Publié le 19 janvier 2021

ÉCONOMIE

Faillites d'entreprise et licenciements : la troisième vague sera économique

Malgré l'épidémie, la vague de défaillances d'entreprise n'a pas eu lieu. Au contraire, les faillites ont chuté de 37 % par rapport à l'année dernière. Un paradoxe expliqué par la mise sous perfusion de l'économie française. Une "bombe à retardement" qui explosera lorsque les aides d'État prendront fin. Pour nombre d'experts, l'année 2021 sera celle de la troisième vague économique, avec une flambée des licenciements. 

Jacus istock fermeture covid
Les restaurants sont fermés depuis la fin du mois d'octobre.
Jacus / Istock

On pourrait croire à une bonne nouvelle. Avec 7 465 ouvertures de procédures collectives (sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire…), les défaillances d’entreprises ont chuté de 37 % en France entre le 1er septembre et le 30 novembre, selon les données fournies par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce (CNGTC). "Malgré une crise d’ampleur inédite, la vague de défaillances n’a pas encore eu lieu", constate Sophie Jonval, présidente du CNGTC. Mais ces bons chiffres ne signifient pas que les entreprises françaises sont en bonne santé. Au contraire. 

"Les entreprises qui auraient dû déposer le bilan sont aujourd’hui sous perfusion grâce aux aides de l’État et sont maintenues artificiellement en vie", avance Étienne Charbonnel, avocat spécialise des procédures collectives au cabinet Vivaldi Avocat à Lille. "Dans notre cabinet, c’est particulièrement calme. On ne constate même pas une hausse des procédures préventives", remarque le spécialiste. 

"Une bombe économique à retardement"

Et cette mise sous perfusion de l’économie n’est pas près de s’arrêter. Le 14 janvier, à l’annonce du couvre-feu à 18 heures généralisé dans toute la France, Bruno Le Maire a décidé de prolonger le prêt garanti d’État, d’augmenter les aides des fournisseurs de la restauration, de poursuivre le chômage partiel… L’objectif du ministre de l’Économie est de maintenir à flot les entreprises pour que la reprise se passe dans les meilleures conditions quand elle aura lieu. Mais en temps de crise économique, le paradoxe des faibles défaillances pourrait s’avérer dangereux.

"C’est une bombe économique à retardement, la question est : quand est-ce qu’elle va exploser ? Est-ce qu’on n’est pas en train de reculer pour mieux sauter ?", s’interroge Étienne Charbonnel. Selon l’économiste de l’OFCE Bruno Ducoudré, les faillites d’entreprises "vont arriver courant 2021 et elles pourraient causer 200 000 destructions d’emplois", avance-t-il. 

Licenciements en vue

"Les grands groupes du secteur anticipent des plans de licenciements et parlent de suppression de plus de 20 % de leur masse salariale à Paris, d’ici au mois de mars", évoque un professionnel de l'hôtellerie aux Échos. L’aéronautique, la restauration, l’automobile… les secteurs les plus touchés suivent le même chemin. Le sénateur LR Serge Babary estime que 40 % des bars et restaurants pourraient définitivement mettre la clé sous la porte. Serveurs, cuisiniers, plongeurs… autant de salariés qui viendront grossir les rangs des chômeurs. À cela s’ajoute la fin des contrats, non renouvelés des CDD et la perte d’activité des indépendants.

Face à cette situation, pour l’instant contenu, Pôle emploi se prépare à une déferlante. L’institut, à la demande du gouvernement, vient de recruter des centaines de conseillers. Contacté par le HuffPost le représentant Syndical CFDT au CSE de Pôle emploi évoque une perte de 600 000 à 700 000 emplois à venir. Au troisième trimestre 2020, malgré les aides, l’INSEE évoquait un taux de chômage en hausse de 1,9 point avec 2,7 millions de personnes au chômage en France, soit 628 000 nouveaux chômeurs.

Marina Fabre, @fabre_marina


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Academie des futurs leaders Davood Maeili

Alice Barbe, cofondatrice de l’Académie des futurs leaders : "La politique ce n’est pas gouverner, c’est servir"

Qui veut encore entrer en politique ? Peu de personnes, toutes les mêmes en tout cas, sorties de grandes écoles et du même moule alors même que des entrepreneurs sociaux, des activistes pourraient se lancer. Pour rétablir des ponts entre ces agitateurs de la société civile et la politique, Alice...

Boris johnson NIKLAS HALLE N AFP

Johnson après Trump, les populistes à mèche blonde vont-ils lâcher le pouvoir dans les démocraties qu’ils épuisent ?

La démission de 45 membres de son gouvernement a acculé Boris Johnson à la démission. Il avait réussi à rester au pouvoir malgré les scandales des "partygate", ses vérités alternatives, ses remises en cause des engagements du traité post-brexit, son plan de transfert des migrants vers le Rwanda… Il...

Elisabeth borne discours de politique generale BERTRAND GUAY AFP

Élisabeth Borne défend sa "radicalité écologique" sans décroissance et avec nationalisation d’EDF

Dans son discours de politique générale, la Première Ministre, Élisabeth Borne, a engagé la bataille des mots pour le climat. Elle a revendiqué une "radicalité écologique", terme jusqu’ici utilisé dans les cercles engagés tout en refusant la "décroissance". Elle a donné très peu d’éléments concrets...

Ministre transition ecologique christophe bechu Geoffroy VAN DER HASSELT AFP

Remaniement : Christophe Béchu prend les rênes d’un ministère de la Transition écologique rétrogradé

Christophe Béchu, ex-LR, remplace Amélie de Montchalin à la tête du ministère de la Transition écologique. Maire d’Angers il tranche avec le profil technocrate de sa prédécesseure. Reste à savoir quel sera son cap alors que la feuille de route n’est pas définie, rendant encore plus brumeux ce...