Publié le 02 novembre 2020

ÉCONOMIE

Face au reconfinement, la révolte des maires et des petits commerçants

La fronde montait depuis des jours. Le Premier ministre a annoncé hier soir que les grandes surfaces ne pourraient plus vendre de jouets, livres, fleurs ou encore vêtements au nom de l'équité. Plusieurs commerçants, face à cette distorsion de concurrence, avaient refusé de fermer leur boutique, soutenus par des dizaines de maires. Dans ce combat, il n'y a qu'un gagnant : les géants du e-commerce comme Amazon. 

Librairie
Des commerçants, dont des librairies, ont refusé de fermer boutique face à l'annonce du reconfinement.
CC0

C’est une décision prise "au nom de l’équité". Le 1er novembre, lors de son interview au 20 heures de TF1, le Premier ministre Jean Castex a annoncé qu’à partir de mardi 3 novembre, il sera "interdit" aux grandes surfaces de vendre "les produits qui ne peuvent être vendus par les magasins de proximité frappés de fermeture". Si les détails n’ont pas encore été fournis par le gouvernement, cette annonce vise à calmer la colère des petits commerçants. Depuis l’annonce d’un deuxième confinement, la fronde s’organise.

Libraires, fleuristes, magasins de jouets… Plusieurs magasins ont décidé de rester ouverts dénonçant une distorsion de concurrence avec des grandes surfaces comme Carrefour, Leclerc ou Auchan qui pouvaient eux, continuer à vendre des jouets, des vêtements ou encore des livres. "Je sais ce que j’encours - le passage de la police, une amende, et la fermeture administrative si je n’obtempère pas", souligne dans Le Point Fabienne Van Hulle, gérante de la librairie Place Ronde à Lille. "Mais entre ça et assister, sans rien dire, à la fonte de toutes les économies que j'ai placées dans cette librairie… je prends le risque !".

Les élus en soutien

Des dizaines de commerçants ont pris ce même choix, parfois avec le soutien des élus. Le maire de Colmar, Éric Straumann, ou celui de Béziers, Robert Ménard, ont ainsi déposé des arrêtés municipaux autorisant la réouverture des commerces concernés par le confinement. "Soit on interdit la vente de produits non-essentiels dans les grandes surfaces, soit on l’autorise pour les petits commerçants", faisait-il valoir le premier. 

Un comportement "irresponsable" dénonçait le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, pour qui ces réouvertures "menacent la santé des Français". Si les maires frondeurs - une trentaine - assurent qu’il s’agissait surtout de mettre la pression sur le gouvernement, d’autres ont opté pour une voie plus modérée. Une cinquantaine de maires et présidents d’agglomération ont écrit une lettre à Jean Castex se disant "pleinement mobilisés" à protéger les plus fragiles, soutenir les soignants et respecter les règles sanitaires mais dénonçant "l’inégalité de traitement" entre les commerces de proximité et les grandes surfaces commerciales. Le 1er novembre, leur appel a été entendu.  

Accélérer la digitalisation des petits commerces

Il faut "revoir rapidement la définition de commerce de première nécessité et l’élargir, dès lors que les conditions de sécurité sanitaire" le permettront, a demandé le président de l’AMF, François Baroin citant les coiffeurs ou les librairies. Le coup est en effet dur pour les commerçants alors que les achats pour les fêtes de fin d’année vont bientôt commencer. Pour faire face à ce second confinement, Bruno Le Maire a promis de débloquer une centaine de millions d’euros pour accélérer "la digitalisation des petits commerces"

Aujourd’hui, un tiers seulement a basculé sur le numérique. L’objectif, est "qu’à la sortie de cette crise, nous ayons au moins la moitié des commerces de proximité qui soient digitalisés", espère Bruno Le Maire. En attendant, le grand gagnant annoncé est Amazon. Pour rendre la situation plus équitable, le gouvernement a demandé au géant du e-commerce de suspendre sa campagne autour du Black Friday, ces promotions monstres qui attirent des millions de clients. La ministre Agnès Pannier-Runacher a jugé cette campagne "pas du tout appropriée dans ce moment où 200 000 commerçants vont devoir fermer leurs portes". 

Marina Fabre, @fabre_marina

 

 


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