C’est une alerte de plus à quelques jours de l’ouverture de la COP28, jeudi 30 novembre à Dubaï. Alors que la question des pertes et dommages, qui désignent les dégâts irréversibles liés au changement climatique, sera au cœur des débats, une étude calcule les pertes économiques déjà subies dans le monde depuis trente ans. Sans surprise, ce sont les pays les plus vulnérables qui payent le plus lourd fardeau.

6,3%, c’est la perte de PIB, pondérée en fonction de la population, provoquée par le changement climatique à l’échelle mondiale rien que pour l’année 2022. C’est ce que révèle une étude inédite, publiée ce mardi 28 novembre par l’université du Delaware, à deux jours de l’ouverture de la COP28. Alors que la plupart des études se focalisent sur les pertes à venir, celle-ci s’intéresse aux pertes déjà subies depuis trente ans. Et elle va au-delà du seul PIB, puisqu’elle prend aussi en compte les pertes internationales, via le réseau commercial, et les pertes en capital, c’est-à-dire les effets persistants du changement climatique sur les investissements dans le capital productif, par rapport à un monde sans changement climatique.
"Les impacts du changement climatique vont au-delà des pertes immédiates de PIB ; ils se répercutent également sur les investissements en capital, entraînant une baisse du stock total de capital manufacturé d’un pays (routes, bâtiments, machines et équipements). D’une manière générale, les pays confrontés aux impacts climatiques ont réduit leurs fonds pour investir dans le capital productif. L’ampleur de ces pertes en capital a des implications cruciales pour la résilience économique à long terme de ces pays et leur capacité à soutenir la croissance", expliquent les auteurs.

29 000 milliards de dollars de pertes pour le G77


Le pourcentage non pondéré de la richesse mondiale perdue en 2022 est de 1,8%. "La différence entre ces deux chiffres reflète la répartition inégale des impacts, qui se concentrent dans les pays à faible revenu et les régions tropicales, généralement plus peuplés et moins bien dotés en PIB", expliquent les auteurs du rapport dans un communiqué. Les pays d’Asie du sud-est et d’Afrique australe subissent ainsi le plus gros de ces impacts, avec une perte annuelle moyenne de PIB de 14,1% et 11,2% respectivement. Les pays les moins avancés sont quant à eux confrontés à une perte moyenne de PIB de 8,3%.
Lorsque l’on combine le PIB et les pertes en capital, l’analyse révèle que les pays à revenu faible et intermédiaire ont subi une perte totale de 21 000 milliards de dollars depuis l’adoption de la Convention de Rio en 1992, qui a donné naissance aux COP. Tous les groupes de parties à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), à l’exception de l’UE, ont subi des pertes totales, les pertes les plus importantes étant celles du G77 (pays du Sud + la Chine), soit 29 000 milliards de dollars.
À contre-courant, l’Europe mais aussi l’Asie centrale ont toutes deux un PIB supérieur de 4,7% à celui qu’ils auraient eu sans le changement climatique. Ces avantages découlent de la réduction du froid hivernal, qui engendre une baisse, entre autres facteurs, de la consommation d’énergie et des taux de mortalité. Mais, à mesure que la planète continue de se réchauffer, ces avantages sont sur le point de s’éroder et de devenir finalement négatifs. C’est vrai pour la Chine et les États-Unis. "Les effets énergétiques et sanitaires des étés plus chauds vont progressivement compenser les avantages des hivers doux", expliquent les auteurs.

Pertes et dommages : qui paye ? qui en bénéficie? 


"Le monde est devenu plus pauvre de plusieurs milliards de dollars à cause du changement climatique, et la majeure partie de ce fardeau repose sur les pays pauvres. J’espère que ces informations pourront clarifier les défis auxquels de nombreux pays sont déjà confrontés aujourd’hui et le soutien dont ils ont besoin de toute urgence pour y répondre", déclare le Dr James Rising, auteur de l’étude et Professeur adjoint à l’Université du Delaware.
La question du financement des pertes et dommages pour les pays les plus vulnérables devrait dominer les débats de la COP28. Un projet d’accord a été trouvé in extremis début novembre et doit être validé à Dubaï. Il prévoit que le fonds dédié aux pertes et dommages soit abrité par la Banque mondiale pendant une période transitoire de quatre ans. Il exhorte aussi les pays développés à y contribuer tandis que les autres y sont seulement invités. Mais les regards se tournent vers la Chine et les pays du Golfe, qui ont les moyens d’y participer. Enfin, sur les bénéficiaires et les montants, les positions divergent. Espérons que la COP28 permette d’y voir plus clair.
Concepcion Alvarez

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