Publié le 06 juin 2022

ÉCONOMIE

Face à la bifurcation des jeunes diplômés, l’école des Mines revoit son programme sous l’angle climatique

Pour éviter le phénomène de "bifurcation" lancé par les jeunes diplômés de l'école d'ingénieurs AgroParisTech, l'école des Mines a pris les devants. Elle a revu entièrement son programme pédagogique pour aborder le changement climatique sous tous ses angles : industriels, environnementaux, économiques et sociaux. Une transformation qui vise à répondre à une demande grandissante de la part des étudiants.

Jeunes climat li an lim unsplash
La refonte du programme du cycle ingénieur des Mines Paris-PSL répond à une demande forte des étudiants.
@Unsplash / Li-An Lim

Exit les Mines ParisTech, bienvenue aux Mines Paris – PSL. Derrière ce changement de nom qui montre le rapprochement de l'école d'ingénieurs avec l’université Paris Sciences et Lettres, se trouve un changement plus profond encore. Celui de l’urgente transition écologique, objectif réaffirmé à-travers le programme pédagogique du cycle ingénieur. La refonte entamée à la rentrée 2019 pour les étudiants de 1ère année arrive à son terme à l’été 2022 pour la dernière année d’étude. Une petite révolution dans la célèbre école d'ingénieurs, qui répond à une demande forte des étudiants.

Les éclats récents des étudiants d’AgroParisTech, de l'ENS et de Polytechnique soulignent la quête de sens grandissante de la part des nouvelles générations. "Le changement climatique est un sujet majeur d’enseignement", déclare Vincent Laflèche, le directeur de l'école des Mines, qui affirme comprendre l'inquiétude de ses élèves. Le descriptif des cours de première année rappelle ainsi rien de moins que "le caractère urgent et vital, pour l’humanité, de limiter le réchauffement climatique" et la nécessité d'une "rupture majeure de toute l’activité industrielle et économique".

"Les élèves sont acteurs de cette évolution"

Une position engagée qui vise à susciter l’adhésion des élèves. Le succès du collectif étudiant Pour un réveil écologique, créé en 2018 et qui a récemment affiché le GIEC dans le métro, est d'ailleurs cité en exemple dans la plaquette de cours pour reconnaître l'importance de leur mobilisation. "Les élèves sont acteurs de cette évolution", indique le directeur de l'établissement. Un hackathon pédagogique, c’est-à-dire un évènement permettant aux étudiants de s’impliquer dans la refonte du programme, avait été organisé en janvier 2019 précisément pour les impliquer. 

Concrètement, les étudiants entrent dans le vif du climat dès le début de la formation. Au premier semestre, 84 heures de cours rassemblées dans l’Unité d’Enseignement (UE) "Terre et société" sont consacrées à la transition énergétique. Jean-Marc Jancovici, membre fondateur de Carbone 4 et président du Shift Project, ouvre la danse avec le cours "Energie et changement climatique". Le regard s’élargit ensuite avec l’approfondissement des mécanismes du climat et des clés de lecture sociologiques pour "comprendre que les solutions ne sont pas uniquement technologiques", précise Vincent Laflèche, le directeur de l’établissement. Les deuxième et troisième années se veulent plus modulaires et proposent de nouvelles options, comme l'hydrogène, l'efficacité énergétique, la science de la donnée ou encore la logistique durable. "Un élève peut passer toute sa deuxième année sur les enjeux du changement climatique, s’il le souhaite", s’enthousiasme Vincent Laflèche, directeur de l’établissement.

Prendre du recul sur son rôle dans la société

La biodiversité est aussi à l’honneur avec le nouveau parcours "Ingénierie bleue" à Nice, en partenariat avec l’Office Français de la Biodiversité (OFB), qui permet d’étudier les coraux, ou encore les cours de sciences du vivant de l’université PSL ouverts aux élèves-ingénieurs. En troisième année, avec plus de maturité, les futurs diplômés prennent du recul sur leur rôle dans la société en étudiant le statut de société à mission et en amenant leurs propres réflexions lors d’un séminaire "ingénieur en transition".

Dans cette volonté d’ouverture à différentes problématiques de société, des parcours hybrides font leur apparition comme celui de médecin-ingénieur, architecte-ingénieur, ou encore chercheur-ingénieur. Il devient aussi possible d’intégrer Mines Paris-PSL après une classe préparatoire BCPST, spécialisée sur les sciences du vivant, ou le cursus pluridisciplinaire CPES de l’université PSL. Enfin, "The Transition Institute 1.5°" a été créé pour porter des projets de recherche visant l’objectif du GIEC de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, en associant sciences de l’ingénieur et sciences économiques et sociales.

Fanny Breuneval


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