Publié le 19 septembre 2022

ÉCONOMIE

Ingénieur pétrolier, data scientist dans la pub… le collectif Pour un Réveil écologique identifie les "jobs échoués" de demain

Le mouvement d’étudiants a identifié des futurs "jobs échoués", dont l'utilité va disparaître dans quelques années. Pour un Réveil Écologique veut aiguiller les choix professionnels des jeunes diplômés pour ne pas se tromper de carrière et pour les aider à contribuer à bâtir une société bas carbone. Sans surprise, les secteurs du pétrole, de l'automobile ou de l'aéronautique sont clairement dans le viseur du Réveil écologique. Dans un contexte de pénurie de talents, les recommandations des étudiants engagés sont attentivement suivies par le monde économique.

Plateforme petroliere mer du Nord BP group
Ingénieur dans l’extraction pétrolière fait partie des futurs emplois échoués.
@BP Group

"Les étudiants ont identifié des jobs échoués et ne veulent pas s’engager dans des carrières qui dans 10 ans n’existeront plus", affirme Justine Duval, membre de Pour un Réveil écologique. Le collectif étudiant a effectué un parallèle avec les actifs échoués dans le domaine financier, qui ciblent des investissements ou actifs qui perdent de leur valeur à cause de l'évolution du marché, pour aider les jeunes diplômés à s'orienter vers des métiers plus durables. "Il y des métiers qui vont disparaître lorsque l’on aura bien avancé dans la transition vers une société bas carbone", martèle l’étudiante à Polytechnique. "Ils n’ont plus de valeur à nos yeux", ajoute la militante du collectif qui aide les jeunes diplômés à orienter leurs choix vers des employeurs engagés.

Sans surprise, les secteurs pétrolier, automobile ou aéronautique sont clairement dans le viseur du Réveil écologique. Les métiers d’ingénieur dans l’extraction pétrolière, d'hôtesse de l’air, ou encore de data scientist au service de la publicité ou tout autre emploi qui pousse à la surconsommation n’ont pas ou peu d’avenir dans un société bas carbone et sont considérés comme des emplois échoués, estime ainsi le collectif.

"Le but est aussi d’inciter les jeunes diplômés à mettre leurs compétences aux services de secteurs qui contribueront à changer de modèle", ajoute Justine Duval. Le mouvement met ainsi la pression sur les entreprises pour les pousser à avoir plus d'ambition climatique, sous peine de ne plus attirer les jeunes diplômés. Ils ont publié un Manifeste Étudiant qui compte plus de 33 000 signataires.

"Des métiers compatibles avec les limites planétaires"

"On tente d’aiguiller les étudiants vers des métiers compatibles avec les limites planétaires", soutient par ailleurs la militante. Outre l’orientation vers un métier, le choix d’un secteur ou d’une entreprise est aussi déterminant. Ainsi, "l’engagement sera bien différent pour un spécialiste des données s’il s’oriente vers une entreprise comme Google ou pour un groupe pharmaceutique par exemple", indique la jeune militante. 

Par ailleurs, les étudiants engagés encouragent les jeunes diplômés à ne pas systématiquement privilégier les grandes entreprises. "Nous voulons contribuer à changer les sociétés de l’intérieur mais dans certaines entreprises du CAC40, ce n’est pas toujours possible. Les procédures longues et la recherche du profit sont autant de freins à la réalisation de nos engagements. La question à se poser est celle de l’impact", témoigne Justine Duval. "Il y a quelques années, la moitié des étudiants s’orientait vers des métiers de trader ou dans le conseil. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Ces métiers ne font plus rêver ! L’imaginaire évolue", ajoute l’étudiante.

"Les lignes bougent"

Dans un contexte de pénurie de talents, les recommandations des étudiants engagés sont suivies de près par les entreprises. "Une entreprise qui ne met pas la RSE au cœur de sa politique de ressources humaines attire peu ou pas de talents", reconnaissait récemment Geoffroy Roux de Bézieux. Selon le patron du Medef, "la RSE devient un sujet de performance et d’efficacité pour les entreprises". Un message bienvenu pour les membres du collectif : "nous sommes heureux de réaliser que notre message passe et que les signaux faibles que nous souhaitons envoyer aux entreprises sont entendus", avance Claire Egnell, du Réveil écologique.

Les membres du collectif sont régulièrement sollicités pour dialoguer avec les entreprises, certains font même partie des comités de parties prenantes comme chez EDF. Leurs avis est précieux. "Les lignes bougent, même si les transformations prennent du temps, on nous le répète souvent", concède Justine Duval.

Mathilde Golla @Mathgolla


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