Publié le 16 avril 2021

ÉCONOMIE

[Édito] Les marchés s'envolent et l'économie stagne : qui va payer l’addition de ce grand écart ?

Les chiffres donnent le tournis : le CAC 40 est à son plus haut niveau. La planète finance semble au mieux de sa forme alors que la planète réelle, malade du Covid19, est aux prises avec une crise majeure qui affole les compteurs de la pauvreté et du chômage. Ce grand écart aggrave les inégalités sociales et fait monter les appels à faire payer l’addition de ces excès à ceux qui en bénéficient.

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La couverture du Times du 26 avril.
@Times

Le monde brûle et les marchés regardent ailleurs, persuadés que l’ampleur du plan de relance américain et des campagnes vaccinales vont mater les impacts de la crise liée au Covid-19. Ils parient sur un retour flamboyant de la croissance à partir des promesses optimistes de différentes institutions financières dont l'OCDE. Elle prédisait, en mars, une croissance du produit intérieur brut (PIB) mondial de 5,6 % en 2021. 

Cette petite musique de "Tout va bien madame la Marquise", diffusée par les acteurs financiers, entretient l’idée que l’économie va repartir dès que les mesures sanitaires disparaîtront, voire qu’elle est déjà repartie dans certaines parties du monde. Mais plus de 10 ans après la crise financière, l’idée qu’il y aurait planète irréelle qui pourrait gonfler, au risque d’exploser, sans que cela ait d’impacts dans l’économie dite réelle, a vécu.

La crise de 2008 a matérialisé les impacts très concrets que peuvent avoir des pratiques spéculatives sur des marchés financiers donnés. Celui du cours des matières premières agricoles est un bon exemple. Ils sont au plus haut eux aussi. Pour la FAO, organisation onusienne pour l’agriculture et l’alimentation, cette "augmentation est imputable à la forte hausse des sous indices du sucre, des céréales et des huiles végétales". 

Le problème est que toutes ces "valeurs" à la hausse sont des produits alimentaires de base et dans les pays plus appauvris par la crise du Covid-19. Les populations commencent à être affamées et incapables de payer le prix du pain et des céréales qui augmentent mécaniquement quand le cours des matières premières agricoles grimpe. Le Secrétaire général des Nations Unies a lancé l’alerte sur ce risque de famine mondiale le mois dernier.

10 millions de pauvres

L’augmentation spectaculaire des demandes d’aides alimentaires dans les pays plus riches comme la France, est une autre conséquence de l’augmentation régulière, depuis dix ans, des prix de l’alimentation. Selon le Secours Catholique près de 10 millions de Français seraient en situation de pauvreté, c’est-à-dire dans une situation difficile pour payer des besoins de base comme l’alimentation et logement.

La décorrélation des marchés financiers et de la réalité économique est une source d’inquiétude sur les conséquences éventuelles de l’addition d’une crise financière majeure à une crise économique sans précédent. D’où les appels de plus en plus pressants adressés aux ultra-riches et aux plus grandes entreprises à faire œuvre de solidarité par l’impôt pour contribuer à l’effort de reconstruction. Sous une forme policée, le FMI recommande de mettre en place des impôts sur les personnes et les entreprises qui ont bénéficié de la crise pour financer les investissements dans l’éducation, la santé et les filets de sécurité sociaux.

Menaces sur les riches

L’organisation Attac a été plus directe avec sa pétition, lancée le 12 avril, appelant à faire payer la crise du COVID aux ultra-riches et aux multinationales. Son objectif de 20 000 signatures est quasiment atteint en moins d’une semaine. Une version la plus agressive tourne sur les réseaux sociaux avec le hashtag "100KmortsPourLeursProfits", rappelant les 100 000 morts en France dus à l’épidémie.

Certains ont mis en parallèle les deux courbes, celles des morts du Covid-19 et celle de la hausse du CAC 40. D’autres ont mis en face des "100 000 morts,10 millions de pauvres, 6 millions de chômeurs, 300 000 SDF, les dizaines de milliards que se partage une poignée de familles en France". Leur succès témoigne de la montée en puissance de l’insoutenabilité des inégalités sociales. Derrière l’abstraction des chiffres, on trouve toujours d’âpres réalités.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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