Publié le 16 juin 2022

ÉCONOMIE

Engie, Michelin, Airbus... Ces entreprises qui devraient sortir du CAC40 si elles payaient leur facture carbone

INFO NOVETHIC - Le "Vérité40" dévoile sa composition. Cet outil pédagogique est construit à partir du CAC40, mais avec des critères de sélection différents puisque les émissions de CO2 des entreprises priment. Résultat, de nombreux fleurons français qui composent l’indicateur phare de la place de Paris, comme TotalEnergies, Airbus, ArcelorMittal, Michelin ou encore Engie, en sont exclus.

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Et si le CAC40 tenait compte de la facture carbone des entreprises ?
Istock Anthony Rosenberg

"Si la nature envoyait sa facture, de nombreuses entreprises seraient incapables de la payer!", lance Vincent Auriac, président d'Axylia. Pour rendre compte de cette réalité, le cabinet de conseil spécialisé dans l'investissement durable a imaginé un outil pédagogique, le "Vérité40". Pour la deuxième année consécutive, cet indicateur sélectionne les grandes entreprises vraiment durables, celles qui sont capables de payer leur facture carbone.

"Les indices actuels s’appuient sur la capitalisation boursière mais ne reflètent pas les impacts environnementaux des entreprises. C’est pourquoi Axylia a choisi d’établir son propre indice afin d’orienter les investisseurs et les particuliers vers des entreprises dont la création de valeur financière couvre les dommages du CO2 sur l’environnement", explique Vincent Auriac. Résultat, de nombreux fleurons du CAC40 n’ont pas leur place dans le Vérité40, comme TotalEnergies, Airbus, ArcelorMittal, Michelin, Engie ou d’autres entreprises fortement émettrices de carbone. À l’inverse, des groupes aux politiques climatiques abouties et aux émissions de CO2 maîtrisées font leur entrée dans le Vérité40, à l’image de Maisons du Monde, Bic, Gecina, La Française des jeux, Rémi Cointreau, Sodexo ou encore d’autres groupes.

Considérer les dommages de chaque tonne de CO2

Pour établir cette liste d’entreprises, Axylia s’est basé sur les émissions de carbone directes mais aussi indirectes des entreprises (soit les scopes 1,2 et 3). En effet, aujourd'hui plus de 90 % des émissions des entreprises se situent au niveau du scope 3, selon le CDP. "Nous souhaitions mettre au point un indice fiable et simple pour rendre compte de l’empreinte environnementale des entreprises. Nous nous sommes demandés quelles données sont fiables, chiffrées, scientifiques, incontestables et disponibles pour une grande majorité d’entreprises et nous sommes tombés sur les émissions de carbone", justifie Vincent Auriac.

Le cabinet a ensuite établi la "facture" de ces émissions en se basant sur un prix de la tonne de carbone en 2020. Pour établir ce montant, "nous nous sommes basés sur les travaux des économistes du climat qui prennent en compte les dommages causés par chaque tonne de CO2 émis", précise Vincent Auriac. En accord avec les objectifs ambitieux de neutralité carbone que la France et l’Europe se sont fixés en 2050, le prix de la tonne de carbone serait de 113 euros la tonne en 2020. Ensuite, cette facture carbone est déduite du résultat d'exploitation de l’entreprise pour "l'ajuster du carbone", puis elle est rapportée au résultat. Enfin, ces scores déterminent les lettres, de A à F, décrochées par les entreprises.

Les limites d'un indicateur facile à comprendre

"Ce calcul nous permet de comprendre immédiatement si l’entreprise a la capacité financière de payer sa facture carbone", explique Vincent Auriac. "L’indice permet de rendre cette facture visible. C’est facile à comprendre", martèle le responsable. 

Toutefois, cette simplicité à un prix. En effet, sans surprise, les entreprises qui œuvrent dans des secteurs carbo-intensif sont naturellement exclues du Vérité40, comme les énergéticiens (Total ou Engie), les industriels (Arcelor ou Michelin) ou encore les constructeurs automobiles (Stellantis et Renault). Par ailleurs, la dimension sociale est occultée. Résultat, une entreprise comme Téléperformance compose cet indicateur alors que le groupe est régulièrement mis en cause pour ses pratiques sociales peu scrupuleuses. "Nous souhaiterions construire un même indice sur le facteur social, on y réfléchit mais aujourd’hui nous ne disposons pas de données simples, fiables et accessibles", répond Vincent Auriac.

Mathilde Golla @Mathgolla


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