Publié le 03 mars 2021

ÉCONOMIE

Green Recovery Tracker : un nouvel outil va traquer la part verte des plans de relance européens

L’Institut de Wuppertal et le think-tank E3G ont développé un outil pour traquer la part verte des plans de relance européens. Le Green Recovery Tracker, qui sera officiellement lancé le 17 mars, veut analyser les mesures décidées par les États membres en fonction de leur effet positif ou négatif sur le changement climatique. Quatre pays ont déjà été passés en revue, dont la France.

Mobilite durable CCO
Plusieurs pays européens ont pris des mesures pour développer la mobilité durable dans leurs plans de relance.
@CCO

Le 17 mars, deux instituts européens vont lancer un outil d’analyse des plans de relance européen. Le think-tank E3G et l’Institut de Wuppertal pour le climat, l’environnement et l’énergie ont mis au point le "Green Recovery Tracker" avec l’aide d’experts de chaque pays afin de déterminer quelle part de chaque plan de relance est réellement verte. Et de vérifier si les promesses d’un monde d’après plus vert et plus durable seront tenues.

Dans le cadre du Green Deal européen, la Commission a en effet créé une Facilité pour la reprise et la résilience, un fonds doté de près de 673 milliards d’euros qui seront fléchés vers les États membres sous forme de prêts ou de subventions. Cette facilité doit les aider à surmonter la crise sanitaire et économique, tout en rendant leurs économies plus durables. Pour y prétendre, les plans de relance des pays membres doivent prévoir un minimum de 37 % des dépenses pour des investissements et des réformes favorables au climat.

Le Green Recovery Tracker passe ainsi au crible toutes les mesures annoncées par chaque gouvernement européen afin de déterminer si elles sont positives ou non pour le climat. Le mètre-étalon pour évaluer les mesures, les chercheurs l’ont trouvé au sein même de la boîte à outil de la Commission. Il s’agit de la taxonomie des activités vertes, la réglementation adoptée l’année dernière pour déterminer, à partir de critères techniques précis, quelles activités économiques peuvent être déclarées vertes. Le traqueur classe ensuite les mesures entre celles qui sont très positives pour le climat, positives, négatives et très négatives. Une grande partie de ces plans se trouvent en zone grise, c’est-à-dire que les mesures n’ont soit aucun effet sur le climat, soit l’effet ne peut pas être mesuré.

Part verte trop faible en France

Tous les pays ne semblent pas prévoir les mêmes efforts pour la relance verte. Le Green Recovery Tracker a analysé en détail les plans de quatre pays, l’Allemagne, l’Espagne, la France et le Portugal. Le Portugal fait plutôt office de bon élève, avec une part de dépenses vertes de 56 %, de même que l’Espagne (53 %). L’Allemagne présente un bilan mitigé, avec seulement 34 % de dépenses vertes, tandis que la France se range bon dernier. Le Green Recovery Tracker ne reconnaît que 23 % de dépenses du plan de relance qui sont réellement positives pour le climat.

Le principal point noir du plan français tient à la baisse généralisée des impôts de production pour les entreprises françaises. Chiffrée à 20 milliards d’euros (10 milliards par an sur deux ans), elle est jugée trop large et généraliste pour les auteurs du comparatif. Le fait qu’aucune condition environnementale ne soit imposée pour obtenir la réduction d’impôt range automatiquement la mesure du côté négatif du traqueur.

L’Allemagne connaît le même genre de déconvenue avec la réduction temporaire de TVA décidée en 2020 pour relancer la consommation, pour 20 milliards d’euros. Trop généraliste également, cette mesure n’incite pas à consommer des produits bas carbone. Les données du Green Recovery Tracker ne sont toutefois pas figées. Les auteurs du traqueur prévoient au contraire de le faire évoluer avec le temps, en fonction des nouvelles mesures décidées par les gouvernements.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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