Publié le 24 février 2022

ÉCONOMIE

L'invasion de l’Ukraine par la Russie a déjà des impacts économiques

Moscou a ordonné dans la nuit de mercredi à jeudi l'invasion de l'Ukraine. En réaction, l’Union européenne promet "un isolement sans précédent" et le train de sanctions le "plus sévère jamais mis en œuvre" contre la Russie. En France, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s'est voulu rassurant. Il assure que les impacts sur l'économie française seront limités.

Rosbank filiale russe Societe generale CC0 Brateevsky
Société Générale, via sa filiale Rosbank (12 000 salariés), est un poids lourd du secteur bancaire russe.
@CC0 Brateevsky

1) Les Bourses mondiales plongent après l'offensive russe : vers un jeudi noir

Les places financières européennes ont ouvert en très forte chute, dans le sillage des Bourses asiatiques et de Wall Street la veille. Le CAC 40 dévissait à l'ouverture de 4,19 % sous les 6 500 points tandis que le Dax à Francfort abandonnait 4,39 % et que le FTSE 100 perdait 2,55%. L'Eurostoxx 50, indice européen de référence, chutait de 3,52 %. Les entreprises françaises ayant une forte présence en Russie ont également dévissé à la Bourse de Paris. Société Générale chutait ce midi de 10,84 %, Renault perdait 7,87 %, Saint-Gobain dégringolait de 7,76 % et Alstom de 6,17 %. Le prix du baril de Brent a quant à lui dépassé les 100 dollars pour la première fois depuis 2014 et les prix du gaz naturel ont bondi de 30 % en Europe, alors que le prix des céréales continuait de grimper. L’aluminium, essentiel pour les secteurs de l’automobile et du bâtiment, atteint également un nouveau record historique. 

2) Les entreprises françaises présentes en Russie sur le qui-vive

L’Occident a promis un nouveau train de sanctions après l’invasion russe en Ukraine. Celles-ci pourraient indirectement toucher les entreprises françaises présentes en Russie. Selon le ministère de l'Économie, plus de 500 entreprises françaises (dont 35 groupes du CAC 40) sont présentes sur place. TotalEnergies, présent en Russie depuis 25 ans, participe actuellement à deux projets de gaz naturel liquéfié, Yamal et Arctic LNG2. La Russie représentait, en 2020, 24 % de ses réserves prouvées de pétrole et de gaz et 17 % de la production. La Russie est également le deuxième marché le plus important pour Renault, via sa filiale Avtovaz, avec près de 500 000 véhicules vendus en 2021. Les usines russes produisent en outre près d'un véhicule du groupe Renault sur cinq. Société Générale, via sa filiale Rosbank (12 000 salariés), est également un poids lourd du secteur bancaire russe. Les banques françaises sont ainsi parmi les plus exposées à des contreparties russes, à hauteur de 25 milliards de dollars, derrière l'Italie mais devant les États-Unis.

3) Vers une hausse des prix et une rétorsion des produits agricoles européens ?

Sur le marché agricole, la Russie est le premier exportateur mondial de blé et représente, avec l’Ukraine, un quart des exportations mondiales de cette céréale. Le risque est donc une perturbation de l’approvisionnement et une poussée inflationniste. Mais le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, se veut rassurant quant à l’exposition de la France. "Le blé du Donbass sera exporté vers l’Afrique du nord et plus vers l’Europe, cela n’aura pas d’influence sur le prix. Les prix avaient déjà augmenté, depuis un moment. Et nous répondons par la protection la plus forte possible", a-t-il affirmé sur BFMTV. L’autre risque, mis en avant par Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, principal syndicat agricole, est celui "de mesures de rétorsion contre les produits de l’Union européenne", rappelant que le secteur agricole avait été le premier ciblé par Moscou en 2014, lors de l’annexion de la Crimée par la Russie en ajoutant que les agriculteurs français n'avaient "jamais retrouvé les volumes perdus à ce moment-là".

4) Pas de risque de pénurie de gaz ou de pétrole à court terme  

La France ne risque pas une pénurie de gaz ou de pétrole à court terme, même si la Russie interrompt ses livraisons dans le cadre de la crise russo-ukrainienne, a assuré mercredi 23 février la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. "Nous avons des stocks stratégiques de pétrole importants qui couvrent près de trois mois de consommation et nous permettent de faire face à des perturbations d'approvisionnement. Les Français ne risquent pas de manquer de carburant ou de gaz pour se chauffer dans les prochains mois", a indiqué la ministre. La Norvège demeure le principal fournisseur de la France (36%), devant la Russie (17%), l'Algérie (8%) et les Pays-Bas (8%). "Le gel du prix du gaz court jusqu'à l'été 2022. Si jamais il faut le prolonger car nous voyons une explosion du prix, ça me paraît indispensable de le faire", a également affirmé Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie. Reste qu’à moyen et long terme, la France, mais surtout l’Union européenne vont devoir réduire leur dépendance énergétique au gaz russe.

5) La Russie ne représente "que" 1% des exportations françaises

"La France exporte moins de 7 milliards d'euros par an vers la Russie, soit à peine plus de 1 % des exportations françaises", a affirmé le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. En 2020, selon le ministère de l'Économie, 35,5% des importations russes provenaient de l'UE, principalement d'Allemagne (10,1%), d'Italie (4,4%) et de France (3,5%). Bercy relève ainsi que l’impact des sanctions économiques "sera plus fort pour la Russie que pour l’UE. [Cette dernière] exporte l’équivalent de 1 % de son produit intérieur brut [PIB] vers la Russie, [celle-ci] exportant vers l’UE 11 % de son PIB".

Concepcion Alvarez @conce1


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