L'industrie textile, mise à genoux par le Covid-19, devra se relever en prenant le chemin de la durabilité. Le secteur, longtemps oublié de l'Union européenne est désormais une de ses priorités d'action. La Commission travaille actuellement sur une feuille de route pour la rendre plus durable alors que la France s'attaque aux relocalisations. Du boom de la seconde main à celui des applis de mode éthique, Novethic tisse la toile d'une mode plus durable. 

Il est loin, le temps où la mode dite "durable", répondant à des critères environnementaux et sociaux, n’intéressait qu’une poignée de professionnels et consommateurs. Avec la crise du Covid-19, la nécessité d’avoir une production de textile développée sur le territoire français et européen pour répondre à l’urgence sanitaire à travers la fabrication de masques notamment, a été un vrai déclic. Le 20 janvier, le comité stratégique de la filière (CSF) mode et luxe a ainsi rendu au gouvernement français une étude sur les "perspectives de relocalisation et de soutien à la mode durable".
Ce rapport, commandé par le ministère de la Transition écologique en juillet dernier, dresse un bilan des freins et opportunités de la mode durable alors que la France s’est fixé comme but que 25 % des produits consommés dans le textile, le linge de maison et les chaussures soient fabriqués dans l’Hexagone. Aujourd’hui ce sont 87 % qui sont produits à l’étranger. Le premier frein reste le prix. Mais bonne nouvelle, il y a un moyen de le réduire selon le CSF. "Une fabrication locale peut permettre de limiter les invendus et soldes et ramener le surcoût du made in France à un niveau plus acceptable pour le consommateur final", établit le rapport. 
Pompili veut booster la transformation de la mode
Surtout, la mode durable, à partir de ressources naturelles moins polluantes comme le lin, le chanvre et la laine, peut être un moyen pour les créateurs et fabricants français de se démarquer. Ces dernières années, plusieurs startups se sont positionnées sur ce créneau mais reste à l’État de booster cette dynamique. "Le secteur de la mode a un fort impact environnemental. Son modèle doit évoluer", constate la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, "Le Gouvernement est aux côtés des acteurs de la filière pour les accompagner dans cette transformation : commande publique exemplaire, soutien aux investissements et mise en place de l’affichage environnemental."
En attendant que le gouvernement s’inspire des 36 propositions de la filière mode et luxe, c’est sur le front européen que les lignes bougent. Bruxelles travaille actuellement sur une feuille de route visant à rendre plus durable le secteur textile. "Cette stratégie facilitera la transition de l’Union européenne vers une économie circulaire, neutre pour le climat, dans laquelle les produits sont conçus pour être plus durables, réutilisables, réparables et économes en énergie", explique la Commission. 
Bientôt des lois européennes 
Le textile est un des secteurs devenu clé pour l’UE. Entre les objectifs du Green deal européen, le plan d’action pour l’économie circulaire et la stratégie de souveraineté industrielle, le secteur coche toutes les cases. Une très bonne nouvelle pour France Nature environnement (FNE). "Pendant longtemps le textile n’a pas été considéré comme un secteur prioritaire. L’Europe a préféré s’attaquer à des secteurs qui généraient plus de déchets comme l’emballage ou qui étaient plus polluants tels que les batteries ou les piles", explique Catherine Rolin, chargée de mission à FNE. Bruxelles a mis sa stratégie en consultation publique pour recueillir des avis du 5 janvier au 2 février. L’enjeu est qu’après avoir été mise en genou par le Covid-19, l’industrie textile, qui emploie 1,5 million de personnes en Europe, se relève en prenant la voie de la durabilité. 
Plusieurs idées ont déjà été évoquées comme l’élargissement de la responsabilité des producteurs concernant les déchets textiles, (une mesure qui existe déjà en France), la mise en place de bonus/malus sur la fabrication, le recyclage, le réemploi…. "L’important c’est d’avoir des trajectoires avec des étapes et ne pas reproduire les erreurs de l’agriculture. Le but ce n’est pas de fermer l’industrie textile", prévient Catherine Rolin. Il faudra attendre la fin de la consultation pour que Bruxelles annonce des mesures législatives. La Commission est très attendue sur ce sujet. 

Marina Fabre, @fabre_marina
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