Publié le 10 février 2022

ÉCONOMIE

Face aux super-profits des grandes entreprises, l'urgence du partage de la valeur

Les résultats financiers mirobolants des entreprises du CAC40 dont ceux de TotalEnergies, qui a enregistré un bénéfice net record de 14 milliards d'euros en 2021, font gonfler les poches de leurs actionnaires. Mais dans un contexte inflationniste où les prix de l'énergie s'envolent, la question de la redistribution n'a jamais été autant d'actualité. La pression sociale et environnementale monte sur les grands groupes qui sont appelés à davantage partager ou financer la transition écologique. 

Richesse partage valeur iStock
La grogne sociale monte alors que les derniers chiffres du CAC40 creusent un peu plus le fossé.
Istock / a-poselenov

"Le patron de TotalEnergies fait la tournée des médias pour distribuer des miettes". Attac ne mâche pas ses mots après la déclaration de Patrick Pouyanné le 9 février sur RTL. Le patron du géant pétrolier a annoncé la mise en place d’un chèque de 100 euros pour les abonnés au gaz en situation de précarité énergétique. La mesure concernerait 200 000 personnes. "Et pour les carburants, dans les zones rurales, le groupe va offrir des remises en caisse, 10 centimes par litre", a-t-il ajouté. Des mesures qui interviennent dans un contexte de flambée des prix de l’énergie mais qui ont été mal accueillies par la société civile.

Car, hasard du calendrier, le groupe présente le 10 février ses résultats de 2021. Et ces derniers sont pour le moins excellents. Avec un bénéfice de 14 milliards d'euros en 2021, il s’agit du montant le plus important depuis au moins 15 ans. TotalEnergies est ainsi l’entreprise qui a généré le plus de profits en 2021. Et ce petit geste fait envers les consommateurs ne suffit pas à faire avaler la pilule. La grogne sociale monte alors que les derniers chiffres du CAC40 creusent un peu plus le fossé. Avec des profits atteignant des sommets -137 milliards d'euros- la question de la répartition de la valeur est plus que jamais d'actualité.

Justice sociale

"Refusant d'augmenter les salaires mais redoutant une explosion de colère, patrons et gouvernement nous roulent avec des primes et le prétendu blocage du prix de l'énergie. Mais les travailleurs ne demandent pas l'aumône. Ils réclament leur dû", a réagi la candidate de Lutte Ouvrière à la présidentielle, Nathalie Arthaud. La question est au cœur des négociations annuelles obligatoires (NAO) et les entreprises font face à des mouvements de grève parfois inédits notamment chez Sanofi, qui enregistre un résultat net de 1,73 milliard.   Même chez Louis Vuitton, des débrayages viennent de commencer, un phénomène rare pour le groupe LVMH qui enregistre des bénéfices records. Les employés réclament une revalorisation salariale. 

Entre la pandémie, qui a mis au premier plan ces métiers de deuxième ligne sous-considérés comme les caissières, agents d’entretien, aides à domicile, et ces super-profits des grosses entreprises… en pleine campagne présidentielle, le sujet est brûlant. Il remet au cœur des débats la question de la justice sociale mais également celui du financement de la transition écologique. "Faut-il se réjouir de cette capacité à investir dans la transition vers un modèle plus durable… ou le mettre en regard des 70 milliards d’euros distribués aux actionnaires en 2021 et s’interroger sur le partage de la valeur ?", s’interroge sur Twitter le directeur général du groupe Maif, Pascal Demurger.

Taxation écologique des dividendes

Une question d'autant plus pertinente qu’aujourd’hui 85 % des investissements de Total sont consacrés aux énergies fossiles, calcule Oxfam. "Les versements aux actionnaires en 2021 – 69 milliards d’euros - ont dépassé de 9 milliards ceux de 2019. C’est plus que le retour du monde d’avant : c’est une fuite en avant et une amplification du court-termisme économique", renchérit l’ONG. Des arguments réfutés par Patrick Pouyanné qui a, pour l'occasion, dégainé un tweet sur le partage de la valeur chez TotalEnergies.

La Convention citoyenne pour le climat voulait justement mettre en place une taxation écologique des dividendes pour les sociétés versant plus de 10 millions d’euros, afin de participer à la transition. Une mesure qui n’a pas été reprise par Emmanuel Macron estimant qu’elle pénaliserait trop l’investissement dans les sociétés françaises. 

Le sujet est porté par plusieurs candidats à l’élection présidentielle dont Yannick Jadot. L’écologiste a déclaré que le sujet n’était pas la "charité" de Total mais son changement de modèle. Il a invité TotalEnergies à concentrer "toute son intelligence, tous ses investissements" sur les énergies renouvelables et une baisse de la consommation. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina


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