Publié le 21 avril 2021

ÉCONOMIE

Le Collège citoyen de France, l’initiative privée pour répondre à l’élitisme de l’ENA

Ils sont dix à avoir réfléchi au monde d’après lors du premier confinement. Une réflexion qui a amené à proposer une nouvelle formation de haut niveau pour des entrepreneurs, des élus, des acteurs du monde associatif expérimentés, pour les aider à accélérer leur projet d’intérêt public. Ce Collège Citoyen de France se positionne en challenger du remplaçant de l’ENA. Il a su attirer de grands noms, comme Nicolas Hulot ou Emmanuel Faber, pour assurer une formation de terrain.

Formation etudes CCO
La première promotion devrait accueillir entre 25 et 50 étudiants.
@CCO

C’est une sorte de pied-de-nez à la refonte de l’ENA, que lancent dix personnalités issues d’horizons divers, mais toutes animées par un objectif commun. Elles ont créé le Collège Citoyen de France, dont la première promotion doit démarrer le 5 juin. Son objectif est de former des acteurs de la vie publique plus représentatifs du monde réel. Il vise à rendre "notre société soit un peu plus juste, un peu plus solidaire, un peu plus respectueuse des êtres humains et de la planète, un peu plus créative aussi", selon le collectif de fondateurs.

Ce collectif réunit des personnes issues aussi bien du monde artistique, associatif, médical, que du secteur de l’entrepreneuriat. Parmi eux, se trouvent Alice Zagury, directrice générale de l’accélérateur de start-up The Family, Dominique Versini, conseillère de Paris, JR, artiste, Edouard Bergeon, réalisateur, Thierry Cotillard, ancien président d’Intermarché, ou encore Tania de Montaigne, écrivaine et journaliste. Ils se sont en fait retrouvés pendant le premier confinement, au printemps 2020, quand les débats sur le "monde d’après" faisaient rage. "Nous étions tous très actifs pendant le confinement et quand il s’est terminé, nous nous sommes demandé que fait-on maintenant, comment construire ce monde d’après ?", explique Marco Berrebi, entrepreneur social.

La réponse passe forcément par la politique, estiment les membres du collectif. "Il ne s’agit pas de faire de la politique mais de permettre que les acteurs du quotidien aient plus les moyens d’en faire", reprend Marco Berrebi. Chacun y a mis un peu de lui. "Je ne suis pas engagée sur le terrain politique, j’ai aimé ce projet parce qu’il a une dimension éducationnelle et j’ai eu envie d’y apporter une touche entrepreneuriale", explique Alice Zagury. Ils ont donc décidé, ensemble, de créer ce collège pour offrir une formation gratuite à des professionnels servant l’intérêt général, qui souhaitent accélérer leur carrière. Élus locaux, responsables associatifs, entrepreneurs, fonctionnaires, etc. "Je n’ai aucune attente sur les profils qui se présenteront, confie Alice Zagury. Mais à l’issue de la formation, il faut que ce soit des gens aptes à devenir des décideurs publics."

Formation continue sur huit mois

La formation continue s’adresse à des actifs ayant déjà une expérience, qui veulent porter un projet d’intérêt général. Elle durera 300 heures sur huit mois, comprenant à la fois des cours à distance, des "bootcamps" de cinq jours et deux stages. Le programme de formation comprendra des cours sur le fonctionnement des institutions publiques, ainsi que sur des thèmes comme l’environnement, la solidarité, l’emploi, etc. Et pour dispenser les formations, les fondateurs du Collège citoyen ont fait jouer leur carnet d’adresse pour recruter des formateurs de haute-volée. 

Près d’une quarantaine de personnalités ont répondu à l’appel, parmi lesquelles des noms comme Nicolas Hulot, ex-ministre de l’Environnement et président de la fondation FNH, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, Thierry Marx, chef étoilé, Emmanuel Faber, ex-PDG de Danone, ou encore Paul François, l’agriculteur qui a gagné en justice contre Monsanto dans l’affaire des pesticides.

Entre 25 et 50 étudiants devraient faire partie de la première promotion. Les inscriptions s’arrêtent le 25 avril, avant la période de sélection jusqu’à juin. Les dix fondateurs veulent miser sur un recrutement divers, qui ne sont pas forcément de hauts diplômés, et qui ont déjà des expériences professionnelles à leur actif. Une ambition que nourrit également le futur Institut du Service Public, le remplaçant de l’ENA à la rentrée prochaine, qui prévoit de ne plus envoyer les jeunes diplômés directement dans de très hautes fonctions de direction, mais à s’assurer qu’ils disposent avant d’une véritable expérience de terrain.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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