Publié le 19 février 2021

ÉCONOMIE

[Édito] La reprise économique en "K" est une réalité pour les grandes entreprises françaises

Certains perdent des milliards. D’autres ont engrangé des bénéfices confortables. 2020, année de crise Covid-19 a eu des impacts très différents pour les fleurons de l’économie française. Celles qui ont engagé leur transformation vers un modèle plus durable tirent leur épingle du jeu. En revanche, les secteurs prisonniers d’un modèle économique dépassé sont en grande difficulté.

Covid resultats reprise K monsitj
Les résultats annuels des champions tricolores font le grand écart en raison de la crise du Covid-19.
@monsitij

La publication des résultats 2020 témoigne de la très grande diversité dans laquelle se trouvent les grandes entreprises françaises. D’un côté des groupes emblématiques comme Air France, Total ou Renault affichent des milliards de pertes. De l’autre, des groupes comme Carrefour ou même Danone annoncent des profits honorables. Au-delà du classement en activité essentielle de la distribution et de l’alimentation, c’est bien la transformation de leur modèle économique, engagée bien avant la crise, qui est la clef.

En septembre dernier, on commençait à parler de reprise en K pour décrire ce phénomène paradoxal : la crise permet à certains secteurs de décoller alors que d’autres s’effondrent. Les entreprises, dont le business model repose sur des modèles fragilisés, sont sur la branche basse du K. C’est le cas d’Air France-KLM qui, avec ses avions cloués au sol, enregistre une perte de 7 milliards d’euros. C’est presque autant que le prêt garanti par l'État mis en place en urgence et dont le remboursement est hypothétique. Dans le même secteur, Airbus perd 1,1 milliard d’euros et Aéroports de Paris (ADP) 1,2 milliard d’euros.

Renault contre Tesla

Renault est aussi en très grande difficulté. Déjà en mauvaise posture bien avant la crise pandémique, la marque au losange a enregistré une perte historique de 8 milliards d’euros en 2020. Le groupe qui s’est voulu pionnier de l’électrification a confondu volume de ventes et création de valeur, explique le PDG Luca de Meo. La comparaison est peu flatteuse face à un Tesla qui, avec son modèle à la frontière de l’automobile et du numérique, a enregistré ses premiers bénéfices en 2020, à contre-courant de tout le secteur qu’il domine aujourd’hui de façon écrasante.

À l’intersection du K, on trouve Total qui affiche 7 milliards de dollars de perte. Un résultat honorable au regard des déficits des autres majors, - BP, Exxon, Shell – qui ont enregistré des résultats négatifs de plus de 20 milliards d’euros. On peut créditer Total d’avoir limité les dégâts en engageant à temps sa transition vers l’électrification et les énergies renouvelables, marquée par le changement de nom en TotalEnergies.

Sur la branche ascendante du K, on trouve Carrefour. Dans un contexte de consommation très dégradé en 2020, le géant de la grande distribution dégage des bénéfices d’un milliard d’euros. Bertrand Swiderski, directeur RSE de Carrefour, associe clairement ce profit au plan de transformation de l’entreprise engagé depuis 3 ans. Il donne des chiffres : "2150 nouveaux producteurs bio partenaires, 6000 tonnes d’emballage plastique en moins, 29 % de gaspillage alimentaire en moins !"

Le cas Danone

Le cas de Danone est différent. Positionnée sur l’alimentation durable et saine, elle a engrangé 2 milliards de bénéfices en 2020 mais la crise de gouvernance autour de son PDG emblématique Emmanuel Faber remet en cause le bénéfice financier de cette stratégie durable. Certains de ses actionnaires estiment que Nestlé fait 7 fois mieux que Danone avec ses 14 milliards de bénéfices 2020 et sa stratégie de fin du plastique non recyclé lancée en 2019. "Nous reconnaissons pleinement que le cours de notre action en bourse est en deçà de nos attentes", déplore Emmanuel Faber qui dirige un groupe pénalisé par sa division d’eau en bouteille. Cette division ayant perdu plus de 20 % l'année passée. 

Ce panorama montre qu’espérer relancer un modèle à bout de souffle avant la crise est un pari quasi impossible. La vraie relance ne pourra produire des résultats tangibles qu’en orientant le plus globalement possible l’économie vers des modèles durables. Et ce le plus tôt possible avant de se retrouver paralysé sans aucune marge financière pour opérer cette mutation.

Ludovic Dupin @LudovicDupin et Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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