Publié le 31 juillet 2022

ÉCONOMIE

L'espérance de vie en bonne santé, un indicateur prisé pour mener des politiques de bien-être

Le PIB reste aujourd’hui en France la référence pour bâtir les politiques économiques, mais pour combien de temps encore ? Cet outil de mesure quasi centenaire est contesté et concurrencé. En effet, de plus en plus d’économistes planchent sur de nouveaux indicateurs basés notamment sur l'espérance de vie en bonne santé pour établir une nouvelle boussole pertinente et élaborer des politiques tournées vers le bien-être.

Biodiversite nature sante bien etre iStock patpitchaya
Changer les indicateurs pour mener des politiques de bien-être.
iStock patpitchaya

Le débat sur la notion d’espérance de vie en bonne santé pourrait bien resurgir, alors que le sujet de la réforme des retraites pourrait revenir à la rentrée. De nombreux économistes, qui planchent sur le renouveau des indicateurs économiques, veulent en effet mieux prendre en compte cette donnée, qui affinerait selon eux le pilotage des politiques publiques.

Un groupe d’économistes a notamment proposé un nouvel indicateur qui permet d’évaluer le bien-être humain à long terme "comme finalité ultime de développement durable". Cet indicateur, appelé "Years on good life" (YoGL, espérance de vie en bonne santé en français) est basé sur cette donnée. Il "permet d’évaluer si une société est sur une trajectoire de développement durable en mesure de maintenir un niveau de vie élevé aux populations", écrivent-ils dans un article intitulée "Espérance de vie en bonne santé, un indicateur de bien-être utile à la recherche" et publié dans la revue scientifique "PNAS". Selon les économistes, la mesure "permet de comparer directement le bien-être humain entre différentes populations mais aussi différentes générations".

Un indicateur limité

Cet indicateur pourrait par exemple être utilisé pour calibrer la réforme des retraites. En France, l'espérance de vie en bonne santé s'élève à 65,9 ans pour les femmes et 64,4 ans en 2020 pour les hommes, selon les chiffres publiés par l'Insee et basés sur les calculs d'Eurostat. À titre de comparaison, en 2004, les chiffres étaient de 64,3 ans pour les femmes et 61,5 ans pour les hommes. L'espérance de vie sans incapacité n'a donc que légèrement augmenté pour les hommes (+2,9 ans) en seize ans, et celle des femmes encore moins (+1,6 an).

Mais cet indicateur ne fait pas l'unanimité. Marc Fleurbaey, économiste à l'université de Paris Saclay et directeur de recherche au CNRS estime que le PIB ne peut pas rester le "seul indice hégémonique. Il est clair qu'il faut arrêter de chercher la croissance matérielle pour elle-même, et se recentrer sur le développement humain, l'amélioration du bien-être, des conditions de vie des plus défavorisés, et sur la réduction des inégalités sociales qui entraînent un gâchis de potentiel humain considérable. Et tenir compte des limites planétaires de façon impérative".

De nouveaux indicateurs pour mener des politiques de bien-être

Un indicateur basé uniquement sur l'espérance de vie est donc trop restreint selon lui. "Il y a d'autres choses dans la vie : on peut avoir une vie longue mais morose. D'autre part il néglige complètement les inégalités, puisqu'il ne représente que la longévité moyenne de la population. Par exemple, en 2020 aux États-Unis, l'écart est d'environ 5 ans d'espérance de vie entre blancs et noirs, selon les projections de l'IHME (Institut statistique sur la santé publique, ndr)", indique le professeur à l’université de Princeton. L’économiste plaide ainsi en faveur "d'indices de développement humain, comme celui calculé par le PNUD par exemple qui combine PIB, espérance de vie et scolarisation, et fait partie des indicateurs "objectifs", qui ne font pas appel à des données subjectives".

Une évolution également soutenue par l'économiste Eloi Laurent qui propose également un renouveau des outils de mesure économique. "Il faut sortir de la croissance pour entrer dans la pleine santé, qui est un tableau de bord constitué de l’espérance de vie, des inégalités environnementales, de la santé mentale, des liens sociaux", indique le chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et Professeur à Sciences-Po et à Stanford. "La santé doit devenir notre boussole au 21ème siècle et il faut fonder nos actions sur la pleine santé", souligne-t-il. "Tout l’enjeu est de transformer ces indicateurs de bien-être en politiques de bien-être", souligne l'auteur de "Et si la santé guidait le monde ? " (Les Liens qui Libèrent). 

Mathilde Golla @Mathgolla


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Academie des futurs leaders Davood Maeili

Alice Barbe, cofondatrice de l’Académie des futurs leaders : "La politique ce n’est pas gouverner, c’est servir"

Qui veut encore entrer en politique ? Peu de personnes, toutes les mêmes en tout cas, sorties de grandes écoles et du même moule alors même que des entrepreneurs sociaux, des activistes pourraient se lancer. Pour rétablir des ponts entre ces agitateurs de la société civile et la politique, Alice...

Boris johnson NIKLAS HALLE N AFP

Johnson après Trump, les populistes à mèche blonde vont-ils lâcher le pouvoir dans les démocraties qu’ils épuisent ?

La démission de 45 membres de son gouvernement a acculé Boris Johnson à la démission. Il avait réussi à rester au pouvoir malgré les scandales des "partygate", ses vérités alternatives, ses remises en cause des engagements du traité post-brexit, son plan de transfert des migrants vers le Rwanda… Il...

Elisabeth borne discours de politique generale BERTRAND GUAY AFP

Élisabeth Borne défend sa "radicalité écologique" sans décroissance et avec nationalisation d’EDF

Dans son discours de politique générale, la Première Ministre, Élisabeth Borne, a engagé la bataille des mots pour le climat. Elle a revendiqué une "radicalité écologique", terme jusqu’ici utilisé dans les cercles engagés tout en refusant la "décroissance". Elle a donné très peu d’éléments concrets...

Ministre transition ecologique christophe bechu Geoffroy VAN DER HASSELT AFP

Remaniement : Christophe Béchu prend les rênes d’un ministère de la Transition écologique rétrogradé

Christophe Béchu, ex-LR, remplace Amélie de Montchalin à la tête du ministère de la Transition écologique. Maire d’Angers il tranche avec le profil technocrate de sa prédécesseure. Reste à savoir quel sera son cap alors que la feuille de route n’est pas définie, rendant encore plus brumeux ce...