Publié le 21 avril 2021

ÉCONOMIE

La Super League des clubs super-riches, une erreur du football business

La bombe a éclaté le 19 avril. Douze des plus gros clubs européens ont annoncé la création d'une Super League. Une compétition réservée aux "meilleurs clubs et aux meilleurs joueurs", venant ainsi concurrencer la Ligue des Champions de l'Uefa, avec, à la clé, la promesse de milliards d'euros. De nouveau dans le monde du ballon rond, les valeurs du sport sont sur la touche. 

POOL GETTY IMAGES EUROPE Getty Images via AFP football super league
Les joueurs de l'équipe de Leeds United ont protesté contre la Super League en affichant des slogans comme "Gagne-le" ou encore "Le football est pour les fans".
CLIVE BRUNSKILL / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP

[Mise à jour le 21 avril : Vingt-quatre heures après avoir annoncé la création d'une Super League, la moitié des clubs fondateurs ont déjà quitté le navire. Les six clubs anglais impliqués dont Manchester United et Arsenal, ont retiré leur participation. Les autres clubs suivent le même chemin. L'Uefa les accueille de nouveau sous son giron. L'enjeu est désormais de reconstruire "l'unité européenne" du football.]

C’est un séisme qui fait trembler le monde du football européen. Douze grands clubs ont annoncé, le 19 avril, le lancement de leur "Super League". Et ces clubs rebelles pèsent lourd. Chelsea, Liverpool, Manchester United, Juventus, Real Madrid… Autant de sécessionnistes qui représentent les plus grandes écuries du football européen, des mastodontes économiques qui caracolent en tête des classements sportifs. Leur but : "créer un tournoi qui verrait s’affronter plus fréquemment les meilleurs clubs et les meilleurs joueurs".

Cette nouvelle compétition, qui vient directement concurrencer la célèbre Ligue des Champions créée par l’Union des associations européennes de football (UEFA), va offrir une "croissance économique largement supérieure", promet la Super League. Alors qu’aujourd’hui, dans le cadre de la Ligue des champions, les clubs récupèrent 2 milliards d’euros, la Super League compte sur une première enveloppe de 3,5 milliards d’euros. Derrière ce nouveau tournoi se trouve la banque américaine JP Morgan qui assure à l’AFP financer le projet. Des sommes astronomiques qui ont suscité une avalanche de critiques. 

"Le fric avant la fête"

"Sans risque de relégation, avec une présence automatique dans une compétition ramenant des centaines de millions d’euros, les 12 clubs de la Super League s’assurent des revenus mirobolants sans aucun nuage à l’horizon", décrypte pour Novethic Maxime Lavoine, ancien journaliste à France Football. Pour le milieu du Paris Saint-Germain, Ander Herrera cette Super League c’est "les riches" qui "volent ce que le peuple a créé". "Je suis tombé amoureux du football populaire, le football des fans, avec le rêve de voir l’équipe de mon cœur jouer contre les plus grands. Si la Super League européenne voit le jour, ces rêves sont terminés", écrit le joueur dont le club a pour l’instant refusé de rejoindre la Super League. 

Pour le gouvernement, c’est "la dérive d’un système : celui qui fait passer dans le foot, le fric avant la fête. Celui de l’argent toi qui exclut le mérite et la solidarité", tacle sur France Info Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Si l’Uefa crie au scandale, menace les joueurs rejoignant la Super League d’exclusion, cette nouvelle compétition n’est pourtant que la continuité d’un football business qui marche sur la tête depuis longtemps.  

Un modèle déjà défaillant

"C’est en fait un peu hypocrite de voir la Super League comme la source de tous les maux alors que le football est déjà contrôlé par les clubs riches", dénonce le journaliste italien spécialiste de l’économie du ballon rond, Marco Bellinazzo. "Il y a une dizaine de clubs qui réalisent un chiffre d’affaires annuel de 400 millions d’euros et il y a de moins en moins de place pour les autres clubs de créer des surprises", explique-t-il. D’où la nécessité de réformer le système footballistique. C’est d’ailleurs ce que préconise l’ancien joueur et aujourd’hui président du Conseil d’administration du Bayer Munich, Karl-Heinz Rummenigge. 

"Tous les clubs en Europe devraient travailler de manière solidaire pour s’assurer que les prix du système, surtout les salaires des joueurs et les commissions d’agents, soient fixés en fonction des revenus, pour rendre le football européen plus rationnel", plaide-t-il. D’autant qu’une autre donnée est à prendre en compte : celle des supporters. 

Si aujourd’hui, l’affiche vendue par la Super League fait rêver, elle pourrait, à long terme, desservir ce sport si populaire. "Pendant 5, 10 ans, les spectateurs regarderont en masse la compétition. Mais après, tout le monde connaîtra le Big 5 de la Super League, son groupe outsider, son ventre mou, et ceux qui luttent pour… rien. Car sans enjeu de déclassement, quelle excitation cette compétition peut-elle procurer ?", se demande Maxime Lavoine. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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