phénomènes météorologiques en raison du changement climatique. Si cela apporte un répit aux populations moins touchées par les dévastations, les conséquences économiques commencent à se faire sentir. 

La situation hydrique est telle que le gouvernement a été contraint d’imposer une réduction de la consommation d’eau aux populations, aux agriculteurs mais aussi aux industriels, en première ligne face à cette crise. Le plus grand fabricant de puces électroniques au monde, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) a été obligé de réduire d’environ 10 % sa consommation d’eau. Le groupe a également commandé des camions-citernes pour certaines de ses installations afin de prévenir les futures restrictions.

Des usines automobiles à l'arrêt

La fabrication de puces nécessite d’énorme quantité d’or bleu. Selon les données de 2019, TSMC a consommé 156 000 tonnes d’eau par jour, environ 50 piscines olympiques ! Si une majeure partie est réutilisée, la concentration de la fabrication de puces électroniques dans une région où l’approvisionnement en eau est problématique, met la filière sous pression. 60 % des puces mondiales sont fabriquées par TSMC. Pour le secteur déjà très mal en point avec la pandémie mondiale c’est la goutte d’eau. Depuis plusieurs mois déjà, les fabricants d’automobiles, de téléphones, de jeux vidéo tirent la sonnette d’alarme. La demande a explosé lors des confinements et l’approvisionnement ne suit pas. 

L’usine PSA de Rennes en Ile-et-Vilaine a même été contrainte de stopper sa production plusieurs jours face à la pénurie de composants électroniques. "Les fournisseurs n’ont pas anticipé la forte demande de composants dans tous les secteurs, notamment pour le lancement de la 5G", reconnaît dans Ouest France François Roudier, porte-parole des constructeurs français d’automobiles. Face à cette crise, les États-Unis et l’Europe, ont affiché leur volonté de relocaliser le plus rapidement possible une partie de la production de puces sur leurs territoires. Un rapatriement qui prendra du temps. D'autant que le réchauffement climatique impacte aussi ces deux régions. 

Au Texas, le vortex polaire court-circuite le système électrique 

Mi-février, une vague de froid s'est abattue sur plusieurs États, dont le Texas. En cause : l'instabilité du vortex polaire de l'Arctique. Avec des températures inférieures de 25°C aux normales saisonnières, toutes les infrastructures ont souffert, à commencer par les centrales à gaz, première source d'électricité de la zone. Plusieurs usines de fabrications de puces électroniques américaines ont ainsi été contraintes de fermer, les opérateurs ayant dû organiser des coupures d'électricité. Tout le système électrique de la région a ainsi été mis à genoux. 

Deux situations qui montrent à quel point le dérèglement du climat fait peser un risque sur les entreprises alors que beaucoup d’entre elles le considèrent comme un risque lointain. Il y a deux ans, l’énergéticien PG&E en a d’ailleurs fait les frais. Le géant américain, soupçonné d’être à l’origine des incendies qui ont dévasté la Californie en novembre 2019,a  payé au prix fort - et seule - la mauvaise prise en compte des impacts climatiques sur son activité dans une région de plus en plus en proie à la sécheresse.

 Marina Fabre, @fabre_marina


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