Publié le 17 mars 2021

ÉCONOMIE

Capitaines humanistes, stratèges engagés... Bpifrance réalise une typologie des dirigeants de PME

Bpifrance Le Lab vient tordre le cou à une idée reçue. Une étude réalisée par Bpifrance vient classer les dirigeants de PME selon leurs aspirations et montre que pour une bonne partie d’entre eux, le développement du capital humain et la protection de l’environnement sont des priorités plus élevées que la recherche de la croissance.

Entreprise croissance CC0
Plus d'un quart des dirigeants de PME ne misent pas uniquement sur la croissance de leur entreprise.
@CCO

Le développement d’une PME ne se lit pas que dans un rapport financier. C’est l’un des enseignements tirés de l’étude réalisée par Bpifrance Le Lab, l’entité de recherche de la banque publique d’investissement, qui a interrogé 1335 patrons de PME sur leurs motivations. La banque publique en tire quatre profils-types de dirigeants, classés entre des "gestionnaires prudents", des "conquérants aventuriers", des "stratèges engagés" et des "capitaines humanistes".

Mais c’est sans doute cette dernière catégorie qui a le plus surpris les auteurs de l’étude. "C'est l'apparition d'une classe qu'on n'avait pas du tout imaginée", reconnaît Philippe Mutricy, le directeur des études de Bpifrance. "Un capitaine humaniste, si vous lui dites viens en Chine, il va dire mais pourquoi faire ?", alors qu'il aura par exemple "un plan climatique à mettre en œuvre", explique-t-il.

Ces capitaines humanistes représentent 26 % des dirigeants de PME et présentent la caractéristique d’accorder moins d’importance que les autres à la croissance de leur entreprise. Ils placent ainsi la nécessité de préserver la pérennité de leur entreprise au top de leurs priorités stratégiques, pour 70 % d’entre eux, tandis que seulement 12 % des dirigeants de cette catégorie misent sur la croissance à tout prix. Ces capitaines humanistes sont 79 % à adapter leur entreprise au changement climatique par conviction et à s’engager dans des initiatives de développement local. Les entreprises du BTP et de l’agriculture sont particulièrement représentées dans cette catégorie.

RSE, question centrale

À l’opposé, la catégorie des "conquérants aventuriers", qui représentent 28 % de l’échantillon et son surreprésentés en région parisienne, font tout pour faire grandir leur entreprise. Pour 64 % d’entre eux, c’est la croissance de leur entreprise qui leur permet de s’épanouir, ils ambitionnent d’ailleurs de faire doubler ou tripler leur chiffre d’affaires. Les questions environnementales les intéressent, mais à la seule condition d’y voir une opportunité de croissance.

Entre ces deux profils, les "stratèges engagés" veulent à la fois faire grossir leur entreprise tout en respectant des engagements sociétaux. Pour 49 % d’entre eux, la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) est une question centrale, contre seulement 11 % pour les autres profils. Ils représentent 18 % des personnes interrogées. "Ce sont des super-profils pour construire une France pleine d’entreprises de taille intermédiaire", qui sont "à la fois engagés sur la croissance de leur entreprise et sur des thématiques de transformation", estime Elise Tissier, directrice de Bpifrance Le Lab.

Enfin, les "gestionnaires prudents", 28 % du total, veulent avant tout pérenniser leur entreprise dans le temps. Ils affinent leur organisation, plutôt que de la bousculer, pour assurer la rentabilité de l’entreprise.

Cette étude doit permettre à Bpifrance, mais aussi à d’autres organismes comme les chambres de commerce et d’industrie, de mieux cerner les attentes des dirigeants d’entreprise. La banque publique s’est en effet spécialisée dans l’accompagnement des chefs d’entreprise, en plus du financement.

Arnaud Dumas avec AFP


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