L’ensemble des syndicats du groupe Casino ont appelé aujourd’hui à la grève, et ce jusqu’au 31 décembre, dénonçant "le manque de considération" de la direction alors que le groupe souffrant d’un très important surendettement est en pleine restructuration. Le PDG Jean-Michel Naouri réfléchit à céder l’ensemble des hyper et supermarchés, se délestant ainsi de ces poids lourds qui plombent encore plus sa santé financière. Mais quid des emplois ? 
Ce sont des dizaines de milliers de salariés qui sont aujourd’hui dans l’attente, craignant pour leur emploi. Ce mardi 5 décembre, l’ensemble des syndicats du groupe Casino, à savoir SNTA-FO, CGT, CFDT, UNSA et CFE-CGC ont appelé à se mettre en grève jusqu’au 31 décembre. Dans un communiqué commun, ils dénoncent "le manque de considération à leur égard et la situation inquiétante du devenir de l’intégrité de Casino". Si le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avait indiqué mi-juillet que l’État serait "vigilant sur l’emploi", les craintes sont aujourd’hui très fortes.


Pour bien comprendre, il faut savoir que le groupe Casino, dirigé par Jean-Charles Naouri, s’était accordé à l’été avec ses créanciers sur une restructuration de son endettement, accompagnée d’un changement d’actionnariat avec une prise de contrôle par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le Français Marc Ladreit de Lacharrière et le fonds britannique Attestor. Mais depuis, la situation économique du groupe ne s’est pas améliorée, au contraire. Fin novembre, le distributeur a revu ses prévisions à la baisse, anticipant une perte de 100 millions d’euros. Les hypermarchés, souffrant de désaffection des consommateurs, sont devenus un poids lourd pour Casino.

"Une vente à la découpe"


À tel point que Jean-Charles Naouri envisagerait de céder l’ensemble de son parc de supers et d’hypers au plus offrant, comme l’a révélé le journal Les Echos. Une information confirmée par la suite par Casino qui a concédé dans un communiqué étudier des "marques d’intérêt" de concurrents pour le rachat d’hypermarchés et de supermarchés. Le groupe n’a pas précisé quel périmètre était concerné, mais l’ensemble des magasins grands formats pourrait être vendu, selon des sources proches du dossier. Les concurrents Auchan et Intermarché ont déposé une offre portant sur l’ensemble des magasins, a officiellement indiqué un représentant d’Auchan, Serge Papin, sur BFM Business. D’autres offres auraient été déposées.


La course est officiellement lancée entre distributeurs. Car, comme l’explique l’AFP, plus la part de marché est grande, moins le fournisseur agro-industriel peut se passer de ce distributeur et plus il est enclin à lui accorder de meilleures conditions de vente. Une situation qui fait craindre aux syndicats une "vente à la découpe", se répercutant sur la logistique et les sièges. "Une nouvelle vague de vente de magasins aura des conséquences lourdes pour les autres filiales, la logistique et les sièges sociaux", a récemment estimé auprès de l’AFP Nathalie Devienne (FO), une des porte-parole de l’intersyndicale.

Un château de cartes composé d’une cascade de holdings 


Contacté par Novethic, Casino indique comprendre "les interrogations légitimes des organisations syndicales comme des salariés mais ne fera pas de commentaires avant qu’une rencontre ne se soit tenue entre l’intersyndicale et la direction". Selon nos informations, cette réunion devrait justement se tenir dans deux jours, soit le 7 décembre prochain. Quant au deal de départ, Daniel Kretinsky affirme que les cessions de magasins n’affectent pas sa volonté de devenir "l’actionnaire de contrôle de Casino et d’investir dans le développement du reste du périmètre", notamment Monoprix et Franprix.


Casino s’est enlisé au fil des années dans une dette colossale de plus de 6 milliards d’euros, déléguant le groupe au rang des "entreprises zombie". Depuis 2015, les investisseurs via un rapport publié par le hedge fund Muddy Waters, alertent sur ce surendettement, dénonçant par la même occasion les pratiques de Jean-Charles Naouri qui a créé un château de cartes via de nombreuses holdings. L’enjeu pour le PDG était d’attirer des investisseurs tout en gardant le contrôle sur Casino. "Il en décide donc la stratégie, et ce sans véritable contre-pouvoir. Il préside un conseil d’administration pléthorique de 15 administrateurs, dont seulement un tiers sont considérés comme indépendants", écrit dans une chronique la spécialiste Anne Jeny, pointant ainsi le problème de gouvernance de ce montage en manque de garde-fous. Une structure fragile qui a mené Standard & Poor’s à placer Casino en défaut de paiement en septembre dernier.

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