Publié le 14 mai 2021

ÉCONOMIE

Mille milliards de dollars par an, c’est le montant des investissements durables nécessaires pour sortir de la crise

Nicholas Stern, économiste à la London School of Economics, vient de remettre un rapport au gouvernement anglais en amont de la réunion du G7 du mois de juin. Il exhorte les sept grandes puissances mondiales à mettre en place un cadre commun d’investissement pour assurer une relance pérenne et durable. Il estime à 1 000 milliards de dollars les besoins d’investissements par an dans les secteurs verts tels quel l’énergie, les transports, l’agriculture, etc.

Panneaux solaires eoliennes europe pixabay
Le rapport du britannique Nicholas Stern incite les pays du G7 à investir dans les infrastructures vertes.
@CCO

La relance après la pandémie devrait être au cœur des discussions des dirigeants des pays du G7, lors de leur prochaine réunion du 11 au 13 juin prochain au Royaume-Uni. À cette occasion, le Premier ministre britannique a commandé à la London School of Economics (LSE) un rapport pour envisager une relance durable. C’est Nicholas Stern, président du Grantham Research Institute on climate change and the environment de la LSE et auteur du célèbre "rapport Stern sur l’économie du changement climatique" en 2006, qui a pris la plume.

Le rapport demande aux sept grandes puissances mondiales formant le G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) d’assumer leur rôle de leaders économiques. "Les pays du G7 ont des ressources solides, des compétences, de l’influence dans les organisations internationales, et les capacités d’innovation, de réglementation et d’analyse. Leurs actions communes, à grande échelle, servent d’exemples puissants", écrit Nicholas Stern. Il décline les pistes que les sept pays pourraient mettre en œuvre pour "Build back better" (reconstruire mieux) après la pandémie.

L’une de ces pistes consiste à augmenter les dépenses afin de transformer les économies. Nicholas Stern recommande aux membres du G7 de se fixer "un objectif collectif d’augmenter les investissements annuels de 2 % du PIB au-dessus des niveaux pré-pandémiques pour cette décennie et au-delà". Au total, le dirigeant du Grantham Institute estime à 1 000 milliards de dollars par an l’investissement supplémentaire nécessaire par le G7. "Cet investissement, s’il est bien exécuté, pourrait entraîner des retours élevés en termes de productivité, de nouvelles opportunités et pour l’environnement", déclare l’auteur du rapport.

Relancer l’investissement mondial

Selon Nicholas Stern, l’investissement mondial n’a cessé de décliner depuis la crise de 2008, et l’éventuel rebond après la pandémie risque d’être trop faible pour rattraper le retard. C’est notamment dans les infrastructures que le manque se fait le plus cruellement sentir, avec un gap de financement estimé entre 2 et 3 % du PIB mondial. Les infrastructures énergétiques, sociales, de mobilité, etc., sont pourtant cruciales pour assurer la relance et la transformation des activités économiques.

Nicholas Stern cite plusieurs secteurs dans lesquels le supplément d’investissement est nécessaire, comme les énergies renouvelables et les réseaux de distribution, la rénovation énergétique des bâtiments, les transports durables, l’innovation dans les secteurs les plus difficiles à transformer (ciment, acier, etc.), protection et restauration de la nature, etc. Une grande partie de ces investissements doivent être réalisés par les autorités publiques, pour faire émerger l’initiative privée.

Plusieurs pays ont annoncé des plans de relance importants, tels que les États-Unis qui prévoient d’investir 2000 milliards de dollars dans les infrastructures. Mais le rapport va plus loin en exhortant les pays du G7 à travailler ensemble sur la mise en place de ces investissements et, en quelque sorte, à montrer l’exemple au reste du monde. Pour cela, ils peuvent jouer sur la fiscalité, qui peut permettre d’orienter les financements vers les activités durables tout en préservant l’emploi. Nicholas Stern recommande également de mettre en place de véritables politiques structurelles pour réorienter l’économie, telles que la définition d’un prix du carbone élevé par les sept pays, ainsi que la disparition progressive des subventions aux énergies fossiles.

Reste aux pays du G7 à prendre en main ce rapport et à élaborer une feuille de route commune. Mais Nicholas Stern les prévient : "Si nous voulons obtenir les meilleurs résultats, l’action doit être déterminée sur tous les fronts décrits dans ce rapport. Choisir quelques éléments à la carte ne permettrait pas d’atteindre les résultats au niveau et selon le degré d’urgence nécessaire".

Arnaud Dumas, @ADumas5


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