Publié le 01 mars 2021

ÉCONOMIE

Depuis plusieurs semaines, des nuages de sable radioactifs traversent la France

C’est un effet boomerang. Depuis le 6 février, plusieurs régions françaises ont été traversées par des nuages de sables en provenance du Sahara. Ces poussières de sables sont très légèrement radioactives mais non dangereuses pour la santé. Elles témoignent des essais nucléaires français en Algérie dans les années 60. Un passé qui ressurgit aujourd’hui et qui est toujours l’objet de tension entre les deux pays. 

Lyon Prefecture Sable Sahara
Le 6 février, Lyon a été recouverte de poussières de sable en provenance du Sahara.
Préfecture région Auvergne-Rhône-Alpes

De la neige prenant une couleur ocre, des véhicules recouverts d’une légère couche de sable… Depuis plusieurs semaines, de nombreuses régions françaises sont traversées par des nuages de sable provenant du Sahara. Cela a commencé le 6 février sur une partie du sud et de l’est de la France. Ces vents chargés de sable ont également soufflé ce week-end dans l’ouest du pays et cela devrait continuer selon le météorologiste Guillaume Sénet.

Cette remontée de particules de sable du Sahara "est un phénomène qui se produit assez régulièrement, à condition qu’il y ait un régime de vent du sud assez soutenu", principalement à l’automne ou en hiver, a expliqué à l’AFP Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo France. Mais selon l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (Acro), ces poussières de sable contiennent du césium-137. "Il s’agit d’un radioélément artificiel qui n’est pas présent naturellement dans le sable et qui est un produit issu de la fission nucléaire mise en jeu lors d’une explosion nucléaire", explique l’Acro.

Du césium 137

L’association a prélevé du sable sur toute la surface d’une voiture à l’aide de multiples frottis. Il est retombé 80 000 Bq (becquerel) au km2 de césium-137, une dose très faible et non dangereuse pour la santé. Selon le scientifique Pierre Barbey, après 30 ans, le césium 137 perd la moitié de sa teneur radioactive. "Au bout de 7 cycles de 30 ans, on considère qu’il ne reste que 1 % de substances radioactives", explique à France 3 le spécialiste de la radioprotection à l’Université de Caen. 

Dans cette étude réalisée par l’Acro pour qui Pierre Barbey est bénévole, "il n’était pas question de dire qu’il y a une mise en danger de la population, mais de rappeler ce qu’a fait la France et d’autres pays" en termes d’essais nucléaires. Au Sahara, dans le Sud algérien, "la population vit avec ces traces de césium-137 au quotidien, certains terrains sont toujours fortement contaminés, cela donne une idée de la contamination de l’époque" rappelle-t-il. 

60 ans après, toujours pas de décontamination

Au début des années 60, la France a procédé à des essais nucléaires dans le Sahara algérien (Reggane). De 1957 à 1967, deux bases ont ainsi été installées dans la zone. Le 13 février 1960, l’Hexagone réalise ainsi le plus puissant essai nucléaire jamais réalisé. Baptisée "Gerboise bleue", cette bombe au plutonium est trois à quatre fois plus puissante que celle d’Hiroshima. La France réalisera 16 autres essais dont plusieurs auront lieu en 1966 soit quatre ans après les accords d’Evian qui mettent fin à la guerre d’Algérie. Aujourd’hui encore, le sujet fait l’objet de tension entre les deux pays.

Le 7 février dernier, dans El Djeich, la revue du ministère de la défense, le général Bouzid Boufrioua a ainsi appelé la France à "décontaminer" les sites des essais nucléaires. "Plus de soixante ans sont passés après le premier essai nucléaire en Algérie. La France persiste dans son refus de livrer les cartes révélant la localisation de ses restes nucléaires", a dénoncé ce haut gradé qui appelle à respecter le principe du "pollueur-payeur". 

Marina Fabre, @fabre_marina


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