Il n’aura fallu que quelques jours à Elon Musk pour congédier, par mail et en pleine nuit, quasi 50% des 7500 employés de Twitter. Il justifie ce plan social foudroyant par la nécessité de réduire les pertes d’une entreprise qu’il a payée 44 milliards de dollars. Problème : il décapite les forces vives de l’entreprise et crée un risque juridique et social majeur tant ces méthodes ne respectent aucun droit social, y compris américain.

Les récits des salariés de Twitter virés dans la nuit du 3 au 4 novembre se suivent et se ressemblent par la brutalité du procédé. Ils ont découvert qu’ils n’avaient plus accès au réseau social en se levant, soit par mail, soit parce que leurs sessions de travail étaient inaccessibles. Elon Musk a décidé de les débarquer avec brutalité après avoir fait évaluer la "qualité" du travail des salariés de Twitter par des développeurs de Tesla en quelques jours. Avant cela, ils formaient une équipe globale, engagée et souriante de jeunes qui travaillent dans la Silicon Valley comme en témoigne Julie Steele dont le contrat a pris fin la semaine dernière.


La méthode a sidéré non seulement les employés qui, comme Chris Younie, n’était même pas sûr d’être licencié mais devait le deviner, mais aussi les utilisateurs du réseau social qui seraient déjà plusieurs centaines de milliers à l’avoir quitté.


Une première action collective contre le réseau social


Devenu seul maître à bord après avoir dissout le conseil d’administration de Twitter qu’il a retiré de la cotation boursière dès son rachat effectué, Elon Musk a mis un peu moins d’une semaine à scier la branche sur laquelle il venait de s’asseoir.
Ces méthodes plus qu’expéditives ne sont pas légales en Californie, où une grande entreprise ne peut pas licencier massivement ses salariés sans respecter un délai de deux mois pour notifier le plan social. Une première action collective a déjà été intentée par un groupe de salariés sur cette base pour faire annuler leur licenciement. Parmi eux, un Français, Emmanuel Cornet, qui a raconté son licenciement notifié par un e-mail précisant que "son comportement récent a enfreint plusieurs règles sans préciser lesquelles". Il a ajouté qu’une salariée ayant accouché la veille avait, elle aussi, été licenciée dans la foulée.
Elon Musk pourrait être condamné à verser des indemnités d’autant plus importantes aux salariés si à la brutalité de ces licenciements s’ajoutent des éléments de discrimination. Pour l’instant il s’est contenté de justifier son acte par le montant des pertes quotidiennes de Twitter : 4 millions de dollars.

Risques de dérives


Le point de faiblesse du rachat de Twitter dans la stratégie du milliardaire souvent erratique est bien là. Jusque-là, ses frasques ont été pardonnées face au succès de Tesla et de Space X, ses deux créations disruptives. Mais comment intégrer à ce récit la transformation d’un réseau social, plateforme préférée des spécialistes du complotisme et des vérités alternatives, et truffée de faux comptes ?
Commencer par débarquer la moitié de ceux qui ont construit l’entreprise qu’on vient de racheter et qui constituent une grande partie de sa valeur peut difficilement passer pour une bonne méthode. D’ailleurs Elon Musk lui-même est déjà en parti revenu sur sa stratégie puisqu’il a rappelé une partie des salariés et reporté à plus tard sa politique de paiement de la certification des comptes.
Que restera-t-il de Twitter version Elon Musk ? Il continue à affirmer modestement qu’il veut en faire la source d’information la plus pertinente du monde et que c’est à la communauté de twittos d’attester de la fiabilité de ce qui est diffusé sur leur plateforme.


Une porte ouverte à toutes les dérives, d’autant plus que ses premières décisions ne concernent pas le bannissement des faux comptes alimentés par des fermes à clic qui pèsent sur les scrutins, au Brésil comme aux États-Unis. Son appel à voter républicain à la veille des élections de mi-mandat tout comme le bannissement de l’humoriste Kathy Griffin, qui avait détourné son compte de façon provocante, montrent que sa conception de la liberté d’expression a ses limites et qu’il est surtout devenu un allié objectif de Donald Trump !
Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT_, directrice générale de Novethic

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