Publié le 28 avril 2022

ÉCONOMIE

Pénurie d’huile de tournesol : l’industrie agroalimentaire pourra changer ses recettes sous conditions

Les industriels de l’agroalimentaire vont pouvoir changer la recette de leurs produits nécessitant de l’huile de tournesol. La pénurie engendrée par la guerre en Ukraine a conduit l’administration à permettre aux entreprises d’utiliser des produits de substitution. Mais ils devront le signaler, notamment en cas de produits allergènes. Les associations et ONG sont satisfaites mais veulent rester vigilantes sur la transparence des informations communiquées.

Penurie huile tournesol CCO
L'Europe dépend en grande partie de l'Ukraine pour son approvisionnement en huile de tournesol.
@CCO

Les recettes de nombreux produits alimentaires risquent de changer. La guerre en Ukraine provoque une pénurie d’huile de tournesol depuis plus d’un mois, l’Ukraine étant l’un des principaux fournisseurs pour l’Europe. Si les bouteilles d’huile ont déserté les rayons des supermarchés, ce sont surtout les industriels de l’agroalimentaire qui se retrouvent à la peine pour fabriquer de nombreux produits comme les chips, les biscuits, les plats cuisinés, etc. Plusieurs centaines de produits sont concernés.

Après plusieurs semaines de négociations avec la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et les associations de consommateurs, les industriels ont finalement obtenu le droit d’utiliser des produits de substitution sans changer les ingrédients inscrits sur l’emballage. Dans la pratique, les entreprises agroalimentaires peuvent ainsi être amenées à réduire la teneur en huile de tournesol de leurs produits, ou encore utiliser d'autres types d'huile (colza, arachide, coco, soja ou bien huile de palme).

Mais seulement à certaines conditions. L’ONG Foodwatch s’inquiétait en effet des risques de non-information pour le consommateur sur les produits utilisés à la place du tournesol. La direction de la répression des fraudes a mis en place une procédure reposant sur trois principes pour éviter les risques. D’une part, les industriels devront faire une demande de dérogation auprès de ses services, qui sera valable pour six mois maximum le temps que les modifications d’étiquetage soient possibles.

Faciliter l’accès à l’information

Les industriels auront par ailleurs l’obligation d’indiquer sur l’emballage les risques d’allergie engendrés par les produits de substitution, notamment l’huile de soja et d’arachide. Les emballages devront ainsi comporter un sticker alertant l’acheteur. Même traitement pour les allégations présentes sur le produit du type "sans OGM" ou "sans huile de palme", pour lesquels un marquage supplémentaire devra être ajouté si elles ne sont plus correctes.

Les industriels, de leur côté, se réjouissent d’avoir atteint ce compromis. L’Association nationale des industries alimentaires (Ania), rappelle néanmoins que "c’est un résultat compliqué à mettre en œuvre", citant notamment les machines nécessaires pour ajouter les stickers sur les produits. Pour tous les autres produits, les entreprises devront indiquer qu'ils ont obtenu une dérogation pour la recette, par exemple par un marquage à l'encre au niveau du cadre dédié à la date limite de consommation.

Enfin, les distributeurs devront alerter dans leurs magasins des possibles changements de recette. Les consommateurs pourront se renseigner sur les modifications dans la composition de leurs produits sur le site de la DGCCRF, qui met à disposition un moteur de recherche. "C’est une bonne chose, déclare Camille Dorioz, responsable de campagne chez Foodwatch. Mais nous exigeons que les fabricants et distributeurs facilitent au maximum l’accès à l’information dans les rayons et directement sur les produits concernés."

Arnaud Dumas, @ADumas5


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