Publié le 12 novembre 2020

ÉCONOMIE

Le patron de Pfizer pris en flagrant délit de financiarisation du secteur pharma

L’annonce de Pfizer sur son vaccin contre le Covid-19 a dopé les marchés financiers et le cours de son action. Ses deux dirigeants sont au cœur d’une polémique déclenchée par leur vente d’un très gros volume d’actions le jour même de l’annonce : plus de 5 millions de dollars pour le PDG Albert Bourla, et 1,8 millions de dollars pour la vice-présidente Sally Susman. Cette prise de bénéfice montre à quel point le secteur pharma s’est financiarisé, pratique choquante dans un monde en pleine crise sociale et sanitaire. 

Pfizer John NurPhoto AFP
Mardi 10 novembre, Pfizer a annoncé la disponibilité prochaine d'un vaccin contre le Covid-19.
@JohnLamparski/NurPhoto/AFP

L’annonce d’un vaccin efficace à 90 % que commercialiserait les laboratoires Pfizer en partenariat avec la compagnie allemand BioNTech, a redonné de l’espoir à une planète qui compte les morts de la pandémie et encaisse les conséquences économiques et sociales des mesures sanitaires ! En France, le Secours Catholique vient d’alerter sur le fait que la barre des dix millions de pauvres allait être franchie en 2020. 

La montée en puissance des inégalités sociales devient d’autant plus criante que deux dirigeants de Pfizer ont directement profité de l’annonce de leur laboratoire. Le PDG Albert Bourla a vendu pour 5,6 millions de dollars d'actions, le jour de l'annonce de bons résultats préliminaires sur l'efficacité d'un vaccin contre le Covid-19. La vice-présidente, Sally Susman, a elle aussi cédé le même jour plus de 40 000 titres pour 1,8 million de dollars. Ce jour-là l’action avait gagné 7%...

Faites vos calculs de ce que peut rapporter ce que les gendarmes boursiers qualifieront peut-être de délit d’initiés et qui, dans le contexte, semble surtout indécent. Un porte-parole de Pfizer a tenté sur CNN d’expliquer que ces ventes d’actions étaient programmées dans le cadre d’une politique de désengagement progressif mis en place en 2019 par les deux dirigeants à titre personnel.

Après Sanofi

Cette affaire illustre la difficulté à laquelle sont confrontés les dirigeants politiques qui mettent en avant le primat de la santé sur toute autre considération dans leur lutte contre la pandémie de Covid-19. Dans un premier temps, les grands laboratoires cotés ont semblé suivre cette ligne remettant au centre de leurs préoccupations un vaccin accessibles à tous, efficace et fabriqués dans le cadre de partenariats transnationaux. Mais ce vernis a craqué à plusieurs reprises.

Après Sanofi en mai qui voulait réserver le vaccin aux Américains, c’est Pfizer en novembre qui montre quels peuvent être les bénéfices financiers personnels à tirer d’un vaccin qui n’est même pas encore disponible pour les dirigeants d’un laboratoire. Le secteur pharmaceutique, florissant grâce à la pandémie, n’échappera sans doute pas lui aussi à une remise en cause de son mode de gouvernance centré sur une politique de rémunération très élevée de ses dirigeants et clairement bien loin des Objectifs de Développement Durable (ODD) !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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