Le bras de fer entre TotalEnergies et les syndicalistes de ses raffineries, CGT en tête, qui ont bloqué les dépôts de carburant et provoqué des pénuries paralysantes sur tout le territoire, est une nouvelle version du débat sur les superprofits. D'un côté, une direction qui publie un communiqué pour tenter de montrer que ses salariés font en fait partie des "nantis" aux revenus mensuels dépassant les 5 000 euros. De l'autre, des salariés qui estiment être en droit de recevoir une partie de la manne boursière liée aux superfinances du groupe, qui font de lui le champion du CAC 40 en termes de rachat d'actions.

La pénurie de carburant qui sévit un peu partout sur le territoire a donné une visibilité exceptionnelle au conflit social entre TotalEnergies et les syndicalistes de ses raffineries. Ces derniers réclament 10% d’augmentation pour faire face à l’inflation et pouvoir bénéficier de la manne des "superprofits" engrangés par le groupe pétrolier grâce à la crise de l’énergie.
Ils ont ainsi déplacé le débat. On ne se demande plus pourquoi taxer les superprofits et où placer le seuil pour déterminer ce que sont ces superprofits, mais comment et avec qui partager la valeur créée par l’entreprise – une question essentielle de la RSE. La posture de TotalEnergies est d’être en pleine transition énergétique : les profits du groupe devraient lui permettre en théorie de doper ses développements dans les énergies renouvelables. Problème : l’entreprise se consacrerait surtout au rachat d’actions dont il est difficile de démontrer la productivité, souligne l’indice du dépassement capitaliste publié par Marianne en septembre 2022. 

Bataille d’opinion


C’est aussi ce qui explique que la légitimité du combat des syndicalistes n’est pas tant contestée que ça dans l’opinion publique, pourtant éprouvée par les conséquences de leurs actes. Pour riposter, la direction de TotalEnergies a voulu montrer que la grève était une grève de "riches" salariés. Le groupe a ainsi dévoilé les rémunérations moyennes de l’entreprise, rappelant que les salariés français du Socle Social Commun de l’entreprise avaient "bénéficié en 2022 d’un Intéressement-Participation moyen aux résultats de l’entreprise de 9 108 euros". Le groupe ajoute dans un communiqué que "la rémunération mensuelle moyenne d’un opérateur de raffinerie de TotalEnergies en France en 2022 est de 5 000 euros par mois, Intéressement-Participation compris (4 300 euros par mois hors intéressement)". Une information démentie par les principaux concernés.

Une illustration des risques sociaux provoqués par les inégalités


Côté syndical, la CGT tient ferme et la CFDT tente de renouer le dialogue. Mais quelle qu’en soit l’issue, le conflit restera l’illustration des risques sociaux que provoquent les inégalités de richesse. L’époque de crise énergétique suppose une mobilisation de tous les moyens disponibles sur le financement de la transition énergétique. La grève des raffineries montre, en creux, que la compagnie pétrolière servait en priorité les intérêts de sa partie prenante reine – les actionnaires – avant ceux de ses salariés. De quoi mettre à mal la promesse basée sur la fourniture d’énergies au pluriel, et arc-en-ciel, portée par la nouvelle identité du groupe.
Engluée dans de nombreux dossiers délicats en Russie comme en Afrique avec le projet EACOP dont le procès est à venir, le fleuron pétrolier français n’avait pas besoin d’une crise nationale.
La Rédaction

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