Publié le 02 avril 2021

ÉCONOMIE

Joe Biden veut dépenser 2000 milliards de dollars pour des infrastructures plus justes et plus résilientes

Le président américain veut lancer un gigantesque plan d’investissement dans les infrastructures de 2000 milliards de dollars. Financé par une hausse d’impôts sur les sociétés, ce plan vise à rattraper le retard dans l’entretien de nombreuses infrastructures (routes, ponts, réseaux d’eau, etc.) tout en les rendant plus résilientes au changement climatique. L’"American Jobs Plan" cible également les populations les plus défavorisées, souvent les plus touchées par les infrastructures vieillissantes.

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Joe Biden, le président des États-Unis, veut lancer un vaste plan de rénovation des infrastructures américaines.
@CCO

Il y a quelques semaines, Joe Biden annonçait un plan de 1900 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie de Covid-19 et soutenir l’économie américaine. Cette fois, le locataire de la Maison Blanche a présenté en plus le 31 mars un "American Jobs Plan" (Plan pour l’emploi américain) à 2000 milliards de dollars. Ce gigantesque plan d’investissement doit s’étaler sur la prochaine décennie. Il vise à rénover les infrastructures américaines tout azimut : transports, réseaux d’eau, habitats, milieux naturels…

Outre les ambitions de croissance économique, le plan vise à renforcer la résilience climatique des infrastructures américaine et à améliorer les conditions de vie des citoyens les plus défavorisés. "Le plan américain pour l’emploi conduira à un progrès transformationnel dans notre effort pour lutter contre le changement climatique, avec des emplois américains et l’ingéniosité américaine", a déclaré Joe Biden lors de la présentation du plan.

Une grande partie du plan, près de 621 milliards de dollars au total, doit permettre de rénover les infrastructures de transport qui, selon le Président, sont très délabrées. Routes et autoroutes, ponts, transports publics, réseaux ferrés, mais aussi électrification du parc automobile sont au programme. Cette rénovation doit aussi permettre de désenclaver des zones urbaines en difficulté, ainsi que la création d’emplois de bonne qualité, avec des standards sociaux élevés.

Faire face aux catastrophes climatiques

Tous ces investissements devront par ailleurs prendre en compte l’amélioration de la résilience des infrastructures au événements climatiques extrêmes. La Maison Blanche a compté 22 catastrophes naturelles liées au climat dépassant le milliard de dollars de dégâts en 2020. La facture totale s’est élevée à près de 100 milliards de dollars. En plus de la rénovation nécessaire, le plan de Joe Biden prévoit une enveloppe de 50 milliards de dollars dédiée à la préservation des infrastructures de survie en cas de catastrophe dans les zones les plus défavorisées, où la population a plus de mal à se remettre des dégâts.

Le plan d’investissement doit servir également à rénover les infrastructures d’eau et d’assainissement, de nombreux foyers défavorisés n’ayant pas accès à de l’eau de bonne qualité. "Avec le plan américain pour l'emploi, 100 % des canalisations au plomb de la nation et des réseaux seront remplacés - pour que tous les enfants d'Amérique puissent tourner le robinet ou la fontaine et boire de l'eau propre", souligne Joe Biden dans un tweet. 

"Au total, avec le plan de sauvetage américain, cette proposition créera des millions d’emplois, estimés par des entreprises de Wall Street à plus de 18 millions d’emplois dans les quatre ans", assure Joe Biden. "Il vise également à égaliser les règles du jeu, renforcer les travailleurs et assurer que les nouveaux emplois soient de bons emplois, avec lesquels on peut élever sa famille, et assurer un libre choix pour s’organiser et négocier collectivement", continue-t-il dans une allusion à la fois au phénomène des travailleurs pauvres et en soutien aux syndicats dans les entreprises.

Bataille difficile au Congrès

Le plan présenté par Joe Biden semble donc prendre en compte une transition juste de l’économie américaine. Il doit toutefois encore se confronter à l’approbation du congrès. Des élus du camp républicain ont déjà fait savoir leur désaccord sur un point crucial du plan, son financement. Joe Biden prévoit en effet d’augmenter l’impôt fédéral sur les sociétés de 21 à 28 % et la taxe globale minimum sur les multinationales à 21 %. Il prévoit également plusieurs mesures pour lutter contre l’optimisation fiscale agressive des grands groupes.

John Barrasso, sénateur républicain du Wyoming cité par l’AFP, estime ainsi que ce projet n’est qu’un "cheval de Troie" pour permettre aux démocrates "de dépenser plus et d'augmenter les impôts". La bataille au Congrès risque de s’avérer difficile.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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