Publié le 27 janvier 2022

ÉCONOMIE

Inflation, démission, pénurie de travailleurs... Les entreprises sous pression pour augmenter les bas salaires

L'augmentation des salaires est au coeur des revendications des manifestants qui défilent ce 27 janvier dans les rues répondant à un appel des organisations syndicales. Le sujet monte de plus en plus dans les entreprises où les bras de fer s'intensifient dans un contexte inflationniste. Alors que le Medef promet des hausses, les métiers de deuxième ligne, essentiels pendant la pandémie, montent au front. 

Salaire manifestation JC MILHET HANS LUCAS HANS LUCAS VIA AFP
Entre la poussée de l'inflation, la pénurie de main d'œuvre dans certains secteurs, et le phénomène de Grande démission qui a lieu aux États-Unis, les entreprises sont sous pression.
JC MILHET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

À quelques mois de l’élection présidentielle, les syndicats veulent faire monter la question du pouvoir d’achat. Ce jeudi 27 janvier, des manifestations sont prévues dans toute la France pour réclamer une hausse des salaires. À l’initiative de la CGT, FO, FSU et Solidaire, près de 170 rassemblements sont prévus. Le 5 octobre, ils étaient déjà plus de 160 000 selon la CGT (85 000 selon le ministère de l’Intérieur) à être descendus dans les rues. Il faut dire que la situation est pour le moins explosive. "Personne ne peut ignorer le contexte social et économique, les augmentations des produits de première nécessité, de l’énergie comme de l’alimentation et finalement du coût de la vie pour toutes et tous, jeunes, actifs, demandeurs d’emploi et retraités", explique la CGT. 

Ce sujet, de poids, est d’ailleurs au cœur des négociations annuelles obligatoires (NAO) qui ont commencé à la fin 2021 et se poursuivent encore aujourd’hui. Certains ont obtenu gain de cause. Les salariés de l’usine Toyota d’Onnaing dans les Hauts-de-France ont ainsi décroché une hausse de 4 % des salaires. Pour d’autres, le bras de fer continue comme chez Sanofi, Air Liquide ou Dassault Aviation. Chez l’avionneur, des grèves ont éclaté dans plusieurs sites où des barrages ont été mis en place. "Pas de pognon, pas d’avions", lisait-on sur les pancartes alors que les salariés non-cadres réclament une augmentation nette de 200 euros.

Le rapport de force a évolué

Au Medef, on se veut rassurant. Début janvier, le patron des grandes entreprises, Geoffroy Roux de Bézieux a déclaré au micro de France Inter : "On sort d’une bonne année 2021 pour les entreprises, et comme il y a eu deux ans de vaches maigres, il y aura des augmentations de salaires". Plusieurs études vont en ce sens. Les cabinets Deloitte et Alixio ont tous les deux prédit des augmentations de salaires dans les grandes entreprises notamment. Mais encore faut-il que ces hausses intègrent l’inflation, qui a gonflé de 2,8 % sur un an en décembre. Chez Sanofi, la proposition d'augmentation de 2,35 % n’est ainsi pas passée auprès des syndicats. 

En novembre déjà, plusieurs groupes peu habitués aux débrayages ont été ciblés comme Decathlon, Leroy Merlin ou encore Sephora. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, le rapport de force a évolué. Et la colère monte alors que chez les grands groupes français, les dividendes ont atteint un niveau record en 2021 pour s’établir à 68 milliards d’euros. "On nous a dit qu’on était essentiel et maintenant on nous donne des miettes", dénonçait dans les colonnes de Novethic Karim Bachir responsable CGT au sein du Leroy Merlin Waziers - Douai dans le Nord (59).

La "deuxième ligne" essentielle mais pas valorisée

"Quelques augmentations ont été négociées pendant l’année 2021 mais elles restent à des niveaux faibles. On ne peut pas dire pour le moment qu’il y a une reconnaissance de ce qui a été fait, pendant cette crise sanitaire, et plus largement de leur rôle social qui est extrêmement important", confirme sur France Info l’économiste Christine Erhel, professeure au Conservatoire national des Arts et métiers qui a remis, en décembre, un rapport à la ministre du Travail, Élisabeth Borne, sur les métiers de la "deuxième ligne ", comme les caissières, agents d’entretien, ouvriers du bâtiment, agriculteurs, aides à domicile, etc., qui ont tenu leur poste pendant les confinements.

Si le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a appelé les entreprises qui manquent de bras, essentiellement dans l’hôtellerie-restauration, à des "augmentations significatives de salaire", il va falloir aller plus loin pour convaincre les salariés. Le spectre de la Grande Démission, qui déferle en ce moment aux États-Unis, avec près de 48 millions Américains démissionnaires depuis mars 2020, a de quoi inquiéter l’Hexagone. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina


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