Publié le 28 octobre 2020

ÉCONOMIE

Pourquoi tout le monde s’arrache Bio C’Bon, malgré sa faillite

Biocoop, Carrefour, Auchan, la famille Zouari... la reprise de Bio C'Bon, placé en redressement judiciaire en septembre, suscite la convoitise. Malgré la faillite de l'enseigne, le marché du bio, en pleine croissance, fait rêver les distributeurs. Pour certains, il s'agit de contrer l'ascension de la grande distribution dans le domaine. Pour d'autres, de capter un public plus urbain. Celui qui gagnera la mise aura une avance considérable sur ses concurrents.

Le marché du bio a atteint 11,9 milliards d'euros.
CC0

De prime abord, Bio C’Bon avait tout pour plaire. Créée en 2008, la chaîne spécialisée dans le bio pouvait fièrement afficher ses 120 magasins, détenus en propre, et très bien implantés en Ile-de-France. Forte de ce réseau, l’enseigne a réussi à se hisser à la troisième place du podium des distributeurs spécialisés, juste derrière Biocoop et Naturalia. Et pourtant, en septembre, la chaîne a été placée en redressement judiciaire, enregistrant un passif de plus de 200 millions d’euros. 

Bio C’Bon a justifié ses difficultés par une période "pleine de défis" pointant "les mouvements sociaux qui ont significativement affecté les centres-villes" ou encore "l’accroissement de la concurrence de la grande distribution sur le marché de la consommation biologique". Si ces difficultés sont réelles, c’est aussi le développement, jugé trop rapide, de Bio C’Bon qui est avancé. Naturalia, un temps intéressé pour reprendre l’enseigne a invoqué des "zones d’ombre" et une "expansion trop rapide et non maîtrisée". 

Pour Yves Marin, expert du secteur de la distribution au sein du cabinet de conseil Bartl, Bio C'Bon souffrait en tout cas d'une "proposition commerciale beaucoup moins affutée que celle du leader Biocoop ou de gens comme Naturalia, La Vie Claire ou Carrefour Bio. Il y a une sélection darwinienne qui fait que oui, on peut trébucher sur un marché en croissance."

Un marché en pleine croissance

Pourtant, malgré les déboires de l’enseigne, les repreneurs se bousculent pour la reprendre. Car le marché du bio est en pleine ébullition. Il a atteint 11,9 milliards d’euros selon l’agence du bio, une hausse de 13,5 % sur un an. Celui qui arrivera à mettre la main sur Bio C’Bon pourrait s’assurer une longueur d’avance sur ses concurrents. Et chacun a une stratégie différente. 

Pour Biocoop, enseigne historique de la bio, il s’agit de faire barrage à la grande distribution qui, en peu de temps, a réussi a capter la majeure partie du marché. C’est elle qui tire désormais la croissance. Biocoop s’est ainsi associé à Marcel&Fils, un autre spécialiste plutôt implanté dans le sud-est et vise 105 points de vente avec tout le personnel. Du côté de la grande distribution, Carrefour, qui détient So Bio, maintiendrait la marque Bio C’Bon. Il arrive avec de gros investissements et pourra s’appuyer sur l’expertise d’un ancien dirigeant du spécialiste La Vie Claire, Benoit Soury. Là aussi, une centaine de points de vente serait repris. 

Un outsider se démarque parmi les offres de reprise : la famille Zouari, actionnaire de Picard. Son programme de rachat, qui vise 120 magasins et son personnel, a été développé par un fin connaisseur : l’ancien directeur général de Biocoop, Gilles Piquet-Pellorce. Surtout, le groupe a le soutien des centaines de particuliers qui ont investi leurs économies dans le capital de Bio C’Bion et qui se retrouvent aujourd’hui lésés par la faillite de la chaîne. La famille Zouari a promis à ces particuliers "la possibilité d’accéder au capital de la structure de reprise, sans investissement supplémentaire de leur part". 

L’affaire est désormais entre les mains du tribunal de commerce qui devra rendre sa décision dans les semaines qui viennent. Le choix du repreneur sera d’une importance cruciale dans la course à la distribution du bio en France. Reste au repreneur de ne pas reproduire les erreurs qui ont fait tomber Bio C’Bon. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Elisabeth borne discours de politique generale BERTRAND GUAY AFP

Élisabeth Borne défend sa "radicalité écologique" sans décroissance et avec nationalisation d’EDF

Dans son discours de politique générale, la Première Ministre, Élisabeth Borne, a engagé la bataille des mots pour le climat. Elle a revendiqué une "radicalité écologique", terme jusqu’ici utilisé dans les cercles engagés tout en refusant la "décroissance". Elle a donné très peu d’éléments concrets...

Ministre transition ecologique christophe bechu Geoffroy VAN DER HASSELT AFP

Remaniement : Christophe Béchu prend les rênes d’un ministère de la Transition écologique rétrogradé

Christophe Béchu, ex-LR, remplace Amélie de Montchalin à la tête du ministère de la Transition écologique. Maire d’Angers il tranche avec le profil technocrate de sa prédécesseure. Reste à savoir quel sera son cap alors que la feuille de route n’est pas définie, rendant encore plus brumeux ce...

Legislatives Amelie de Montchalin Alain JOCARD AFP

Législatives : La canicule a dopé l’abstention, pas la place du climat dans une soirée électorale disruptive

La transition écologique version Emmanuel Macron est-elle terminée avant d’avoir commencé ? La défaite électorale de celle qui en avait la charge, Amélie de Montchalin, remet en cause un échafaudage considérablement fragilisé par le recul global du parti du Président de la République. La déclaration...

Legislative premier tour ludovic marin afp

Législatives 2022 : Victoire de l’abstention, défaite du climat

C’est un record sous la Vème République. L’abstention a dépassé les 52 %, une chute de participation qui s’inscrit dans une tendance de fond. La non-campagne législative n’aura pas soulevé les foules alors que les députés sont en première ligne dans la lutte contre le changement climatique. Si les...