Publié le 07 août 2022

ÉCONOMIE

Emmaüs lance l’épargne solidaire pour multiplier les nouvelles implantations

Le mouvement associatif a créé une foncière immobilière afin de loger plus facilement, et à des loyers raisonnables, ses nombreuses activités. Pour financer les projets immobiliers, Emmaüs épargne solidaire fait appel aux économies des Français, via une plateforme de financement participatif. En devenant actionnaires des projets, les épargnants contribuent au développement des activités économiques d’Emmaüs et à la création d’emplois.

Maraichage france plante biodiversite CCO
Le projet Tero Loko veut développer une activité de maraîchage bio dans la région de Grenoble.
@CCO

Emmaüs ajoute une nouvelle corde à son arc pour développer son activité solidaire. Le mouvement associatif a créé une société foncière immobilière afin d’acquérir des lieux permettant d’héberger les activités de ses membres. Pour financer ces achats, la foncière baptisée Emmaüs épargne solidaire fait appel aux particuliers, qui peuvent placer leurs économies dans ces projets solidaires. "Ces activités présentent un double intérêt, elles donnent du travail à des personnes qui en ont besoin et facilitent leur insertion", explique Marc Prévot, président du conseil de surveillance de la foncière Emmaüs épargne solidaire.

"Notre enjeu, c’est d’ouvrir de nouveaux sites, mais l’immobilier coûte cher, explique Florian Maillebuau, directeur immobilier d’Emmaüs. Nous avons donc voulu créer Emmaüs épargne solidaire pour mobiliser des fonds auprès des particuliers. Cela permet d’acheter des bâtiments qui sont ensuite loués aux associations Emmaüs".

Un premier projet financé

Un premier projet a déjà été financé en début d’année, pour acheter un local commercial près de Cannes et ouvrir une nouvelle boutique de vente d’articles de réemploi. Près de 240 épargnants ont choisi d’investir au travers d’Emmaüs épargne solidaire pour réaliser l’opération, qui a permis de créer six emplois. Si l’activité de réparation et de valorisation d’objets de réemploi a le vent en poupe au sein du mouvement, avec un chiffre d’affaires global qui croît de 5 % tous les ans, de nombreux autres types d’activités peuvent être soumis aux épargnants.

Le projet Tero Loko, en cours de levée de fonds, développe ainsi une activité de maraîchage bio, de vente de paniers de légumes en circuit-court et de fabrication de pain. Actuellement logée par la mairie, elle doit bientôt quitter ses locaux. La foncière cherche à lever 400 000 euros pour construire un nouveau bâtiment afin de loger l’activité. D’autres projets devraient suivre, comme la création d’une nouvelle communauté dans le Lot, une activité de paysan boulanger en Dordogne, une association de lutte contre l’illectronisme en Ile-de-France, etc.

Un impact social concret

Pour chaque projet, Emmaüs épargne solidaire procède à une analyse financière, afin de s’assurer de la viabilité économique. Elle procède ensuite aux levées de fonds, en passant par les services de Lita.co, la plateforme de financement participatif. Les particuliers voulant soutenir les opérations s’inscrivent sur la plateforme afin de placer leurs économies dans les projets soumis par le mouvement associatif, pour un minimum de 100 euros. Ils deviennent alors actionnaires du projet foncier, les associations locales devenant ensuite locataires du bien immobilier acquis.

S’il ne s’agit pas d’un don mais bien d’un investissement en capital, la motivation des épargnants ne peut pas être purement financière. "L’objectif est de proposer un loyer social pour les associations. Nous ne visons pas à verser des dividendes", souligne Marc Prévot. Les épargnants bénéficient cependant d’un avantage fiscal, pour peu qu’ils soient patients. "Emmaüs épargne solidaire bénéficie de l’agrément Esus (Entreprise solidaire d'utilité sociale, ndr), ce qui permet aux particuliers de bénéficier d’une réduction d’impôt sur les revenus de 25 % s’ils restent au moins 7 ans au capital", explique Florian Maillebuau.

Mais c’est surtout l’impact social concret dans les territoires qui attire les épargnants solidaires. La nouvelle branche d’Emmaüs prévoit de lancer une vingtaine de projets immobiliers dans les dix prochaines années, pour un montant de 10 millions d’euros, et qui doivent permettre de créer jusqu’à 300 nouveaux emplois.

Arnaud Dumas, @ADumas5


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Georgia Meloni Fratelli d Italia FridaysForFuture Piero Cruciatti AFP et CCO

Suède, Italie, France : l’absence du changement climatique dans les campagnes électorales fait progresser l’extrême droite

Si l’Europe paye un lourd tribut aux catastrophes climatiques, l’enjeu est paradoxalement quasi absent des campagnes électorales. En Suède et en Italie, comme en France il y a quelques mois, elles restent centrées sur la sécurité et l’immigration ce qui fait progresser l’extrême droite et conduit...

Valerie Masson Delmotte Aurelien Barrau

Aurélien Barrau au Medef et Valerie Masson-Delmotte au gouvernement lancent l'alerte : avec quel impact ?

Aurélien Barrau au Medef, Valerie Masson-Delmotte face au gouvernement, la semaine de rentrée des dirigeants économiques et politiques s’est faite sur le mode alerte générale. Les deux scientifiques, dans des styles différents, ont résumé l’urgence climatique et environnementale. Leurs discours...

Macron conseil des ministres MOHAMMED BADRA POO AFP

Pour Emmanuel Macron, la rentrée est celle de la "grande bascule" pour laquelle il ne dessine pas de projet d’adaptation

L’été de tous les dangers climatiques, sera-t-il celui de la "grande bascule" dans un monde transformé par les pénuries de biens essentiels comme l’eau, les crises de l’énergie et la guerre en Ukraine ? C’est la tonalité qu’Emmanuel Macron a donné à son discours de rentrée pour le gouvernement, sans...

Academie des futurs leaders Davood Maeili

Alice Barbe, cofondatrice de l’Académie des futurs leaders : "La politique ce n’est pas gouverner, c’est servir"

Qui veut encore entrer en politique ? Peu de personnes, toutes les mêmes en tout cas, sorties de grandes écoles et du même moule alors même que des entrepreneurs sociaux, des activistes pourraient se lancer. Pour rétablir des ponts entre ces agitateurs de la société civile et la politique, Alice...