Après les mégas feux, les orages meurtriers, la sécheresse inédite, les températures records de cet été, les médias se transforment. Une centaine de journaux, chaînes de télé et radio ont signé la "Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique" initiée par le média indépendant Vert. Les signataires s’engagent ainsi à revoir leur ligne éditoriale pour intégrer davantage les enjeux climatiques, à former leurs journalistes et faire évoluer leurs modes de fonctionnement.
Les médias sortent du déni climatique. Alors que moins de 3% du temps de parole des débats présidentiels avaient été consacrés aux enjeux environnementaux, des citoyens et médias tentent depuis des mois de faire sortir les médias généralistes de leur mutisme. Des militants s’étaient réunis devant les locaux de France Télévisions pour interpeller les rédactions tandis que d’autres, comme Le Réveil écologique, ont placardé de grandes affiches pour exposer les conclusions du Giec car "personne n’en parle". Enfin, des médias engagés bousculent le secteur depuis des mois pour le pousser à se transformer.


Ces alertes répétées commencent à porter leurs fruits. Ainsi, plus de 100 médias et 1000 journalistes ont signé la "charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique". Cet appel a été initié par le média indépendant Vert, rapidement rejoint par les médias engagés comme Reporterre, Climax, Socialter, Blast, Alternatives économiques mais aussi des médias généralistes comme RFI, Mediapart, La Montagne, L’Obs, La Croix, 20 minutes et peut être BFM TV. Novethic s’inscrit également dans cette ligne.


13 engagements 


Cette charte comporte treize promesses. Les signataires s’engagent notamment à enquêter sur les origines des bouleversements et donc à faire un lien entre les événements climatiques comme ceux de cet été et le dérèglement climatique. La charte encourage aussi à traiter le sujet de manière transverse et non plus le cantonner à des rubriques dédiées. Les journalistes acceptent aussi de se former en continu ou encore à coopérer sur ces enjeux.


L’objectif est d’enclencher un cercle vertueux. Il s’agit d’accorder plus de place à la crise climatique, pour éveiller les consciences des citoyens qui interpelleront à leur tour les élus. Avec pour objectif de ne pas reproduire le même scénario que le film à succès "Don’t look up", dans lequel les médias ne traitaient pas sérieusement les alertes des scientifiques.
Car il est encore temps d’agir. C’est aussi l’un des points de la Charte : à l’heure où le climat s’emballe, il est important de ne pas se focaliser uniquement sur le problème, mais aussi "d’informer sur les solutions". En effet, les Français appellent à une information concrète, vérifiée et pédagogique mais aussi porteuse de solutions et non un traitement anxiogène, catastrophiste et moralisant, selon une étude réalisée en octobre 2021 lors des Assises du journalisme.


Les raisons d’y croire


Et il y a des raisons d’y croire. La presse écrite s’est déjà emparée du sujet. Dès le mois de juin le média Vert s’appuyait sur une étude scientifique pour encourager à ne pas illustrer les articles sur la canicule avec des photos de moments joyeux. Résultat, les journaux ont suivi et les photos de vacanciers sur la plage pour illustrer les vagues de chaleur avaient presque disparu des kiosques cet été. Par ailleurs, Ouest-France, premier quotidien de France, s’apprête à reconfigurer son organisation pour assurer lui aussi une meilleure visibilité au sujet.


Tout l’enjeu est aussi que les radios et télé se transforment. À la rentrée, Radio France a annoncé son "Tournant" et s’est engagée à former ses 800 journalistes aux sujets environnementaux sur les trois prochaines années. De son côté, France Télévisions a annoncé la création d’une cellule dédiée et un engagement à accorder plus de place d’importance à ces enjeux. Le déclic était venu pour certains en juin dernier lorsque quatre auteurs du Giec avaient exposé leurs conclusions aux cadres des rédactions. D’autres séminaires sont prévus.
TF1 va également annoncer prochainement sa "feuille de route" sur le sujet. Même BFM pourrait se réinventer, un journaliste de la chaîne avait sonné l’alerte en juin dernier et les pressions de l’interne s’intensifient. Reste à savoir si la chaine signera la Charte. 
Mathilde Golla @Mathgolla


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