Publié le 15 décembre 2020

ÉCONOMIE

Les assureurs ne couvriront pas la pandémie de Covid-19

C'est la douche froide pour les restaurateurs. Les assureurs ne couvriront pas les pertes d'exploitations liées au Covid-19 en 2021. "On n'assure pas une maison qui brûle", défend la Fédération de l'assurance. À plus long terme, pour prévenir les prochaines catastrophes sanitaires, le secteur planchait avec Bercy sur une nouvelle couverture inspirée de l'assurance sur les catastrophes naturelles. Mais, jugée trop coûteuse pour les entreprises, elle a été abandonnée.

IStock Anthony Racano fermeture restaurant coronavirus
Les assureurs ne couvriront pas le Covid-19, même dans les années à venir.
Anthony Racano / Istock

C’est une année terrible pour les restaurateurs. Le secteur, contraint à la fermeture pour lutter contre le Covid-19, est au bord du sinistre. Si l’État a mis en place des aides économiques, l’attitude des assureurs elle, est dénoncée depuis le début de la pandémie. La colère est montée d’un cran en novembre lorsque plusieurs restaurateurs ont reçu un courrier de leur assureur leur demandant de signer un nouveau contrat stipulant clairement que les pertes d’exploitation liées au Covid-19 en 2021 ne seront pas couvertes.

"Voilà comment s’exprime la solidarité d’Axa", dénonce le chef triplement étoilé Jean-François Piège sur Twitter. "Axa a voulu nous faire signer un avenant qui diminuait nos garanties. Nous avons refusé", écrit-il. 

 "On n'assure pas une maison qui brûle"

Très peu de restaurateurs étaient jusque-là couverts. Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), seuls "3 % des contrats" couvraient le Covid-19. Si les professionnels se montrent intransigeants c’est qu’ils ne veulent pas couvrir une catastrophe en cours. "On n’assure pas une maison qui brûle", se défend Florence Lustmann, présidente de la Fédération de l’assurance. Surtout, les assureurs ne veulent pas financer seuls ce risque. "Si les assureurs devaient prendre en charge la pandémie, ils feraient faillite", assure dans Ouest France Philippe Trainar, titulaire de la chaire assurance au Cnam. 

Sous pression de Bercy, qui a menacé de les taxer, les assureurs ont accepté de geler les cotisations d’assurance-multirisque professionnelle. Mais c’est sur la proposition d’une assurance-pandémie, pour les prochaines crises sanitaires, que les assureurs sont attendus. Ils planchent depuis des mois sur ce sujet, en collaboration avec le ministère de l’Économie. Début avril, le patron d’Axa, Thomas Buberl avait déjà évoqué la création d’un "régime d’assurance pandémie", inspiré de celui sur les catastrophes naturelles, qui appartiendrait à moitié à l’État et à 50 % à un "pool d’assureurs privés".

Pas d'assurance-pandémie

Un partenariat qui semblait être un bon compromis pour toutes les parties. Mais le 7 décembre, Bruno Le Maire, y a mis un coup d’arrêt : "Il n’y aura pas d’assurance pandémie obligatoire", a-t-il avancé, expliquant qu’une telle couverture était trop coûteuse et compliquée pour les entreprises. Bercy voudrait plutôt inciter les entreprises à s’assurer par elles-mêmes en constituant des réserves. Ces provisions profiteraient "d’un régime fiscal particulièrement avantageux", a expliqué Bruno Le Maire.

"Pour les TPE et les commerces qui sont aujourd’hui au bord de l’agonie et qui ne sont même pas sûrs de passer la fin de l’année, je ne suis pas certaine que leur priorité va être de constituer des provisions pour s’assurer contre un risque futur", déplore à l’AFP la vice-présidente de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), Stéphanie Pauzat. Rien n’est encore joué mais entreprises et gouvernement attendent bien plus des assureurs, dont la réputation s’est considérablement ternie avec l’apparition du Covid-19. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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