Peut mieux faire. Alors que le mouvement de réindustrialisation du territoire français s’accélère, la Cour des comptes a publié fin novembre un rapport sur l’impact du plan de relocalisation lancé en 2020 par le gouvernement. Un dispositif critiqué pour son manque de suivi. Pour cause : seuls 33 des 531 projets sélectionnés sont aujourd’hui terminés. Quant aux capitaux privés, ils sont encore insuffisants. 
Giga-factory dans la "vallée de la batterie" dans le Nord, usine de fabrication de paracétamol dans le Roussillon, site de production de réservoirs hydrogène dans le Doubs… Depuis la crise sanitaire, qui a levé le voile sur les tensions d’approvisionnement en cours dans plusieurs secteurs stratégiques, les annonces de projets de réindustrialisation du territoire français se multiplient. La grande relocalisation promise par Emmanuel Macron serait-elle en marche ? Le gouvernement se veut confiant : "la France a pris le bon virage, mais, maintenant, il faut confirmer", souligne auprès du Monde Roland Lescure, ministre délégué à l’industrie


Car si les projets affluent, les freins sont encore nombreux, à commencer par "un manque sérieux de capitaux privés" estime le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq. Du côté des financements publics, les mesures d’aide ne sont pas toujours efficaces non plus comme le révèle la Cour des comptes. Le 22 novembre dernier, les magistrats ont livré un rapport sévère sur le dispositif de relocalisations sectorielles du Plan de relance, prévu en septembre 2020. 


33 projets menés à bien sur 531 


Consacré à cinq secteurs stratégiques, dont l’agroalimentaire, la santé, l’électronique, les intrants essentiels à l’industrie et la 5G, il avait pour but de répondre grâce à une enveloppe de 838 millions d’euros à un objectif "de diminution des dépendances de l’industrie française et de soutien conjoncturel à l’industrie". Dans leurs conclusions, les Sages de la rue Cambon estiment que l’efficacité de ce dispositif d’aide reste "à démontrer", tandis que son "inachèvement" rend son évaluation délicate trois ans après son lancement. En effet, seuls 33 des 531 projets sélectionnés sont aujourd’hui terminés.


Les auteurs désignent notamment des "défauts de conception notables". Une situation qui s’explique en particulier par l’élaboration du dispositif "dans des délais resserrés", entraînant un ciblage "large" par secteurs d’activité. Dans leur rapport, les Sages pointent également "la multiplicité" des objectifs poursuivis. "Aucun indicateur de résultat convaincant n’a pu être mis en place", estime la Cour. Seul le nombre de créations ou d’emplois maintenus, fixé à 60 000, avait été retenu pour évaluer les effets du dispositif. Un indicateur "inadapté" selon les magistrats puisque les relocalisations, souvent par l’implantation de chaînes de productions modernisées, "ne sont pas créatrices de nombreux emplois".


Un enjeu à penser sur le long terme


En outre, "le nombre de relocalisations effectives, correspondant au rapatriement en France d’activités produites à l’étranger, ne fait pas l’objet d’un suivi", note la Cour. "Il n’est donc pas possible d’évaluer l’effet du dispositif sur ce point", selon elle. Résultat, "les gains en termes de souveraineté économique sont difficilement mesurables et sont peu visibles à ce stade". Selon les auteurs, le solde commercial des produits identifiés comme "stratégiques" par la direction générale des entreprises (DGE) au moment du premier appel à projet "a notamment continué à se dégrader".


Un analyse qui n’a rien d’étonnant explique à Novethic Anaïs Voy-Gillis, docteur en géographie et chercheuse associée à l’IAE Poitiers. "Dès son lancement, le plan a fait l’objet de critiques. Les opérations de relocalisation son complexes et il est difficile de mettre les bons dispositifs en face". Coûts de l’énergie, disponibilité du foncier et de la main d’œuvre… Les freins sont multiples et les relocalisations sont à penser "sur le long terme" rappelle-t-elle. "Mais l’enjeu, c’est aussi de voir comment les industriels français, qui pouvaient s’approvisionner auparavant à l’étranger, vont arriver à capter cet intérêt renouvelé pour le tissu productif national, lui permettant de se développer et d’investir à son tour dans ses outils de production, sa modernisation ou encore sa diversification", conclut l’experte.
Florine Morestin avec AFP
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